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Panneau d’intercom RTS Ondin en régie broadcast. © DR

Un point sur le marché de l’intercom …

 

L’IP et la mutualisation étaient déjà à l’approche. Nous questionnons à nouveau ces constructeurs afin de croiser leurs approches respectives et leurs visions sur ce marché qui touche à la fois le broadcast, l’événementiel, l’installation fixe et le spectacle vivant.

 

Il y a cinq ans, nous avions identifié Clear-Com, RTS et Riedel comme étant les trois acteurs principaux sur le marché français, ainsi que trois catégories principales de produits.

Pas de changement majeur aujourd’hui dans la manière dont les gammes sont articulées, avec tout d’abord les systèmes « 2 fils » ou Partyline ainsi appelés car ils partagent une même ligne en série qui sera utilisée pour parler et écouter. Viennent ensuite les systèmes matriciels encore appelés « 4 fils ». Plus sophistiqués et plus puissants, ils sont structurés autour d’une matrice et de panneaux utilisateurs.

Aujourd’hui numériques, ces systèmes mettent en œuvre de nombreuses techniques et concepts directement issus des télécoms comme par exemple le TDM. Enfin, on distingue les systèmes sans fils analogiques et numériques qui utilisent aujourd’hui les bandes de fréquences 1,9 GHz du DECT mais aussi les 2,4/5 5 GHz attribuées à la wi-fi en optimisant les techniques de transmission.

 

Le Partyline évolue

Pour Jean-Philippe Blanchard, DGA d’Audiopole et importateur de la marque Clear-Com depuis de nombreuses années, les trois catégories (Partyline, matriciel et sans fil) ne sont pas si étanches. Il cite pour exemple la gamme Partyline Helixnet : « Il s’agit d’une gamme hybride associant la simplicité du 2 fils, la qualité du numérique et la souplesse du matriciel sur un seul et même produit. C’est un système nativement IP qui se déploie sur des infrastructures réseau en utilisant soit un câblage Cat 5 soit un câblage XLR classique, ce qui permet de rénover facilement un théâtre par exemple en gardant le câblage existant. »

Chez Clear-Com, le Partyline analogique existe toujours mais le numérique a fait une percée importante, notamment dans l’événementiel : « Le maillage est ultra-simple et très souple. Il peut se faire soit via l’IP, soit en câblage audio. De plus, la configuration des différents éléments est indépendante du câblage, tout est fait depuis une page HTML sur la base. D’autre part, la gamme LQ permet également de supporter des comptes SIP, pour les liaisons vers la téléphonie IP, ou des pupitres virtuels sur SmartPhone Android ou IPhone avec Agent-IC. »

De son côté, RTS a lancé en novembre dernier dans sa gamme Partyline la nouvelle plate-forme OMS. « Un outil de communication polyvalent adapté à de nombreux usages : théâtres, spectacle vivant, lieux de culte, infrastructures broadcast, location audiovisuelle, industrie », explique Julien Galifret, ingénieur commercial chez Pilote Films. Présentée sous forme de rack 1U, OMS propose seize canaux audio et constitue une solution abordable capable d’interconnecter des appareils filaires et sans-fil avec des matériels IP, numériques et analogiques. Chez Riedel, l’offre Partyline se nomme Performer. Il s’agit d’une gamme numérique simple à mettre en œuvre et qui s’appuie sur les standards ouverts comme l’AES.

 

Le matriciel s’ouvre aux standards

Les systèmes matriciels sont principalement installés chez les broadcasters. Dans le catalogue Clear-Com, on trouve la gamme des matrices modulaires Eclipse où chaque unité offre une capacité maximale de 496 ports et où trois châssis peuvent être reliés en réseau. Les panneaux sont raccordés au choix en analogique, en IP G722 (parfois appelé voix HD à cause de sa bande-passante 50-7000 Hz) ce qui permet de les connecter au travers d’une box grand public. Outre l’analogique, parmi les formats disponibles figurent les standards Madi, Dante, SMPTE2110, SIP et l’AES67.

