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Une configuration Letrosonics full digital plutôt compacte comprenant dans la sacoche, le récepteur UCR 822, les émetteurs ceinture DBSMD (double pile) et DBSM (simple pile), le système Digital Camera Hop permettant d’assurer la transmission de deux canaux audio vers l’appareil photo numérique. © DR

HF numérique Lectrosonics, l’évolution dans la tradition

 

Ce récepteur a été assorti de deux émetteurs ceintures ainsi que de l’étonnant duo DHCT-DHCR qui permet entre autres d’assurer une liaison mixette-caméra deux canaux sur une seule fréquence. De quoi se constituer une configuration complète entièrement numérique pour le tournage en équipant mixette et caméra, mais aussi pour envisager bien d’autres cas de figure…

Dans la grande migration vers la modulation numérique entamée par la plupart des constructeurs de liaison HF, Lectrosonics n’était sans doute pas le plus pressé de franchir le pas. En effet, son procédé Digital Hybrid, présent dans la gamme dès 2002, permet de véhiculer un signal numérisé dépourvu des artéfacts audio liés à l’utilisation de compandeurs, tout en conservant une technologie de modulation FM analogique.

Selon une chronologie semblable à celle observée chez Shure, la gamme numérique D2 voit le jour, d’abord pour les produits destinés à la scène ou au plateau, puis il y a un peu plus d’un an, pour les produits destinés au tournage. Dans cette nouvelle gamme encore peu connue en France, le récepteur DCR822 peut être considéré comme l’héritier direct en version numérique et deux canaux de l’UCR 411, réputé chez les aficionados du constructeur américain. Il ne s’agit donc pas comme pour les futurs DSR d’un modèle « slotable », mais d’un récepteur conçu pour l’utilisation en sacoche, en roulante, et à la rigueur sur une caméra, sachant que même s’il est alimentable par pile, aucune fixation n’a été prévue pour…

Nous l’avons associé pour cet essai à deux émetteurs ceinture, le petit DBSM (simple pile) et le modèle standard DBSMD (double pile), versions numériques des SMB et SMDB dont l’aspect est très similaire. Pour assurer la transmission de la mixette vers la caméra, on se tourne naturellement vers ce que Lectrosonics a baptisé la Digital Camera Hop. Composé de l’émetteur (DCHT) et du récepteur (DCHR), cette liaison sans-fil numérique a la particularité de pouvoir véhiculer deux canaux audio sur une seule fréquence HF. Plutôt compact, cet ensemble plutôt malin peut s’utiliser soit en en bi-piste pour acheminer par exemple la perche d’un côté, et un mix HF de l’autre, soit pour le travail en stéréo, sachant que le signal transmis est verrouillé en phase…

 

Le récepteur DCR-822. Autour de l’écran, les quatre touches permettent une navigation efficace sur l’ensemble du paramétrage du récepteur que l’on peut stoker sur micro SD (à gauche). À droite, le port IR. © DR

Compatibilité étendue

Un coup d’œil sur les caractéristiques techniques du récepteur DCR 822 nous apprend que l’audio est numérisé en 24 bit/48 kHz, que la modulation numérique est de type 8 PSK et qu’elle rentre dans le masque de 200 kHz de largeur selon la norme ETSI en vigueur. Voilà qui suppose comme chez les autres constructeurs une réduction de débit utilisant un codec dont nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est que la latence annoncée en modulation numérique est à la fois constante et réduite à 1,4 ms. On peut donc imaginer qu’il s’agit d’un encodage appartenant à la famille ADPCM… Les plages de fréquences disponibles tant sur les émetteurs que sur les récepteurs sont au choix 470-614 MHz ou 537.600 – 691.175, soit une largeur confortable de respectivement 144 MHz et 154 MHz. En outre, le 822 peut travailler aussi bien en Digital Hybrid qu’en modulation numérique, ce qui le rend compatible avec quasiment tous les émetteurs Lectrosonics récents comme le petit SSM déjà testé dans nos colonnes et dont la taille avoisine celle d’un briquet Zippo.

Pour mon test, j’élimine donc les modes Digital Hybrid et DCHX (que je réserve au Camera Hop) pour m’arrêter sur D2, le mode numérique « standard » que je sélectionne également sur les émetteurs ceintures. Je constate que les options de modulation laissent également apparaître le mode HDM (High Density Mode). Renseignement pris, il s’agit du mode « économique » de Lectrosonics qui en limitant la puissance d’émission à 2 mW et la bande passante audio à 16 kHz réduit l’espace nécessaire à 100 MHz par canal. Voilà qui permet de loger un minimum de 24 fréquences dans un espace de 6 MHz, soit un canal TV américain… Intéressant donc pour les situations type live ou comédies musicales où l’on doit faire coexister un grand nombre de fréquence dans un espace restreint.

