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L’ENS Louis-Lumière a déménagé en 2012 à la Cité du Cinéma, le « Hollywood-sur-Seine » initié par Luc Besson à Saint-Denis (93). © DR

L’ENS Louis-Lumière brille aussi par sa recherche

 

Il s’agit d’un travail effectué par les enseignants-chercheurs, des professionnels et par chaque élève à travers les mémoires rédigés en dernière année d’étude. Voyons comment l’école, qui vise de plus en plus à mettre en avant et à valoriser ces travaux, se donne les moyens de ses ambitions.

 

Quelques chiffres

Depuis son déménagement de Noisy-le-Grand en 2012, l’école dispose de 7 000 m2 de locaux à la Cité du Cinéma à Saint-Denis (93). L’ENS Louis-Lumière a trois missions : formation initiale, formation continue et recherche. L’école recrute à bac +2 et la formation initiale dure trois ans. Elle dispense donc un diplôme bac +5. Chaque année et dans chacun des trois masters – cinéma, son et photographie –, seize élèves sortent diplômés. Au total ce sont cent-cinquante étudiants qui sont pris en charge et pour qui la scolarité est gratuite. De plus, les différents stages proposés en formation continue attirent environ cent stagiaires par an.

Le master cinéma est de loin le plus demandé avec quatre-cent-quinze candidats au concours d’entrée l’année dernière (pour seize reçus), cent-cinquante candidats en master son et entre soixante et quatre-vingt en photographie. La demande est croissante pour le cinéma et le son mais ça n’est pas le cas pour la photo.

À ce sujet, Méhdi Aït-Kacimi, directeur de la communication de l’ENS Louis-Lumière, explique : « Les gens ont souvent l’image stéréotypée du photographe freelance, mais ne se rendent pas compte des débouchés extrêmement variés dans les métiers d’image, il y a la captation VR, la photogrammétrie, la retouche d’image, l’ingénierie aussi bien pour les musées, les institutions culturelles que pour l’industrie, les agences de communication, etc. ».

 

Produire de la connaissance

En formation initiale, les deux premières années sont consacrées à l’apprentissage et à la réalisation de divers projets selon le master choisi : films documentaires et fictions, reportages et partenariats photos, travail en studio et en laboratoire, projets radiophoniques, enregistrements musicaux, prise de son cinéma et mixage…

En deuxième partie de troisième année, chaque étudiant s’essaie à la recherche avec un mémoire de recherche qu’il doit soutenir et valider pour obtenir son diplôme. Ces ouvrages couvrent de manière détaillée, documentée et réfléchie de nombreux aspects techniques et artistiques.

Pour se faire une idée plus précise, voici quelques titres dans la catégorie cinéma : Ruptures esthétiques et narratives dans le cinéma de fiction (Charles Chabert – 2020) ; De la transparence des décors à leur illumination, archéologie et réinvention de truquage d’arrière-plan caméra (Grégoire Bélien – 2020) ; L’exaltation des sentiments par le mouvement de la caméra (Ariane Valin – 2020) ; L’usage de la lumière du jour dans le cinéma d’horreur (Alexis Goyard – 2018) ou encore Caractéristiques optiques de la prise de vue en 65 mm (Etienne Suffret – 2017).

La variété de sujets est inépuisable même si parfois des thèmes anciens sont nécessairement remis au goût du jour. Les mémoires sont d’abord lus par le jury constitué d’enseignants et de professionnels présents à la soutenance. Ces soutenances sont ouvertes au public à la Cité du Cinéma et les mémoires sont également disponibles en téléchargement gratuit sur le site de l’école (lien à la fin de l’article). Certains mémoires trouvent un éditeur comme celui de l’étudiante Diarra Sourang, Filmer les peaux foncées, publié en 2019 aux éditions L’Harmattan.

Tous les ans, ce sont quarante-huit mémoires qui sont produits par les étudiants de troisième année, soit seize dans chacune des trois disciplines. Ils constituent donc une base de données de plus en plus importante. « La tendance est à la publication. Ces mémoires sont pour la plupart tellement bien faits qu’ils peuvent être publiés tels quels », précise Laurent Stehlin, responsable technique de l’ENS Louis-Lumière.

 

Valoriser les connaissances

L’école a l’intention de valoriser ces travaux. Certains mémoires abordent des technologies naissantes, par exemple les fonds Led, sujet qui sera traité l’année prochaine par l’étudiante Justine Coulmy. Cette technique, qui consiste à remplacer un fond vert par un mur à Led affichant le décor, est déjà très utilisée dans les studios virtuels en télévision et commence à être exploitée au cinéma comme sur The Mandalorian de Disney ou sur un long-métrage français en cours Une Belle Course, de Une Hirondelle Production.

Les murs à Led permettent des changements de décor immédiats et des jeux de lumière. S’ils restent encore très chers, il est possible qu’ils révolutionnent le cinéma dans un futur proche. Laurent Stehlin précise qu’« il faut être prudent face aux nouvelles technologies, mais il y a tout un faisceau d’indices montrant que cette technologie va être utilisée durablement dans le cinéma ». L’intérêt d’un mémoire sur ce sujet est de faire progresser la profession dans la maîtrise de ces nouvelles techniques.

« Aujourd’hui, il y a des gens qui fournissent les écrans Led, d’autres qui les installent, d’autres qui les calibrent, et tous ces gens ne dialoguent pas entre eux », ajoute Laurent Stehlin. Les étudiants de Louis-Lumière, qui ont à la fois une formation généraliste et d’ingénieur de l’image, ne sont-ils pas bien placés pour travailler sur ces questions ?

