Dès la création de l’événement, Georges Marque-Bouaret avait souhaité donner la parole à ceux qui réalisent sur le terrain les documentaires d’investigation. À la différence du Festival international de programmes audiovisuels documentaires de Biarritz par exemple, le FIGRA ne dispose pas d’un marché. « Notre objectif est avant tout de mettre en lumière le travail des auteurs. Pour cette édition encore, plus de 90 % des réalisateurs qui avaient un film sélectionné ont fait le déplacement pour présenter leur œuvre au public au cours des projections », explique avec entrain le délégué général du FIGRA.
Les ateliers de sensibilisation à l’écriture audiovisuelle proposés aux jeunes collégiens et lycéens de de la région des Hauts-de-France (plus de 1 600 participants de la troisième à la terminale) ont à nouveau connu un franc succès. Mais ce que retient Georges Marque-Bouaret c’est avant tout la présence accrue de professionnels de tous horizons. Outre les réalisateurs, ils étaient près de 250 (producteurs notamment) à s’être rendus au cinéma Le Majestic de Douai entre le 31 mai et le 2 juin dernier.
Une sélection hétéroclite
L’édition 2024 a rassemblé plus de soixante films dans cinq catégories : Compétition internationale de plus de quarante minutes, Compétition internationale de moins de quarante minutes, Terre(s) d’histoire, Autrement vu et le Prix Coup de pouce.
Un film a particulièrement retenu l’attention du jury des formats longs présidé cette année par Patrick de Saint-Exupéry, journaliste, auteur et réalisateur, lauréat du Prix Spécial du Jury 2023, avec Pedro Brito Da Fonseca pour Sous la loi des Talibans.
Afghanes, de Solène Chalvon-Fiorit (produit par Elephant Adventure) a en effet obtenu le Grand Prix des plus de quarante minutes. Plusieurs films avaient pour thématiques la condition de la femme ou encore la situation en Afghanistan. Celui de Solène Chalvon-Fiorit incarnait les deux sujets dans un seul documentaire.
Afghanes nous propose le témoignage, depuis leur pays, de plusieurs femmes dont les conditions de vies sont redevenues inhumaines depuis le retour des Talibans. Le film tourné dans des conditions très difficiles, nous plonge dans le désarroi et l’indignation et met en valeur le courage de ces femmes qui prennent de très grands risques en accueillant l’équipe de tournage.
Le Grand Prix pour les moins de quarante minutes a quant à lui été attribué à Fabien Fougère pour son film Sénégal : l’exode des pêcheurs (produit pas Caravelle productions). Avec la concurrence des chalutiers industriels (chinois et européens), le poisson au large des côtes sénégalaises se raréfie. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de pêcheurs sénégalais prennent la décision de tout quitter pour tenter de rejoindre clandestinement l’archipel espagnol des Canaries dans l’espoir de trouver une vie meilleure.

Albert Londres à l’honneur
Un moment d’échange pour évoquer Albert Londres a été proposé et animé par Hervé Brusini, président du Prix Albert Londres et parrain du FIGRA. La conférence reposait essentiellement sur les photographes compagnons d’Albert Londres. Albert Moreau, Alfred Jeannin, Léon Gillot ou encore Lucien Le Saint furent les compagnons de route du grand reporter. Mais pour eux, point de postérité. Injustice de l’histoire que le FIGRA a souhaité réparer.
Ces hommes seraient aujourd’hui considérés comme les premiers acteurs capables de documenter les réalités décrites par la plume du célèbre journaliste. Moreau l’a accompagné tout au long de la Première Guerre mondiale, tandis que Jeannin et Gillot étaient à ses côtés en Guyane pour l’un, au Maroc et peut-être même en Algérie pour l’autre. Ils furent tous les témoins d’enquêtes d’un Albert Londres décidé à dénoncer les injustices et les mauvais traitements.
Regards portés sur 2025
Comme à l’accoutumé, le FIGRA proposait également une représentation théâtrale documentaire. Le village de l’Allemand ou le journal des frères Shiller de la compagnie Les Asphodèles du Colibri revenait sur les attaques du GIA en Algérie au milieu des années 1990. Au musée de la Chartreuse, la traditionnelle expo photo « Témoins du monde » mettait en avant le travail de Véronique de Viguerie.
Pour les éditions prochaines, Georges Marque-Bouaret et ses équipes réfléchissent à enrichir le FIGRA avec d’autres genres culturels pouvant se prêter au réel. « Je ne peux encore rien affirmer, mais nous étudions la possibilité, pourquoi pas, d’inclure d’une manière ou d’une autre le support livre dans nos mises en avant », évoque-t-il sans en dire davantage.
De soixante-cinq films sélectionnés cette année, il est question de redescendre à environ cinquante-huit œuvres l’an prochain afin de soulager un peu les différents jurys bien sollicités cette année.
Une chose est certaine, c’est à nouveau à Douai que se tiendront les trois prochaines éditions du festival, avec pour 2025, en tout cas, une date avancée dans le calendrier puisque le FIGRA se déroulera cette fois du 1er au 5 avril.
PRIX COUP DE POUCE

Le prix visant à soutenir un projet en cours d’écriture ou de développement était cette année présidé par Stéphanie Lebrun, cofondatrice de Babel Docs et Babel Press, directrice du CFJ depuis 2022. Ce prix est parrainé par la CCAS et France 24.
Deux projets ont été récompensés :
- Groenland : tu ne seras pas ma mère, un projet de Sarah Andersen ;
- La Récolte a bon dos, un projet de Sonia Boujamaa.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 104-105