En charge, depuis juin 2019, du host broadcasting et de la production au sein d’Eurovision Services, après avoir effectué une carrière de vingt-deux ans chez AMP Visual TV en tant que responsable d’exploitation, le dirigeant livre ici sa vision des possibles évolutions du format vidéo et évoque la problématique de la distribution UHD HDR sur les canaux linéaires traditionnels. En attendant les alternatives ouvertes par l’extension des services OTT et la généralisation des liens fibre à l’horizon 2025 en France.
Mediakwest : Le passage à un format progressif à 100 images/seconde, déjà testé par Sony avec l’UER/Eurovision lors des championnats d’Europe d’athlétisme de Berlin en 2018 à l’aide d’équipements standards (HDC-4300, XVS-7000, PWS-4500, HDRC-4000), est-il aujourd’hui envisageable sur des événements de sport live ?
Franck Reynaud : Non, et c’est d’ailleurs bien regrettable. Si la norme UHD propose une déclinaison de fréquence de captation assez large, la normalisation à 50 images/seconde a été très largement retenue par les constructeurs. En augmentant la fréquence de captation à 100 i/s, on multiplie mécaniquement les débits en production live par deux. La plupart des industriels du broadcast ne suivent pas pour des raisons de rentabilité de leurs équipements [NDLR : ainsi, les serveurs EVS sont capables d’enregistrer 100 images/seconde, mais le playout plafonne encore à 50/59.94. Augmenter ces taux de trame est un changement fondamental dans le FPGA (Field-programmable gate array). Ce n’est pas impossible, mais le constructeur belge estime que la demande, pour l’heure, n’est pas suffisante pour justifier ce genre d’investissement].
En outre, plus un capteur de caméra travaille vite – donc, délivre plus d’images –, plus il chauffe et devient instable colorimétriquement. La technologie électronique, devant contrer ce phénomène, reste onéreuse à développer. D’où une gamme limitée de caméras pouvant nativement travailler à 100 Hz.
Enfin, n’oublions pas que plus on augmente la fréquence de captation, plus le lieu de tournage doit être éclairé. Beaucoup de sports indoor ne pourraient supporter une telle fréquence de captation au regard des infrastructures existantes. La cible se limite donc aux très grands événements sportifs.
On se rend compte que la qualité des sources à très haut débit en UHD n’est pas toujours meilleure par rapport au 1080p. Finalement, passer du 1080i au 1080p, surtout pour le sport qui, plus que le divertissement, par exemple, requiert des frames rates élevés permettant de suivre des actions rapides, n’est-il pas plus important que de passer du 1080p à l’UHD ?
Passer du 1080i au 1080p aurait un avantage indéniable sur la qualité des ralentis et leur fluidité pour le sport. Néanmoins, le balayage progressif induit pour l’utilisateur un effet de saccade visuel lors des mouvements panoramiques rapides, semblables à ceux du cinéma. Cet effet est presque perçu comme plus gênant par certains utilisateurs que le flou induit par l’entrelacé dans les mouvements rapides. Augmenter la définition spatiale ne résout rien, l’intérêt serait donc plus vers le HFR.
Précisément, selon le type d’événement sportif (match de hockey sur glace ou de football, par exemple), certains acteurs du broadcast, notamment outre-Atlantique, semblent plus intéressés par le HFR et ses images hyper fluides que par l’UHD 4K et ses pixels supplémentaires. Partagez-vous ce constat ?
Oui, c’est très juste. Quand on connaît la vitesse d’un palet de hockey sur glace, pour reprendre votre exemple, on comprend vite l’intérêt du HFR pour savoir où il se trouve à l’écran ! À poids électronique égal, nous pourrions avoir une image UHD 50p ou une image 1080p 200 i/s. D’ailleurs, certains tests menés par différents acteurs du broadcast dans le milieu sportif tendent à démontrer que les images UHD ne présentent pas de réels bénéfices visuels sur des actions rapides filmées en plans très serrés.
À l’autre bout de la chaîne, qu’en est-il de la problématique des débits pour la contribution comme pour la diffusion, surtout sur des canaux linéaires traditionnels, comme la TNT, qui sont encore un frein à la généralisation de l’UHD HDR ?
L’UHD a vu le jour dans un monde qui, d’un point de vue des réseaux fibre et satellitaires, n’était pas préparé à accueillir son débit brut. L’encodage H265 ou HEVC permet de ramener le poids d’une contribution broadcast UHD aux alentours de 64 Mb/s, sans pertes visibles notables. C’est plus qu’une contribution HD standard H264 à 22 Mb/s, mais cela reste raisonnable. Les réseaux grandissent et évoluent, mais la demande de flux aussi. Nous sommes donc en perpétuelle attente de progrès dans le domaine de la compression.
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #40, p. 72-81. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.