Si dès les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, grâce à des hublots aménagés sous l’eau du bassin olympique pour les besoins de son célèbre film Olympia (Les Dieux du stade en version française), commandé par Hitler, la cinéaste Leni Riefenstahl propose des images inédites de nageurs en position immergée, il faudra attendre l’apparition des premières caméras étanches, fixes ou mobiles, pour que les épreuves de natation deviennent plus spectaculaires. Comme lors des Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1984.
Pour autant, les prises de vue sous-marines elles-mêmes seront longtemps cantonnées aux plans larges, avant que des zooms, équipant les caméras tourelles ou les travellings, permettent au public de reconnaître un nageur ou d’apprécier sa pénétration dans l’eau.
En la matière, les Jeux de Barcelone, en 1992, voient apparaître le parascope ou caméra filmant à la fois sous l’eau et en surface, avec la même définition d’image, ainsi qu’un premier système rudimentaire de travelling sous-marin qui, mu grâce à un pédalier sur lequel s’active un machiniste, développe les cinquante mètres réglementaires du bassin olympique.
Vers la même époque, le britannique Optex met au point un chariot de type Panther auquel sont accrochées trois caméras offrant des angles de prise de vues au-dessus, au ras et en dessous de la surface de l’eau. Cette société est aussi à l’origine d’un système submersible aux allures de périscope, équipé d’une caméra miniature Toshiba MK36P reliée à un boîtier de commande déportée.
Les JO d’Atlanta, en 1996, constituent un autre tournant dans l’art de filmer la natation, grâce à des images de plus en plus dynamiques, fournies notamment par des caméras télécommandées, permettant de multiplier les variations. Ainsi, depuis son logement dans un tube vertical transparent, la « divecam », créée par le cinéaste américain Garrett Brown, par ailleurs l’inventeur du fameux steadycam, accompagne en plan-séquence les nageurs lors des épreuves de plongeon, tandis qu’une caméra mobile (« mobycam ») permet de les suivre sous l’eau sur toute la longueur du bassin. Surtout, Atlanta inaugure, pour la natation, un système aérien de travelling sur câble qui, jusque-là, était réservé à l’athlétisme.
En France, lors d’une réunion baptisée la « revanche d’Atlanta », Canal+ teste un chariot motorisé, le « kiwi », courant sur une voie de soixante-deux centimètres d’écartement posée au bord du bassin à une vitesse maximale de cinq mètres/seconde et accueillant trois caméras, dont une babycam remote de la société Polyscope (Alain Pallot), fixée au bout d’un petit bras déporté vers l’avant, et une paluche Sony DXC-999 étanche, immergée à une profondeur de quelque trente centimètres.
Aux antipodes, où la natation fait partie des sports vedettes et où le savoir-faire des chaînes australiennes en la matière n’est plus à démontrer, les Jeux de Sydney, en l’an 2000, donnent lieu à une débauche technologique comprenant un système de travelling sous l’eau et pas moins de vingt autres caméras, dont une aérienne et quatre dans les virages du bassin olympique.
Plus près de nous, le britannique SIS, qui, en 2008, a racheté les actifs de BBC Outside Broadcasts, dont l’unité « caméras spéciales », cédée depuis à son compatriote Camera Corps (groupe Vitec), reprend à son compte le principe du chariot sous-marin avec son système Halibut, lequel montre les nageurs en contre-plongée.
Enfin, du côté de Tokyo, Olympic Broadcasting Services (OBS), l’opérateur hôte, a engagé de nouvelles avancées dans la couverture multilatérale des épreuves de natation, comme le « pinning », un procédé qui consiste à identifier un nageur avec son drapeau dont le graphique est venu se superposer à l’image en direct sur les courses longues, notamment les relais.
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 34-40. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.