 

Sur la carte micro SD 16 Go fournie, on peut stocker 23 heures en mono toujours au format BWF 24/48 © DR

Micro SD à tous les étages

Juste à côté de l’écran, les touches permettent une navigation efficace sur l’ensemble du paramétrage du récepteur que l’on peut stoker sur micro SD, un support que les ingénieurs de Lectrosonics ont mis également à profit pour embarquer un petit enregistreur multipiste capable d’enregistrer l’ensemble des canaux audio (jusqu’à quatre suivant la configuration) au format 24/48 PCM BWF. Voilà qui est plutôt inhabituel sur un récepteur, mais qui offre des possibilités inédites comme bénéficier d’un back-up de l’enregistreur principal, ou encore, tourner en configuration super réduite sans enregistreur en embarqué ou en caméra discrète. Pourquoi pas ? Mais quel luxe, sachant que les deux émetteurs ceintures DBSM et DBSMD choisis pour le test enregistrent également. D’ailleurs, Lectrosonics les classe dans la catégorie des Digital Transcorder, autrement dit des émetteurs numériques capables d’enregistrer. Sur la carte micro SD 16 Go fournie, on peut ainsi stocker 23 heures en mono toujours au format BWF 24/48.

Les fichiers produits comprennent un TC qui peut être soit horaire, soit externe en Mode Jam sachant que l’on peut connecter sur l’entrée audio une source de Time Code grâce aux câbles Lemo ou BNC vers TA-5 disponibles en option et que la stabilité de l’horloge permet de travailler au moins une journée sans dérive. Malheureusement, pour des questions de brevet dont Zaxcom a l’antériorité, Lectrosonics en tant que fabricant américain a dû brider ses émetteurs qui cessent automatiquement d’émettre dès que l’enregistrement commence. Dommage !

Comme sur tout récepteur récent, le 822 est capable d’effectuer scan, analyse de spectre, synchro par infra-rouge ce qui me permet de le syntoniser avec les deux émetteurs. Pour les productions exigeant un haut niveau de confidentialité, un encryptage AES 256 bit avec trois niveaux de sécurisation est disponible. Sur la face inférieure, on trouve un connecteur d’alimentation verrouillable au format « barrel » ce qui demandera un adaptateur Hirose pour utiliser mon distributeur d’alimentation européen.

Pour les deux connecteurs audio, le constructeur reste fidèle au format mini XLR TA3 permettant de véhiculer deux canaux en analogique, ou deux paires numériques en AES3, soit un maximum de quatre sorties lorsqu’il est couplé avec un émetteur stéréo comme le DCHT par exemple… Les options de routing sont complètes et l’on peut d’ailleurs y inclure le Talkback en provenance de l’émetteur.

 

Les émetteurs ceintures DBSM (simple pile) et DBSMD (double pile) côte à côte. © DR

Un air de famille

Les émetteurs ceintures DSMB et DSMDB ressemblent vraiment à leurs grands frères analogiques. On retrouve donc quasiment le même boîtier avec sa conception robuste étudiée pour résister à la poussière et aux éclaboussures grâce à l’absence de switch, la présence de joints visibles sur la trappe à pile et l’intégration particulière du connecteur audio. Heureusement, l’écran a progressé en résolution, ce qui permet d’afficher plus de caractères et simplifie la compréhension des menus.

La connectique audio est comme souvent sur les émetteurs Lectrosonics au format mini XLR-TA5, les cinq broches étant utilisées pour optimiser le couplage micro/préampli, tant en polarisation qu’en gain et impédance, sachant que les entrées peuvent recevoir le signal de micro dynamique, de capsules électret, et de niveau ligne ou instrument. Par contre, le 48 V n’est toujours pas de la partie ce qui exclut les applications de perche HF.