Chaque année en juin, l’école publie les Cahiers Louis-Lumière, des travaux importants qui ont pour ambition de mettre en valeur les relations entre la recherche et la création, et qui sont destinés à tous ceux s’intéressant à l’évolution de la réflexion dans les domaines de l’image et du son. Cette année le n°14, « Aaton, le cinéma réinventé », rassemble les contributions de scientifiques, de professionnels et d’étudiants autour de l’inventeur génial Jean-Pierre Beauviala et de sa société Aaton.

Aussi, en partenariat avec le CST et l’université d’Evry, l’École Louis-Lumière a créé un Prix de la meilleure recherche en technique du cinéma et de l’audiovisuel. « Ce prix est ouvert à tout travail qui parle de technique de niveau doctorat ou master », précise Mehdi AÏt-Kacimi. Cette année, c’est une étudiante de Louis-Lumière, Louise Giboulot, qui a remporté le prix, avec une étudiante de La Fémis, sur un thème très actuel : « Le recadrage en postproduction face aux très hautes résolutions ».

 

Nouvelle salle ambisonique et nouveaux équipements

Pour se donner les moyens de ses ambitions, l’école vient de terminer la construction d’une salle ambisonique destinée à l’apprentissage des fondamentaux, mais aussi à l’étude et à l’expérimentation des systèmes de diffusion multicanaux. Elle permet d’avoir jusqu’à soixante-quatre canaux alimentant vingt-cinq points d’écoute qui peuvent être déplacés dans une demi-sphère. Grâce au support des fabricants, l’école a pu se doter de haut-parleurs Amadeus de très haute qualité.

Parmi les technologies qui pourront être étudiées, on trouve le WFS (Wave Field Synthesis), plutôt utilisé dans le monde du spectacle pour sonoriser une scène en préservant les informations spatiales de distance et de direction des sources. L’ambisonie, permettant une immersion sonore 2D ou 3D, est plutôt destinée aux simulateurs chez des industriels (avion, hélico…), au jeu vidéo ou à la VR en général, et est aussi expérimentée en musique contemporaine. Contrairement à la stéréo ou au 5.1 qui ne sont pleinement efficaces que depuis le centre du dispositif, l’ambisonie permet de se déplacer tout en gardant une perception cohérente de la localisation des sources. D’autres techniques comme l’Atmos ou le DTS pourront être expérimentées dans cette nouvelle salle.

Par ailleurs, l’école renouvelle sans cesse ses équipements. Elle a fait dernièrement l’acquisition de deux caméras Sony Venice accessoirisées, mais a aussi déployé de nouvelles salles de montage équipées de solutions Avid Media Composer et serveurs Nexis. En éclairage, après avoir attendu que la technologie Led soit fiable, l’école s’est équipée de modèles SkyPanel de Arri, SL1 de DMG Lumière ou encore de Joker de K5600, tout en conservant des grosses sources Fresnel pour apprendre les fondamentaux. Côté son, des nouveaux systèmes Protools et Reaper et en photographie, beaucoup de nouveaux boîtiers Canon, Nikon et Sony.

 

Actualité et tendances

Concernant le cinéma, le plein format suscite un certain intérêt notamment pour la recherche sur les profondeurs de champ, les optiques et les codecs d’enregistrement pour les très hautes résolutions. Chez les élèves, la mode du moment est le format d’image 2:1. Laurent Stehlin précise que « Netflix n’y est pas pour rien, bon nombre de séries sont tournées dans ce format d’image. L’image cinéma a longtemps été le scope (2.35), puis le flat 1.85 qui est resté peu de temps, puis le 1.66 voir le 1.33, puis le scope est revenu avec l’anamorphique et maintenant c’est le 2:1. C’est vraiment une histoire de mode ».

Autre tendance, les plates-formes de streaming et la diffusion multi-support, c’est-à-dire le fait de consommer du cinéma sur un smartphone, une tablette ou un PC dans les transports ou peu partout. C’est la garantie que le spectateur ne va pas regarder l’image telle qu’elle avait prévu d’être faite. « Pourtant quand le film Roma, réalisé par Alfonso Cuarón (tourné en Arri 65,) est sorti au Max Linder deux ans après son succès sur Netflix, les réservations furent bouclées en un rien de temps. La salle de cinéma est loin d’être morte », déclare Laurent Stehlin.

Ces plates-formes de streaming dont la production est énorme (Netflix communique sur vingt-sept productions originales tournées en France en 2021) sollicitent les écoles comme Louis-Lumière pour capter des jeunes talents. « Elles s’intéressent aux jeunes pour raconter la vie d’aujourd’hui. Il va falloir désormais compter avec ces plates-formes », ajoute Méhdi Aït-Kacimi.

Pour les étudiants, à cause de la crise du Covid et du confinement, l’année aura été compliquée sur le plan pratique mais aussi moral. Pour passer ce moment difficile, l’école a mis en place des « rencontres confinées » avec plusieurs grands chefs opérateurs de l’AFC mais aussi quelques stars internationales comme Dick Pope (BSC) ou Roger Deakins (CBE, ASC, BSC).

D’autres écoles telles que La Fémis, CineFabrique ou l’ENSAS, sont venues se greffer à ce projet (un livre est actuellement en préparation).

Enfin, à la rentrée 2021, l’ENS Louis-Lumière ouvrira des nouveaux stages de formation à Nice aux studios de la Victorine.

 

Pour avoir accès gratuitement aux mémoires de l’ENS Louis-Lumière : www.ens-louis-lumiere.fr/memoires

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #8, p38/40. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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