You are currently viewing Calibration des écrans et vidéoprojecteurs : test d’un écran à calibration hardware et d’une sonde (Partie 1.3)

Calibration des écrans et vidéoprojecteurs : test d’un écran à calibration hardware et d’une sonde (Partie 1.3)

 

Il nous a été confié par Hervé Petit. Lequel consultant et spécialiste de la couleur intervient auprès de grandes entreprises et collabore notamment avec BenQ et Calibrite. Nous avons également procédé à une calibration plus traditionnelle de cet écran « informatique » via la création d’un profil ICC à l’aide du logiciel livré avec la sonde, ainsi que du logiciel open source DisplayCal.

 

Présentation du BenQ SW271C

Le BenQ SW271C est un écran 27 pouces UHD (3 840*2 160 pixels) 10 bits à calibration hardware. Remplaçant du modèle SW271, il est originellement conçu pour les photographes, mais des fonctionnalités et caractéristiques le rendent intéressant pour la vidéo. Son tarif le positionne dans une gamme intermédiaire pertinente pour de nombreuses situations. L’écran compatible HDR 10 (PQ) et HDR HLG est équipé d’une dalle mate en technologie IPS à Led blanches. Il couvre 99 % de l’espace AdobeRGB, 90 % de l’espace DCI P3 et 100 % de l’espace sRGB, donc 100 % de l’espace Rec.709 de la vidéo haute définition.

La technologie IPS permet d’afficher des dégradés très subtils notamment en basse lumière, mais elle reste limitée dans la possibilité d’obtenir des noirs très profonds (ici autour de 0,15 cd/m2) comparativement aux meilleures technologies dans ce domaine (Oled ou doubles dalles LCD). La luminosité maximale étant également inférieure à 300 cd/m2, la compatibilité HDR, même si elle peut être intéressante en agrément et pour quelques vérifications de programmes, sera difficilement exploitable pour traiter de la postproduction HDR. Ce n’est pas une surprise au vu des tarifs des écrans HDR dédiés à l’étalonnage audiovisuel.

L’écran est très bien équipé. Il est fourni avec une casquette anti-reflet et les câbles HDMI, USB 3.0 et USB-C. Une télécommande filaire en option devient rapidement indispensable. Elle facilite la manipulation des menus de l’écran pour choisir les sources par exemple, mais surtout elle permet de sélectionner trois calibrations personnalisées directement accessibles via trois boutons.

 

Gros plan de la calibration de l’écran BenQ SW271C. © Loïc Gagnant

Du côté de la calibration

C’est essentiellement ses capacités liées à la calibration que nous avons testées. L’écran est certifié Calman, affirmant la possibilité pour ce logiciel haut de gamme d’échanger avec l’écran. Il prend également en charge le logiciel ColourSpace de Light Illusion. L’emplacement pour Lut 3D interne utilisé pour enregistrer le résultat de la calibration est passé de 14 à 16 bits, et surtout l’écran est livré avec le logiciel Palette Master Element. Hervé Petit nous a précisé que ce n’est que depuis deux à trois ans que ce logiciel est devenu véritablement opérationnel. À l’ouverture du carton de l’écran SW271C, on découvre une enveloppe où est rangé le rapport d’analyse des mesures colorimétriques effectuées en usine. C’est un gage de qualité. On retrouve les informations de respect de la norme sur la température de couleur, l’espace colorimétrique, le delta E, mais également l’uniformité de la dalle.

 

Choix d’un nombre de patchs pour la calibration d’un écran avec la sonde Calibrite ColorChecker Display Plus. © DR

Palette Master Element

Pour calibrer l’écran, il suffit de suivre les indications à l’écran en choisissant la norme correspondant aux travaux effectués. En audiovisuel, cet écran intéressera essentiellement des utilisateurs qui le paramètreront en Rec.709 gamma 2.4 ou éventuellement en sRGB pour les réalisations destinées à une diffusion sur Internet. Dans le cas plus habituel où la sonde Calibrite est utilisée avec le logiciel dédié de la marque, le profil ICC issu de la calibration est géré par le système et la carte graphique, il suffit donc de relier l’écran avec un câble « vidéo », par exemple un câble HDMI.

En calibration hardware, une seconde liaison est nécessaire entre l’ordinateur et l’écran pour acheminer le profil issu de la calibration vers l’écran. Vous pouvez utiliser le câble USB 3.0 qui permettra de profiter de la fonctionnalité « HUB » de l’écran et de connecter la sonde. Si votre ordinateur dispose d’une sortie écran USB-C, cette dernière cumule l’envoi du signal d’affichage et des données.

