Final Cut Pro pour IPad

 

Flashback sur la story Final Cut Pro

À partir du début des années 2000, Final Cut Pro a connu un important succès auprès des professionnels en tant que challenger de la référence historique des stations de montage : Avid Media Composer. Le logiciel, initialement développé par Macromedia, a été acquis en 1998 par Apple qui lui a apporté de nombreuses évolutions au fil de son développement. Final Cut Pro a été intégré au cœur d’une suite d’outils dédiés à la postproduction audio et vidéo : Final Cut Studio. Apple a également proposé pendant quelques années un écosystème matériel et logiciel de stockage et de MAM (Media Asset Management) pour répondre aux besoins des sociétés de postproduction et des télévisions (Xserve, Xsan, Final Cut Server).

 

Final Cut Pro X

Le 21 juin 2011, l’annonce de la version X de Final Cut Pro a fait l’effet d’une bombe dans le microcosme audiovisuel. L’interface et l’ergonomie très appréciées de la version 7 de Final Cut Pro a été totalement abandonnée. L’éditeur s’est entouré de monteurs pour imaginer cette nouvelle version, en assumant un postulat strict : oublier l’existant pour concevoir un logiciel bénéficiant des plus récentes technologies et des innovations concernant les interfaces et l’expérience utilisateur. Final Cut Pro X était le premier Final Cut entièrement 64 bits.

 

Choix des projets depuis la fenêtre éponyme. © DR

 

Élargir son public

Avec la version X, Apple a certainement souhaité élargir le public cible de son outil en constatant une généralisation de la création vidéo bien au-delà des professionnels auxquels s’adressaient les premières stations de montage virtuel. Ces dernières avaient elles-mêmes succédé aux solutions de montage multi-machines à partir de magnétoscopes et de surfaces de commande. Le challenge était grand pour séduire ces utilisateurs moins aguerris à la technicité de la postproduction, tout en conservant la puissance et les fonctionnalités attendues par les professionnels de l’audiovisuel et du cinéma : gestion de nombreux médias sources, qualité des traitements, efficacité, échange avec les logiciels de finishing (mixage, étalonnage, VFX).

Même si le processus d’apprentissage de Final Cut Pro X, dont l’interface a été pensée pour son efficacité, est plus court, il est nécessaire de se former pour en maîtriser toutes les subtilités, les raccourcis claviers et les gestuels, et ainsi gagner en efficacité. Ce choix stratégique d’Apple a modifié l’implantation des logiciels des différents éditeurs selon les publics cibles : cinéma, télévision, institutionnel et corporate, agence de communication, indépendants, youtubers et créateurs spécialistes de réseaux sociaux. Aujourd’hui, le marché est principalement partagé par les quatre solutions Avid Media Composer, Adobe Premiere Pro, Blackmagic DaVinci Resolve et Apple Final Cut Pro X.

 

Final Cut Pro et Logic Pro sur iPad

Ajout d’une sélection de plans dans la timeline magnétique de Final Cut Pro pour iPad et affichage du visualiseur en fenêtre détachée. © DR

Nous avons passé un moment en compagnie de la version pour iPad de Final Cut Pro afin d’appréhender sa logique et ses possibilités. Même si elle bénéficie de raccourcis et de fonctions hérités du logiciel Final Cut Pro X, la version pour iPad est sensiblement différente et s’adresse à un public qui appréciera sa simplicité et son efficacité. Les échanges de projets sont possibles entre iPad, et à partir de la version 10.6.6 Final Cut Pro X peut importer des projets FCP pour iPad. Cela ouvre des perspectives de collaboration intéressantes. Un assistant ou un utilisateur moins aguerri peut débuter un projet sur iPad et le confier à un monteur professionnel équipé d’une station de travail Macintosh. Un monteur peut également de manière autonome débuter son projet en version nomade, par contre un projet Final Cut Pro X ne peut actuellement pas être exporté vers FCP pour iPad. L’application autorise aussi l’import de projets iMovie pour iOS afin de les améliorer (versions iOS 3.0 et ultérieures).

 

Ajout et paramètrage d’un modèle de titre. © DR

Création du projet

Au lancement de l’application, l’utilisateur sélectionne un projet ou en crée un nouveau. Il peut opter pour le réglage automatique de la timeline selon les caractéristiques du premier plan déposé ou paramétrer manuellement la résolution (HD 1280*720 ou 1920*1080, UHD 3840*2160 ou personnalisé (max 3840*3840)), l’orientation (paysage ou portrait), la fréquence d’image (de 24 à 60 images par seconde), et « l’espace colorimétrique » HDR (HLG) ou SDR (Rec. 709).

