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Pour convertir une régie vidéo au réseau IP, il ne suffit pas de remplacer les coaxiaux SDI par du câble RJ-45 ou de la fibre optique. Les modifications sont beaucoup plus conséquentes et bouleversent toute l’architecture technique. © Adobe Stock xiaoliangge

La vidéo sur IP en production « live », un univers composite

 

Cette terminologie recouvre une infinité d’usages et de situations, allant de la vidéosurveillance à la production live en passant par le streaming, la visioconférence, la messagerie instantanée, la webTV, l’OTT… et cette énumération est loin d’être exhaustive.

En réduisant le champ de vision, pour se focaliser sur la production vidéo en direct, nous constatons chaque jour à travers nos contacts avec des fournisseurs, des utilisateurs ou des prestataires que le vocabulaire est loin d’être clair. D’autant que la dénomination des produits, des standards techniques et des architectures est encore loin d’être stabilisée.

 

Trois technologies distinctes

Cette évolution technique, plutôt cette révolution, s’appuie sur le marché existant et sur son découpage en plusieurs gammes ou secteurs bien ancrés dans l’esprit des utilisateurs. Cette segmentation conduit très souvent à une division des catalogues en trois gammes : les équipements très performants pour lesquels aucun compromis sur la qualité n’est toléré, une gamme intermédiaire avec des caractéristiques d’un bon niveau de manière à proposer des produits performants à des coûts conformes avec l’économie de la production et enfin l’entrée de gamme pour lesquels des compromis techniques plus sévères amènent à serrer les prix pour correspondre aux besoins de la production légère ou du marché « corporate ».

Pour éviter d’entrer dans des débats interminables, nous laissons le lecteur effectuer sa propre classification selon les moyens qu’il utilise quotidiennement ou ceux dont il rêve en secret.

Lorsque nous examinons les offres techniques de vidéo sur IP conçues pour un environnement de production, nous constatons qu’elles se répartissent en trois catégories, à la fois en termes de performances et de coûts, mais aussi d’usages.

Pour remplacer le câblage SDI d’une régie vidéo traditionnelle par une architecture vidéo sur IP, il y a actuellement trois propositions technologiques qui ne sont pas réellement en concurrence et qui correspondent chacune à l’un de ces trois niveaux de segmentation du marché.

Il s’agit, par ordre décroissant de performances et donc de coût, des équipements basés sur le standard SMPTE ST 2110 associé aux spécifications NMOS, puis des infrastructures exploitant le codage NDI de NewTek, et enfin d’outils (ou plutôt de logiciels) exploitant les technologies de streaming en complément des entrées/sorties SDI et ou HDMI.

 

Le standard ST 2110 associé au NMOS

Dès 2007, la SMPTE a publié le standard ST 2022 qui explique comment transporter un signal vidéo non compressé sur un réseau IP. Conçu dans une perspective de liaison de contribution et de distribution, le regroupement des essences (vidéo, audio, données auxiliaires) s’est révélé inadapté aux situations de production. Elle a donc remis son ouvrage sur le métier pour proposer en 2017 le standard ST 2110 mieux adapté aux usages de production.

Basé sur un premier travail mené par le VSF (Video Services Forum) qui réunit des utilisateurs et des prestataires, il a pour objectif de définir les spécifications du transport, de la synchronisation et la description des données vidéo et audio en flux séparés dans un environnement de production temps réel.

Mais le ST 2110 ne suffit pas à décrire la totalité des fonctionnalités indispensables à la mise en œuvre d’un équipement de production dans une architecture IP. Le ST 2110 est donc complété par les spécifications NMOS développées dans le cadre de l’AMWA (Advanced Media Workflow Association).

D’autres organismes ont été associés à ces travaux et sans vouloir leur faire offense on ne peut pas dire que la communication ou le marketing soit au cœur de leurs préoccupations. La conséquence concrète est qu’il n’y a aucun sigle ou dénomination générique explicite pour désigner l’ensemble de ces technologies et standards. Par simplification, nous employons le terme « ST 2110 », mais ce vocabulaire est trop restrictif. La désignation complète du standard est d’ailleurs « Professional Media over Managed IP Networks », ce qui est loin d’être évident à glisser dans la conversation.

 

Le NDI, une dénomination claire pour un écosystème en croissance

NewTek est beaucoup plus clair avec la technologie de vidéo sur IP qu’il a développée. Elle s’appelle tout simplement NDI. Elle recouvre de nombreux aspects techniques et ne se limite pas uniquement aux mélangeurs TriCaster de la marque. Dès le départ, le constructeur a mis à disposition de l’industrie les spécifications du NDI. Une multitude de produits et de logiciels sont basés sur ce codage et ce protocole, et c’est un véritable écosystème qui s’est développé en quelques années autour de nouveaux modes de transport de la vidéo sur réseau dans un environnement de production. Nous en détaillons les caractéristiques plus loin dans ce dossier et relatons l’avis d’utilisateurs.

 

Les techniques de streaming sont également de la partie

Les technologies de streaming ont d’abord été développées pour la diffusion de contenus audio et vidéo via Internet, à la fois en VOD, mais aussi en live. Sur un plateau, elles n’apportent pas d’avantage décisif, d’autant qu’elles sont basées sur une forte compression qui induit une latence non négligeable. Par contre pour relier une source éloignée ou utiliser un smartphone comme caméra supplémentaire, elles apportent une solution économique et simple à mettre en œuvre du fait de leur compatibilité avec Internet. Elles trouvent également leur place dans de nombreuses architectures de remote production, à condition de choisir un codec et un protocole de transport maîtrisant la latence. Les premières solutions basées sur le RTSP ou le RTMP laissent la place à des outils mieux adaptés comme le SRT ou le WebRTC ou d’autres solutions propriétaires.

 

Sans oublier les logiciels de mixage vidéo

Les technologies de streaming sont privilégiées aussi par toutes les solutions logicielles de mixage vidéo qui se sont développées ces dernières années. Même si les logiciels mélangeurs vidéo ne sont pas directement liés au transport de la vidéo sur IP, puisque la plupart reçoivent les signaux vidéo par des cartes SDI ou HDMI ou via des boîtiers de capture, les ordinateurs sur lesquels ils tournent sont tous munis d’une ou plusieurs interfaces réseau qui offrent une entrée privilégiée pour des flux de vidéo sur IP, qu’ils soient ST 2110, NDI ou codés en streaming.

Ces logiciels dont les plus connus sont OBS (open broadcaster software), vMix, Studio 6 de Livestream ou encore Wirecast de Telestream proposent une ergonomie assez différente des pupitres traditionnels des mélangeurs. Mais ils sont plébiscités par le monde du gaming et de nombreuses webTV.

Plusieurs logiciels de mixage vidéo sont également proposés sur tablettes. Il ne faut pas oublier non plus les services de mixage vidéo dans le cloud comme Virtual Production de Sony, ceux de Dazzl et Vodalys ou encore Easylive, qui eux sont intégralement basés sur le traitement de flux de streaming. Nous reviendrons sur ces solutions alternatives dans les prochains numéros de Mediakwest.

 

Merci à Pascal Souclier et à Emanuele Di Mauro, respectivement directeur et responsable de projet à l’institut de formation IIFA, pour l’aide apportée à la rédaction de ce dossier.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 100-101. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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