La calibration a donné d’excellents résultats. Les résultats en delta E 2 000 sont très bons. Ils sont tous inférieurs à la limite de perception des différences de couleurs pour l’œil humain (2.0) et même quasiment tous inférieurs à 1.0. Visuellement, le résultat est effectivement très neutre. Avec Palette Master Element, il est possible de mesurer l’uniformité de l’écran.

 

Logiciel CC Profiler pour calibration d’un écran avec la sonde Calibrite ColorChecker Display Plus. © DR

 

Sonde Calibrite ColorChecker Display Plus

Il y a deux ans, X-Rite a décidé de confier la distribution de ses produits pour la photo et la vidéo à une société créée spécialement pour l’occasion, Calibrite. Cette société contrôlée par ses deux plus importants distributeurs, Lumesca pour l’Europe et The Mac Group pour l’Amérique reprend dans la continuité la commercialisation des sondes et chartes sous le nom Calibrite ColorChecker. Calibrite est une nouvelle société qui a été créée pour distribuer, commercialiser, développer et assurer le support technique de tous les produits X-Rite pour la photo et la vidéo. X-Rite fabrique toujours les sondes pour le compte de Calibrite qui dispose d’un contrat de co-développement sur la partie hardware et développe un nouveau logiciel. Calibrite assure le support technique des clients existants et les mises à jour oficielles.

Les célèbres X-Rite i1 Display Pro et Display Plus sont renommées Calibrite ColorChecker Display Pro et Plus. Nous avons utilisé ce dernier modèle pour nos tests. Il a pour particularité de pouvoir mesurer des écrans très lumineux (jusqu’à 2 000 nits). Le logiciel CC Profiler permet de créer des profils ICC. Les écrans sont souvent automatiquement reconnus. Dans le cas contraire, il est possible de renseigner le type de rétro-éclairage. Il faut ensuite choisir le nombre de patchs de mesures et la norme à respecter, ainsi que la luminosité.

L’utilisateur peut ensuite comparer le résultat de l’écran avant/après la calibration. Après la calibration, il est conseillé de faire une mesure de vérification. Comme avec le logiciel Palette Master Element, ces mesures confirment également la qualité des écrans avec notamment l’information des données de delta E selon les différents patchs testés.

 

Avantages de la calibration hardware

La calibration hardware présente un avantage certain : les matrices correspondant aux différentes normes utilisées étant enregistrées dans l’écran, ce dernier reste calibré même lorsqu’il est utilisé sur d’autres stations informatiques. Un autre avantage de la calibration hardware est la possibilité de stocker jusqu’à trois profils dans l’électronique de l’écran et de passer de l’un à l’autre en un clic. Chose qui n’est pas faisable en calibrage logiciel.

 

Report de validation post-calibration d’un écran BenQ SW271C à calibration hardware via le logiciel Palette Master Element avec les valeurs mesurées des patchs et les écarts de couleurs DeltaE. © DR

 

Logiciel Open Source DisplayCal

Il est possible d’utiliser les sondes Calibrite avec un autre logiciel que celui fourni. Issu des travaux de passionnés de home-cinéma, ce logiciel est basé sur ArgyllCMS, un système de gestion colorimétrique avancé également open source. Intermédiaire entre l’outil CC Profiler et les logiciels haut de gamme des marques Light Illusion et Calman, DisplayCal propose de nombreuses options et notamment des tests de vérifications très complets. Ce logiciel permet également la création de Lut 3D, avec des pré-configurations dédiées au logiciel DaVinci Resolve dans lequel il est possible de renseigner ces matrices d’adaptation, que ce soit pour les visualiseurs ou les écrans de référence.

 

Dans la deuxième partie de notre dossier, la calibration des salles de cinéma numérique sera à l’honneur avec Jean-Michel Martin et Éric Chérioux de la CST ainsi que Jean Baptiste Hennion de la société 2AVI. Basée en France, l’entreprise Qalif Solutions est leader de la conception d’outils automatisés de mesure, de calibration et de supervision pour la projection de cinéma numérique. Nous découvrirons leurs technologies.

 

Extrait du dossier « La calibration » paru pour la première fois dans Mediakwest #46, p. 70-84 

[envira-gallery slug= »mk46_calibration-1-3-benq »]