 

Fenêtre de dessin en direct pour griffonner sur l’image directement dans Final Cut Pro pour iPad. © DR

Ajout de médias

Il est possible dès cette étape de choisir des médias qui seront importés depuis différentes sources : l’application Photos, iCloud, le stockage interne de l’iPad ou un support de stockage externe connecté en USB-C. Il est également proposé de débuter un projet vierge ou de capturer les images directement depuis la caméra de l’iPad. Ces dernières sont automatiquement intégrées au projet et enregistrées en HEVC ou en Apple ProRes si l’utilisateur dispose d’un iPad avec une puce M2. L’iPad pro permet de filmer à haute vitesse pour préparer de beaux ralentis. En reliant l’iPad à un ordinateur Macintosh via un câble USB-C, les données peuvent être transférées depuis le finder (à partir de la version Mac OS 10.15). Tous les médias utilisés sont intégrés et contenus dans le projet. En cas de duplication de ce dernier, les médias le sont également.

 

Import de médias pour un montage avec Final Cut Pro pour iPad. © DR

Attention à bien gérer l’espace de stockage nécessaire sur l’iPad. Il est prudent de choisir un modèle dont le disque interne est adapté à la quantité de médias que l’on souhaite exploiter pour éviter de devoir supprimer rapidement des projets avant d’en créer de nouveaux. Les médias sont supprimés en même temps que le projet, mais les sources, stockées par exemple dans la bibliothèque de l’iPad, restent intactes. Il est à noter que les formats vidéo, audio et images pris en compte sont limités (formats vidéo : Apple ProRes, Apple ProRes RAW et RAW HQ, H.264, HEVC et MXF (Apple ProRes)).

 

Interface

Final Cut Pro pour iPad est conçu autour des deux pages projet et montage. Après avoir créé ou choisi son projet représenté par une vignette, l’interface de travail dévoile trois principaux espaces. Située en bas de l’écran, la timeline en occupe toute la largeur. Le haut est séparé en deux, avec le visualiseur à gauche et le navigateur à droite. Le visualiseur peut être activé en plein écran ou détaché en mode image dans l’image. Les paramètres de transformation des images ou les effets visuels peuvent être modifiés à l’écran. Des outils tels que des oscilloscopes ou des guides sont activables via un bouton en bas à droite du visualiseur.

Le navigateur peut basculer entre deux modes pour présenter les plans sources (rushes) ou le contenu intégré : effets vidéo et audio, transitions, titres, arrière-plans, objets et bandes-son. Il est possible de le fermer totalement pour optimiser l’espace disponible pour les autres opérations de postproduction. D’autres fenêtres peuvent être ouvertes (volume, Animer et Multicam) et l’indispensable inspecteur d’où quasiment tout se règle : les niveaux, les filtres audio et vidéo, la position des plans, les titres, les transitions et la vitesse. On peut redimensionner le navigateur, la timeline, et le visualiseur via une icône en forme de double traits verticaux ou horizontaux.

 

Sélection de plans à afficher dans le navigateur selon les mots clés. © DR

 

Préparation des plans et dérushage

Les plans ou des parties de plans peuvent être indexés depuis le navigateur selon plusieurs niveaux : favoris, rejetés ou selon l’attribution de mots-clés. Des traits colorés sont superposés aux plans (rouge pour « rejeté », vert pour « favoris » et bleu pour signifier la présence d’un ou plusieurs mots-clés). Ces fonctions permettent la préparation d’un dérushage intelligent car il suffit d’appliquer des mots-clés pour ranger les plans qui peuvent même appartenir à plusieurs catégories simultanément (plusieurs mots-clés) sans nécessiter la duplication des masters clips.

 

Montage multicaméra à quatre angles maximum. © DR

Expérience de montage

L’emblématique timeline magnétique inventée avec Final Cut Pro X est bien sûr présente avec la double tête de lecture et les fonctions de survol audio et vidéo. Lors du déplacement de plans en amont ou en aval de leur position dans la timeline, les clips avoisinants s’adaptent automatiquement. Le montage se fait avec les doigts, le pencil (stylet), un magic trackpad ou les commandes d’un clavier connecté. Il débute dans « le scénario principal » que l’on peut assimiler en comparaison à d’autres logiciels à la première piste de la timeline. Les plans superposés sont liés aux plans du scénario principal. La molette est une belle nouveauté qui permet d’agir dans l’environnement de l’iPad pour déplacer la tête de lecture, des plans ou des images clés et également améliorer les raccords entre les clips (élaguer ou trimer). Des plans multicaméras peuvent être préparés à partir de sources synchrones pour monter dans les conditions « du direct » en commutant parmi quatre angles maximum (pour un concert, une conférence ou même une interview).

 

En ajoutant des bandes sonores depuis le navigateur, on peut modifier leurs durées et le contenu s’adapte. © DR

 

Audio

Le potentiomètre de la fenêtre volume permet de régler le niveau d’un ou de plusieurs plans ou d’affiner plus précisément le mixage à l’aide d’images clés. Les formes d’ondes superposées reflètent visuellement les modifications. La molette permet de déplacer les images clés dans le temps. L’inspecteur permet de régler l’audio des plans montés dans les séquences : niveaux, panoramiques, fondus entrants et sortants.