Lancée il y a deux ans par RTS, « Odin est la première matrice intercom présenté en rack 1U intégrant d’office les principaux standards, protocoles et types de connexion du marché : AES67, AES70, ST 2110, VOIP, G.711, G.729, G.722, Dante, 4 fils analogique », résume Julien Galifret. Réputé pour ses interfaces homme/machine et la prise en compte des standards ouverts, Riedel a de son côté fait évoluer l’infrastructure Artist en la rendant compatible avec les derniers standards IP SMPTE 2110 ainsi que les spécifications NMOS (Networked Media Open Specifications), qui promettent une meilleure interopérabilité des produits en environnement IP.

 

Le sans fil numérique s’étoffe

Utilisées en broadcast comme dans le spectacle vivant et l’institutionnel, les solutions d’intercom sans fils numériques se sont banalisées et sont utilisées aujourd’hui dans tous les secteurs. DG France et Afrique chez Riedel, Franck Berger en explique les raisons : « Cette dynamique a notamment été précipitée par le déploiement de la 5G et le réaménagement des multiplex TNT qui ont conduit à une réduction sévère de la gamme de fréquences UHF jusqu’alors largement utilisée pour les communications sans fil. Construite sur la norme DECT, notre technologie d’intercom sans fil Bolero est arrivée à point nommé. Elle a non seulement su apporter une réponse immédiate au bouleversement des fréquences UHF, mais elle a aussi su se démarquer grâce à sa technologie ADR (Advanced DECT Receiver) lui permettant de surpasser la fragilité des systèmes DECT en matière de gestion des réflexions multiples. Nous avons également particulièrement soigné son design. »

Notons dans la gamme Bolero, l’apparition d’une version autonome où l’antenne embarque directement l’intelligence de mixage entre les terminaux wireless sans avoir recours à une base ou à une matrice. Exploitant également la plage du DECT, la gamme FreeSpeak de Clear-Com compte aujourd’hui des utilisateurs aussi bien en plateaux de télévision, que dans les théâtres et les opéras. « C’est aussi devenu l’intercom “pour tout le monde” dans les grosses régies de spectacles et d’événementiel », précise Jean-Philippe Blanchard.

Notons l’apparition récente dans cette gamme de la série FreeSpeak Edge utilisant la plage 5 GHz, une solution « Spécial Stades dotée d’un management de fréquences très évolué afin de répondre à la problématique des très gros événements sportifs car tous les réseaux (2.4 GHz, 5 GHz, DECT, wi-fi) sont déjà bien occupés ! », précise Jean-Philipe Blanchard.

Également basé sur le DECT, Romaneo de RTS est, selon Julien Galifret, « le premier système sans fil s’affranchissant des canaux pour proposer des boîtiers ceintures équipés de quatre clés “talk” et quatre clés “listen” entièrement configurables. »

 

Mutualisation et convergence

Quel que soit le marché, partout où les technologies IP s’imposent, la question de la mutualisation survient tôt ou tard. Alors, où en est-on aujourd’hui sur le marché de l’intercom où les mêmes tuyaux peuvent transporter intercom, son noble et vidéo accompagnés de leurs données respectives ?

« Si une tendance à mutualiser se dessinait, il y a quelques années, nous sommes aujourd’hui sur une volonté de rendre compatibles les différents univers », estime Julien Galifret. « Cela est notamment rendu possible par des bridges et/ou les technologies IP que RTS a intégré pour répondre aux besoins des clients. De nombreux autres produits confirment cette tendance d’interopérabilité que l’on peut retrouver chez Audinate avec leur DDM ou chez DirectOut Technologies avec leur Prodigy. »

Même constat pour Jean-Philippe Blanchard : « Sans aucun doute, la convergence de toutes les applications audiovisuelles au sein d’un seul et même réseau est en route, et on le constate dans tous les projets, que ce soit en intégration Av, dans le broadcast, les systèmes de travail collaboratifs ou la remote-TV. Tout passe (ou passera) par des switches informatiques. En broadcast, les nouvelles normes type SMPTE2110 sont très suivies par les fabricants et tous y viennent. L’audio sur IP a énormément évolué. Dante a ouvert les portes à la convergence facile. L’intercom est aujourd’hui un réseau comme un autre, qui doit savoir s’adapter aux mêmes exigences du monde de l’IT. C’est ce que nous faisons avec la nouvelle carte E-IPA 64 x ports nativement AES67/SMPTE2110. »