J’effectue les premiers tests en utilisant l’enregistreur embarqué avec des capsules Sanken Cos-11 et Lectrosonics M152, cette dernière ayant un air de famille certain avec la VT 500 du Suisse Voice Technology. Hélas, à l’importation, mon Pro Tools s’entête à refuser les fichiers via « glisser-déposer ». Heureusement, tout rentre dans l’ordre en utilisant le menu import. L’informatique a ses mystères…

En tout cas, on retrouve bien dans Pro Tools l’audio et le TC. Comparée à mon système analogique de référence, la qualité audio est un cran au-dessus avec un son très naturel, sans compression audible, et une finesse de restitution dans le haut du spectre de la voix très agréable. Notons aussi la présence d’un double limiteur analogique contrôlé par DSP avant numérisation, ce qui rend plus difficile la saturation des convertisseurs.

 

Gros plan sur les connecteurs audio (TA-3) et antenne (SMA) de l’émetteur DSMDB en version A1B1 (470,100 x 614,375 MHz). © DR

 

Scan and Sync

Passé les trois secondes de pression obligatoire sur la touche de mise en service de l’émetteur pour activer l’émission HF (c’est une tradition chez Lectro), la mise en service est quasi immédiate, ce qui est plutôt une bonne surprise pour une configuration numérique. Une fois réalisé que Xmit signifie Transmit, je trouve tous les paramètres dont j’ai besoin sur les émetteurs comme sur les récepteurs sans consulter le manuel. La procédure Smart Tune qui comprend le Scan et le Sync, s’effectue alors sans soucis particulier. L’avantage ici est que l’on peut espacer sans risque les fréquences des deux émetteurs, le filtrage HF inclus dans le récepteur ayant été étudié pour, là où d’autres systèmes double canal réclament une plage HF plus limitée.

Durant mon parcours utilisé pour tester la portée, comprenant obstacles et escaliers, la stabilité des liaisons analogiques et numériques est vraiment comparable avec une puissance d’émission de 50 mW, mais c’est moins vrai lorsque l’on réduit la puissance à 10 mW, surtout lorsque les antennes ne sont pas dégagées. Comme tous les émetteurs numériques, les DBSM et DBSMD consomme sensiblement plus que leurs homologue analogiques et Lectrosonics ayant fait le choix de garder le standard LR6, l’autonomie sur pile alcaline pourra servir en dépannage, mais sera insuffisante sur en tournage. L’alternative sera donc soit le lithium, soit les accus rechargeable NiMH pour lesquels le constructeur annonce quatre heures d’autonomie à 50 mW pour le modèle simple pile et sept heures pour le modèle double.

 

Le récepteur portable DCHR : suffisamment compact pour prendre place sur un appareil photo. © DR

Digital Camera Hop : des utilisations inédites

Avec son émetteur et son récepteur deux canaux n’utilisant qu’une seule porteuse, l’utilisation la plus évidente du Digital Camera Hop est bien sûr le lien sans fil entre mixette et caméra, configurable en stéréo, ou en bi-piste, avec par exemple le prémix HF d’un côté, la perche de l’autre. Attention cependant, la bande passante est limitée à 12 kHz dans ce type de modulation baptisée DCHX par Lectrosonics. À l’utilisation, l’intérêt de cette liaison est de n’utiliser qu’une seule fréquence, donc un seul émetteur et de proposer deux canaux audio verrouillés en phase.

Le format du récepteur DCHR est suffisamment compact pour prendre place sur la griffe porte accessoire d’un appareil photo numérique où l’adaptation des niveaux se fait sans problème. Il offre de surcroît une sortie casque qui surclassera sans difficulté celles présentes sur les DSLR. Avec l’émetteur en sacoche, on apprécie d’avoir accès sur le dessus au switch que l’on peut attribuer au on/off et de pouvoir garder un œil sur les Leds qui restent bien visibles. L’ensemble est d’autant plus facile à vivre sur le terrain que l’allumage est là aussi étonnamment rapide.

Sans surprise on retrouve les trois puissances d’émission (10,25 et 50 mW), le cryptage AES 256 pour la confidentialité et la même plage de fonctionnement (470,100 x 614,375 MHz) qu’avec les éléments de la gamme D2. L’autonomie constatée sur mes accus NiMH LR6 âgés de deux ans est d’environ quatre heures trente pour l’émetteur et plus sept heures sur le récepteur, sachant qu’en montant l’adaptateur optionnel LTBatelim, les deux appareils peuvent recevoir une alimentation externe. Plutôt facile à configurer, l’émetteur peut travailler directement en numérique au format AES ou à niveau ligne pour recevoir la sortie de la mixette. Il accepte aussi les niveaux micro avec des préréglages adaptés suivant la capsule (DPA, Sanken Cos 11, Sennheiser MKE2, etc.), sachant que ces niveaux peuvent être indépendants ou jumelés. Malheureusement, aucune possibilité d’alimentation 48 V, qui aurait permis de déployer facilement un couple de micros statiques pour capter des ambiances synchrones en tournage cinéma ou documentaire. Lectrosonics n’a pas non plus jugé bon d’inclure ici un enregistreur micro SD comme sur les émetteurs DBSM et DBSMD.

