L’animation française entre satisfaction et inquiétude aux Rencontres d’Angoulême

Les 10e Rencontres animation développement innovation (RADI) et Rencontres animation formation (RAF) ont accueilli mi-novembre, à Angoulême, plus de 340 professionnels de l’animation. Élaboré par René Broca, dont c’était la dernière édition, le programme éditorial des deux manifestations a mis en lumière les enjeux de la filière Animation autour de problématiques de formation, mais également sociales ou technologiques.
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Logiques et stratégies de fabrication des studios au cœur des RADI

Centrés sur les aspects techniques du pipeline de production, les RADI ont mis en avant le 14 novembre les logiques et stratégies de fabrication des studios. Plusieurs studios ont présenté leurs points de vue. Ainsi, Cube emprunte à la méthode Agile par un travail itératif qui place le graphiste au centre du projet. Fortiche Prod mise sur une flexibilité émanant du département R&D et non des graphistes.

De son côté, 2 Minutes a mis sur pied plusieurs cycles de R&D avec des outils spécifiques à une production, des outils métiers utilisés dans plusieurs productions et des outils dits « fondamentaux » présents dans tous les projets. Il s’est également associé au laboratoire de recherche ETIS (Équipes Traitement de l’Information et Systèmes) pour développer Bio-Anim, un ensemble d’outils visant à accroître la productivité.

La structuration des pipelines de production et, conséquemment, la place primordiale des TDs ont fait l’objet de plusieurs tables rondes. Suite à des échanges menés lors de l’édition 2017, la CPNEF Audiovisuel a ainsi réalisé une étude sur ce métier qui a conduit à la création d’un CQP Expert Technique en alternance, s’appuyant sur une Action de formation en situation de travail (AFEST). L’objectif du CQP est de donner aux studios l’assurance que les futurs diplômés de ce certificat auront le même socle de compétences du métier de TD.

En parallèle, un collectif de TD a créé le site www.lepipeline.org  qui se veut un lieu de partage d’informations, de bonnes pratiques et de réflexions autour de ce métier. La mise en place d’un pipeline de production, selon le collectif, permet d’avoir un suivi et une traçabilité des projets, une automatisation de certaines tâches sans réelle valeur ajoutée artistique et une assurance qualité de toute la chaîne de fabrication.

L’intégration du logiciel open source Blender ou du moteur temps réel Unity dans les studios sur des productions de séries TV renforce l’idée d’une innovation au service de la création.

 

 

Satisfaction, craintes et réserves s’expriment aux RAF

Comme chaque année, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et le Syndicat des producteurs de films d’animation (SPFA) ont communiqué sur tous les grands indicateurs du secteur (production, audience, exportation, etc.) permettant d’ouvrir les débats des RAF qui ont succédé les 15 et 16 novembre.

En préambule, il a été souligné les effets positifs des crédits d’impôt (audiovisuel, cinéma et international) : en deux ans, les dépenses de production d’animation en France ont augmenté de 183 M€, avec une forte relocalisation de la fabrication des œuvres. Ainsi, en 2003, 47,1 % des œuvres étaient conçues pour tout ou partie à l’étranger ; cela ne concernait plus que 15,6 % du total en 2017.

Cette relocalisation a naturellement un impact sur l’emploi, avec un accroissement de la masse salariale, des effectifs et du nombre d’entreprises, comme l’a expliqué Audiens. En 2017, la masse salariale était de 171 M€, avec une croissance de 10 % du nombre de CDI et de 17 % du nombre de CDDU sur les 7 200 personnes déclarées.

Le CNC et le SPFA ont également confirmé la bonne tenue des exportations en 2017 avec des sommes « jamais atteintes en valeur ». L’arrivée de nouvelles plates-formes a accru la demande de programmes – frais et de catalogue – tout comme la demande d’œuvres issue de nouveaux territoires.

A contrario, les professionnels du secteur de l’animation ont exprimé leurs réserves et leurs craintes suite à la décision de supprimer France 4 en linéaire au profit d’une nouvelle offre numérique sur Internet : « Il s’agit d’une perte monumentale en matière d’exposition », a précise Stéphane Le Bars, délégué général du SPFA. « Cela ne sera pas sans répercussion sur le secteur. »

L’objectif prévu de réduction du nombre de branches professionnelles de 700 à 200 d’ici 2019, souhaitée par les pouvoirs publics, a été au centre d’une table ronde avec les représentants des organismes syndicaux. La nécessaire négociation entre des branches aux activités différentes visant à la mise à plat d’une convention collective unique risque de modifier celle actuellement en vigueur dans le secteur de l’animation.

L’AFDAS a présenté les grandes lignes de la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage et ses conséquences sur le périmètre d’action des opérateurs de compétences, l’application de la réforme de la formation et les modalités de transition d’un système à un autre.

À la suite d’un souhait exprimé par les professionnels aux RAF 2017, une étude sur l’identification des besoins en compétence et en formation des studios a été menée de février à juin 2018. Les conclusions font état de difficultés de recrutement majeures dans les trois prochaines années.

L’étude distingue les métiers en tension du fait du volume de personnes à recruter (animateurs 2D et 3D, lead, etc.) et des métiers en tension du fait du facteur stratégique dans le workflow (R&D, TD, rigger, storyboarder et VFX…).

Plusieurs initiatives visant à répondre à ces tensions ont été évoquées : création de certification axée développement/programmation, enquête annuelle sur les besoins en main-d’œuvre des studios, programme de Préparation opérationnelle à l’emploi (POE) porté par l’AFDAS, tout comme la création d’une offre de formation courte au management.

Enfin, le CNC a choisi les RAF pour expliquer précisément les modalités du nouveau Plan animation long métrage doté d’une enveloppe de 2,5 M€ qui sera opérationnel à compter du 1er janvier 2019. Ce plan, qui mobilise plusieurs directions du CNC (Audiovisuel, Cinéma, International, Innovation Vidéo et Industries Techniques), mettra l’accent sur les spécificités du long métrage d’animation avec des soutiens en amont et en aval de la production ainsi que lors de la phase de fabrication.

 

Organisées par le Pôle Image Magelis, RADI et RAD sont soutenues par le CNC, le SPFA, la CPNEF Audiovisuel, l’AFDAS, Audiens et la Ficam.


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