Les composantes audio des différents plans peuvent être développées ou condensées individuellement ou en globalité pour autoriser la préparation de splits audio : le son d’une interview peut débuter en « off » sur des images d’illustration. Dans la catégorie des effets audio, un compresseur et un égaliseur paramétrique simple bande sont directement proposés depuis l’inspecteur. Le navigateur héberge des effets plus évolués (AU et logic).

Les outils de mixage automatiques isolation vocale, correction de la saturation, tonalité (compression et équilibrage des niveaux) et réduction de bruit peuvent s’avérer précieux dans des conditions de montage « terrain » auxquelles l’ergonomie de l’iPad s’adapte parfaitement. Les utilisateurs peu aguerris aux outils professionnels de mixage audio y trouveront une aide précieuse. Les pistes musicales et sonores incluses dans l’application s’adaptent automatiquement en ajustant leurs durées (trim).

 

Où sont les pistes ?

À l’instar de Final Cut Pro X, les pistes ne sont pas matérialisées dans la timeline de montage. La fonctionnalité de rôle a été inventée pour attribuer des classements aux plans (dialogues, commentaires, nom des personnages, ambiances…). Cela autorise des classements et des traitements similaires sur des plans que l’on aurait montés sur des pistes dans d’autres outils de montage, tout en conservant les fonctionnalités propres à FCP X.

 

Il est possible d’ajouter des LUT pour adapter des plans tournés en log aux caractéristiques de la timeline. © DR

Effets visuels

Des effets vidéo sont proposés directement depuis l’inspecteur en sélectionnant des plans dans la timeline ou via le navigateur selon différentes catégories de filtres, de transitions entre les plans, et également de préconfigurations de titres animés ou déroulants, d’arrières plans (couleurs, vagues, dégradés…) et d’objets (formes, flèches, décompte, timecode). Nous pouvons citer les effets de masques, d’incrustation et d’isolation automatique de personnages pour remplacer l’arrière-plan de clips connectés au scénario principal. Les effets sont configurables depuis l’inspecteur et animables via des images clés. La vitesse de plans peut être modifiée (accélération ou ralenti). Contrairement à Final Cut Pro X, cette modification affecte le plan dans sa globalité.

Il est impossible de jouer sur la variation de vitesse via des images clés, mais un gel d’image peut être inséré au milieu d’un plan. En haut, au centre de l’interface, un bouton active une fenêtre de dessin en direct pour griffonner sur l’image au doigt ou avec le pencil. Le dessin est animé selon une durée réglable. Actuellement les effets sont proposés par Apple et disponibles dans le navigateur, mais il n’est dans cette version pas possible d’importer de plug-ins d’effets d’éditeurs tiers.

 

Adaptation des montages aux réseaux sociaux

Pour adapter des montages à différents ratios de séquences, par exemple pour des versions dédiées aux réseaux sociaux, il est possible de recadrer des plans manuellement ou automatiquement. Dans ce dernier cas, l’animation de recadrage proposée par le logiciel peut être modifiée.

 

Éditeur cinématique

Les iPhone 13 et 14 Pro et Pro Max disposent d’un mode de captation cinématique qui génère un flou autour de la zone de mise au point. Les plans tournés ainsi sont reconnus dans Final Cut Pro pour iPad et la zone de mise au point peut être modifiée en postproduction, verrouillée sur un sujet ou à une distance donnée.

 

Étalonnage d’un plan depuis Final Cut Pro pour iPad. © DR

Étalonnage

Des filtres d’étalonnage manuels et des préconfigurations permettent de travailler la colorimétrie en s’aidant des outils d’analyse de l’image. Les plans issus de caméras configurées pour enregistrer des images avec des profils de type « log » peuvent être adaptés à l’espace colorimétrique et la dynamique de la timeline via l’application de LUT.

 

Final Cut Pro sur iPad avec interface recopiée sur un grand écran. © DR

Un peu de technique

Fidèle à sa logique, les réglages techniques de Final Cut Pro pour iPad restent simples et accessibles à une majorité d’utilisateurs. En plus de la résolution et de la cadence, deux plages de dynamique de l’image sont proposées : HDR (HLG) et SDR (Rec. 709). Les exports sont paramétrables avec les codecs HEVC, H.264 ou dans différentes versions d’Apple ProRes, encapsulés en Quicktime (.mov) ou mp4. Une optimisation de l’export pour les réseaux sociaux est également proposée. Pour améliorer la fluidité de lecture, il est possible d’abaisser la qualité au profit de la performance.

Final Cut Pro pour iPad s’adresse à des utilisateurs ayant besoin d’une puissance et de fonctionnalités supérieures à iMovie, et pour qui la simplicité de l’interface et la facilité de compréhension des options techniques est un atout. Certains monteurs professionnels trouveront des limites dans la version actuelle, qui seront peut-être comblées dans de prochaines mises à jour. Des fonctionnalités inédites sont intéressantes pour certains usages, comme la captation directe d’image depuis l’iPad dans l’application et le dessin au stylet.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 72-76

 

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