 

L’émetteur double canal DCHT : pratique en sacoche. © DR

Pour les besoins du test, je configure émetteur et récepteur en mode DCHX (le mode Digital Camera Hop), mais les modes Duet, D2 et HDM sont envisageables pour d’autres applications. Les deux canaux disponibles à l’entrée de l’émetteur sont en mini XLR TA-6. Le standard est fort peu répandu, mais en s’équipant des câbles adaptateurs spécifiques, il est possible de faire face à plusieurs situations. Par exemple, en plaçant un seul émetteur DCHT sur le journaliste animateur, on pourra l’équiper de deux micros-cravates, une pratique qui devient courante en situation de plateau, surtout avec des capsules cardioïdes… Et en configuration reportage, un journaliste pourrait être équipé du DHCT sur lequel serait connecté un micro-cravate, et un micro main filaire, éventuellement sur une petite perche pour assurer des interviews en temps de Covid.

 

L’essentiel

Avec sa nouvelle gamme numérique, Lectrosonics fait le choix de se concentrer pour l’instant sur l’essentiel : le design adapté à la rudesse des tournages, la stabilité HF, une latence vraiment basse et constante, la qualité de son, le tout en gardant le design quasi inchangé, à tel point que la majorité des anciens accessoires type alimentation ou poche de protection peuvent être réutilisés ici. Par rapport à la concurrence, le constructeur offre l’enregistrement ou l’émission, et ne propose pas l’option 48 V sur les émetteurs, ni de pilotage des émetteurs depuis le récepteur ou l’enregistreur. Malgré tout, il reste possible d’accéder aux paramètres des émetteurs ou de déclencher l’enregistreur embarqué sans déséquiper le comédien ou le journaliste, mais cela suppose de s’approcher suffisamment près du micro et de passer par les App iOS ou Android payantes (LectroRemote et PDRRemote) qui fonctionnent via DTMF.

 

Équivalents numériques de la série SR, les récepteurs numériques DSR sont disponibles en version deux canaux (en haut), deux canaux avec sortie sur le dessus (au milieu) et quatre canaux (en dessous). © DR

LES RECEPTEURS NUMERIQUES ENFICHABLES DSR : DEUX OU QUATRE CANAUX

S’il ne fait aucun doute que Lectrosonics s’est appuyé sur le 411 pour créer le 822, les concepteurs ont eu la même approche avec les DSR, et là où on avait en Digital Hybrid les SRc et SRc5P avec la fameuse sortie audio sur le dessus, on retrouve en numérique le modèle double canal décliné en DSR et DSR5P avec le même principe. Le constructeur précise d’ailleurs que la dimension du boîtier et les emplacements des vis sont identiques, ce qui permettra de réutiliser les mêmes accessoires tandis qu’avec ses quatre canaux, le DSR4, adopte un boîtier légèrement plus long.

La famille DSR bénéficie de la compatibilité Unislot/Superslot pour l’enfichage en caméra comme en châssis. On retrouve sinon les mêmes plages de fréquences et la même compatibilité descendante et les même technologies HF qu’avec le 822 décrit plus haut.

 

LA DIVERSITY EVOLUE

Contrairement à la gamme Digital Hybrid qui utilise la traditionnelle réception True Diversity encore appellée « diversité de rapport », Lectrosonics a choisi pour sa gamme D2 la technologie Vector Diversity. Plus adapté à la transmission numérique selon le constructeur, le procédé met en œuvre une réception du signal HF sur deux étages différents, mais avec ici deux angles de phase différents afin d’obtenir une énergie maximale.

Notons que pour augmenter la robustesse de la liaison en situation difficile, le récepteur 822 peut alternativement travailler en mode Frequency Diversity. Le récepteur choisi alors automatiquement la meilleure fréquence en fonction du niveau reçu, mais cela suppose de mettre en place deux émetteurs, et de réduire la capacité du récepteur à un seul canal audio.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #47, p. 48-52