On comprend que l’interopérabilité est la clef, mais avant de migrer vers le tout IP, comment s’assurer que tel système saura parler à tel autre ? « Il faut s’assurer que les briques technologiques sur lesquelles on se repose soient irréprochables en matière non seulement d’implémentation des normes mais aussi d’interopérabilité », lance Franck Riedel qui poursuit : « C’est tout l’enjeu des travaux et tests du groupe de JT-NM (groupe de travail dont les résultats sont régulièrement publiés sur leur site, ndlr) qui permettent de dresser pour les utilisateurs finaux, un état factuel du niveau de maturité des industriels en la matière. Riedel n’est pas peu fière de se distinguer comme la seule société à ce jour à y être représentée, concernant les technologies intercom, à travers ses solutions Artist et SmartPanel. »

Et puisque toutes les données arrivent par le même tuyau, pourquoi ne pas utiliser le même poste de travail pour des utilisations au-delà de l’intercom ? C’est sans doute en partant de ce constat que Riedel est arrivée au concept du SmartPanel de sa série 1200, un panneau de commande doté d’une interface polyvalente : « Ce nouveau poste de travail est capable d’héberger plusieurs applications disponibles sous forme de licences fonctionnant simultanément sur un seul et même équipement remplaçant le poste de travail historique où l’on a tendance à empiler de multiples hardwares dédiés à une seule et même application », conclut Franck Riedel.

 

Pandémie et remote production

En tant que fournisseurs de solutions au contact avec les utilisateurs, nos trois interlocuteurs sont bien placés pour identifier de nouveaux usages ou comportements. « Nous constatons de plus en plus d’intérêts pour la remote production et cette tendance a été accélérée ces derniers temps avec la pandémie du Covid-19 », estime Julien Galifret. « Que ce soit avec des produits intercoms traditionnels (panneaux d’ordres, matrices) ou des produits de type tablette et smartphone en 4G, de plus en plus de productions se font en distanciel. Nous avons pu accompagner nos clients dans cette tendance grâce aux technologies Omneo et RVON de chez RTS ou encore avec les solutions 4G de chez Unity Intercom. »

Même cause, même effets explique Jean-Philippe Blanchard en s’appuyant sur un exemple en grandeur nature : « Notre application Agent-IC (disponible gratuitement en version test sur Appstore ou Google, ndlr) s’installe facilement sur un téléphone et le transforme en panneau d’ordres. Elle permet à de nombreux exploitants de travailler en “remote prod” à des centaines de kilomètres du lieu de l’événement. Il y a quelques mois, un gros prestataire broadcast assurait la réalisation d’une course automobile depuis Spa en Belgique, alors que toute l’équipe “habillage/synthé” était confinée en Espagne ! L’intercom Agent-IC n’a exigé aucun échange de matériel entre les deux sites ! ».

 

Des produits plus simples ou plus complexes ?

Avec l’arrivée des technologies IT et de la prévalence du logiciel sur le matériel, qu’en est-il de l’utilisateur, de ses exigences de la simplicité de mise en œuvre ?

« Je trouve que les clients sont moins exigeants au niveau des fonctionnalités souhaitées et que les configurations intercoms tendent à se simplifier », estime pour sa part Julien Galifret. « Cela est sûrement dû à la souplesse amenée par les nouvelles générations d’intercom. Par contre, les nouvelles technologies imposent de nouvelles habitudes de travail et posent la question de la formation des utilisateurs. Aujourd’hui, un technicien audiovisuel doit à la fois être un spécialiste audio mais également maîtriser l’IP. »

Jean-Philippe Blanchard, de son côté, fait le distinguo entre exploitation et programmation : « En termes d’exploitation, les systèmes sont bien plus complets aujourd’hui, mais la programmation informatique permet de proposer aux utilisateurs finaux un juste équilibre entre simplicité, complexité et ergonomie. Donc, une exploitation plus simple coté “user”, mais une exigence de spécialisation intercom plus importante coté “administrateur”. »

 

Gestion de l’intercom : toujours pour les gens du son ?

