Avec des investissements significatifs, une stratégie centrée sur le service et la transparence et une volonté d’accompagner ses clients dans un secteur en pleine mutation, l’entreprise ambitionne de devenir une référence au-delà de l’audio.
Fréquence est historiquement un acteur majeur de l’audio. Pourquoi avoir choisi de se lancer aujourd’hui dans la vidéo broadcast ?

Julien Périlleux : Nous avons pris cette décision l’an dernier et, depuis quelques mois, nous avons ouvert un département entièrement consacré à la vidéo broadcast. Cela répond à une demande forte, non seulement de nos clients traditionnels mais aussi de l’événementiel, qui utilise de plus en plus de matériel vidéo de type optiques broadcast, caméras PTZ et même serveurs de ralentis EVS pour certaines prestations. Pour concrétiser ce virage, Fréquence a investi près de 3 millions d’euros dans un premier parc matériel, incluant des serveurs EVS XT VIA, une vingtaine d’optiques Canon de toutes focales, une cinquantaine de caméras PTZ nouvelle génération, ainsi que des pieds, des moniteurs de référence et d’autres accessoires. Nous avons aussi recruté deux personnels en provenance de Gravity Media France, côté commercial et technique, afin de structurer cette nouvelle activité.

Comment vous positionnez-vous face aux acteurs anglais, historiquement très puissants sur ce marché ?
Les Anglais dominent depuis longtemps : ils ont la capacité d’acheter massivement et ne pas attendre la fin des périodes d’amortissement pour revendre leur matériel avec une forte valeur résiduelle. Ils fonctionnent comme des brokers, ce qui leur permet d’avoir un modèle économique différent. Nous, nous restons des loueurs purs, avec un vrai service technique derrière. Fréquence entend ainsi appliquer à la vidéo la même recette que dans l’audio : la location assistée. Chaque matériel qui sort de chez nous passe par une remise en état complète, un contrôle qualité rigoureux. Nos clients savent qu’ils recevront un matériel prêt à l’emploi, quasiment neuf. C’est une différence majeure avec le système « dry rental » pratiqué outre-manche.
Quelles stratégies mettez-vous en place pour séduire le marché européen ?
La transparence est au cœur de notre démarche. Nous publions nos tarifs, nous les stabilisons dans le temps, et nous avons choisi une tarification à la semaine. C’est une logique adaptée aux tournages européens : entre les transports, les répétitions et l’exploitation, les locations se comptent rarement en jours. Nos clients ont ainsi une visibilité immédiate sur leurs coûts, et cela leur permet de préserver leurs marges. Autre atout : la possibilité de proposer des solutions combinées audio et vidéo. Un client qui vient louer des caméras ou des serveurs EVS peut aussi repartir avec de l’intercom, des consoles broadcast, ou encore tout autre matériel audio. C’est un vrai plus pour attirer des asset managers européens qui commencent toujours par sourcer la vidéo avant l’audio sur les grands projets.

Côté technique, quels choix privilégiez-vous pour constituer votre parc vidéo ?
Nous observons une mutation : les caméras de plateau sont de moins en moins demandées et tendent à être remplacées par des caméras PTZ. L’équation économique est compliquée : une caméra à 60 000 euros ne peut pas être rentable en la louant 200 ou 400 euros la journée. Nous préférons donc attendre de nouvelles générations de matériel, tout en restant à l’écoute des besoins. Nous gardons une capacité d’investissement qui nous permet de réajuster le stock assez rapidement. En termes de marques, Fréquence privilégie le duo Sony/Canon, incontournable en broadcast, mais n’exclut pas Panasonic ou Fujinon pour des usages événementiels. L’idée est d’investir dans du matériel versatile, capable de répondre aussi bien aux besoins broadcast qu’événementiels.
La maintenance est un enjeu majeur dans votre métier. Comment l’abordez-vous ?
Nous avons renforcé notre service de maintenance et nous réfléchissons à lui donner plus d’espace ; il faudrait idéalement quadrupler sa surface actuelle. Nos équipes assurent du SAV agréé, notamment sur Riedel, Sennheiser et Shure, ce qui nous permet de répondre rapidement aux demandes de nos clients parisiens. Fréquence pratique aussi le refurbishing : revente de matériel remis à neuf après cinq à six ans d’usage. Nous avons par exemple revendu des panels Riedel totalement refurbishés, contrôlés et remis en état. Cela nous permet d’entretenir un parc récent et fiable, tout en optimisant nos investissements.
Quelles perspectives voyez-vous à moyen terme, notamment pour 2026 ?
Les perspectives sont encourageantes. La Coupe du Monde 2026 aux États-Unis entre autres va mobiliser énormément de matériel et de personnel. En conséquence, il y aura un appel d’air en Europe et donc une demande accrue auprès des loueurs comme nous. Entre avril et septembre 2026, nous avons déjà une visibilité importante, ce qui est rare dans notre secteur d’activité.
En conclusion, quelle est l’ambition de Fréquence dans ce nouveau chapitre ?
Notre ambition est claire : rester un loueur pur, ne pas dériver vers la prestation ou la vente, mais proposer un service de référence. Nous voulons offrir à nos clients la même confiance que dans l’audio, mais appliquée à la vidéo broadcast. Nous souhaitons nous développer sans contrainte de rythme pour nous tourner de plus en plus vers le marché européen.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #64, p.40-41