Se pose alors la question du profil des exploitants : moins audio ? plus informatique ? Où se situe le profil idéal ? « Les profils évoluent au fil du temps, ils sont moins spécialisés et avec eux s’éloigne l’expertise du monde analogique et Partyline », constate Julien Galifret.

De son côté, Franck Berger essaye de préciser la position des curseurs : « Nous avons affaire à une période de transition où l’expertise réseaux se révèle de plus en plus critique pour garantir le bon fonctionnement d’une installation dernier cri. L’utilisateur type de ces dernières années est amené à se réinventer pour répondre au besoin du profil idéal qui se doit désormais d’associer habilement compétences métiers et réseaux. »

Mais si la tendance se poursuit et s’accélère, on peut se demander avec un brin de provocation, si finalement, il est toujours opportun que ce soit des profils spécialisés audio qui gèrent l’intercom. « Peu importe le format, l’intercom restera une notion audio qui nécessite un savoir-faire dédié », estime Julien Galifret qui poursuit : « Les fabricants comme RTS chercheront encore à simplifier au maximum la couche IP pour permettre aux techniciens de se concentrer davantage sur leur mission d’intercommunication que sur le paramétrage IT de leur système. Cependant, il faut bien admettre que dans le cadre de grosses infrastructures les services IT seront de plus en plus mis à contribution. »

À ce stade, il est alors sans doute utile de rappeler ou de préciser en quoi consistent ces compétences, ce savoir-faire des gens de l’audio préposés à l’intercom ? « On parle de mélange, de niveaux, de “Je n’entends pas” ou de “C’est trop fort” », résume Jean-Philippe Blanchard. « Les exploitants intercoms expérimentés gèrent leur affaire comme un ingé-son “retour” sur une scène. C’est totalement comparable et c’est très artistique. L’administration réseau c’est la partie “plomberie” ». On ne s’occupe que des tuyaux et c’est complétement un autre monde. Une véritable expertise réseau est donc nécessaire aujourd’hui parce que tout passe par le même tuyau !

On est déjà loin des « notions de bases ». Donc au-delà de la gestion de l’infrastructure, du transport et de la sécurisation des données, savoir distribuer ces signaux dont la provenance et de plus en plus étendue avec la meilleure qualité audio possible et avec un ajustement des niveaux adapté à chacun, reste un savoir-faire essentiel qui demande de l’expérience, sachant que comme le rappelle à juste titre notre interlocuteur : « La complexité et le nombre de demandes à satisfaire lors de gros événements est intense. La bonne gestion de l’intercom est la clé de voûte du succès. Pas de com = pas de show ! ». CQFD !

 

Propos

Jean-Philippe Blanchard : « Les marchés se répartissent, suivant les années, entre studios TV, cars vidéo, installations fixes et mobiles. Je pense que l’on peut dire qu’aujourd’hui en France Clear-Com a la plus grosse part de marché en installation fixes broadcast et en installation de théâtres (filaires et sans fils). »

Franck Berger : « Nous nous adressons à différents secteurs d’activités allant du broadcast à l’événementiel sous toutes ses coutures, au spectacle vivant, aux théâtres, maisons d’opéras, salles de spectacles, aux sports ou encore à l’institutionnel. »

Julien Galifret : « RTS est toujours présent chez des acteurs clefs du broadcast et équipe de nombreuses salles de spectacles ou théâtres. Les récentes innovations ont permis d’ouvrir des marchés significatifs vers le monde institutionnel et l’industrie comme par exemple l’industrie aéronautique, l’industrie nucléaire ou le monde médical dont un salon annuel qui permet à six sites différents dans le monde d’assister à des opérations commentées en direct grâce aux technologies RTS. »

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 16-20. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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