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Réalisée par Jim Capobianco et Pierre-Luc Granjon, la coproduction « Leo » met en scène, et en stop mo, les dernières inventions de Léonard de Vinci (dont la cité utopique de Romorantin). © 2023 Curiosity Studio

« Léo (l’Inventeur) », le film stop mo de Léonard

 

Porté par Jim Capobianco (Vice-Versa, Ratatouille…), auteur du court-métrage Leonardo, le biopic animé Léo (l’Inventeur) (en compétition officielle à Annecy 2023) revient sur les ultimes inventions de Léonard de Vinci à la cour de François 1er, et s’attarde sur sa toute dernière recherche : trouver le siège de la vie. Une quête obstinée qui va le mener à pratiquer des expériences hasardeuses dont quelques dissections.

La production de Léo (l’Inventeur), rejointe entre-temps par le réalisateur Pierre-Luc Granjon (série Les Quatre Saisons de Léon), ne pouvait guère échapper, pour toutes ces raisons, à la patte tactile de la stop motion. Produit par Leo and King aux États-Unis (joint-venture entre Aletheia Films et Aerial Contrivance Workshop, la société de Jim Capobianco) et le studio Foliascope (Interdit aux chiens et aux Italiens), le film d’animation, qui a pu se fabriquer entièrement en France grâce au crédit d’impôt international, aura demandé à peine trois ans de fabrication y compris la distribution. De quoi battre un peu en brèche la réputation d’« écosystème fragile » de la stop mo.

Cette coproduction franco-irlandaise-américaine qui fera date, au budget de 10 millions d’euros, aura réuni en France (près de Valence) les meilleurs spécialistes mondiaux de la stop mo. Commencée en mars 2020, le film aura été livré en temps et en heure pour se trouver sur les grands écrans américains à l’automne dernier.

 

La stop mo ? Une affaire internationale

Les réalisateurs Pierre-Luc Granjon et Jim Capobianco devant un décor fabriqué dans le studio de Foliascope. © Jean-Marie Hosatte

 

Peu familier de la stop motion, Jim Capobianco, qui signe également la direction artistique du film, s’appuie sur Pierre-Luc Granjon et l’équipe de choc réunie par Foliascope. À savoir les meilleurs talents internationaux en matière de stop mo : Kim Keukeleire (Fantastic Mr Fox, L’île aux Chiens, Interdit aux chiens et aux Italiens, Ma vie de Courgette, Pinocchio) qui intervient en tant que directrice de l’animation, le directeur technique et superviseur d’effets spéciaux Fabrice Faivre, un autre familier des tournages en stop mo (Max and Co, L’île aux Chiens, Pinocchio, etc.), certains animateurs viennent de chez Walt Disney Pictures (L’Étrange Noël de Mr Jack…) ou Laika (Coraline de Henri Selick). Y compris Tomm Moore (Brendan et le Secret de Kells) qui apportera, au début de la production, sa touche personnelle sur les séquences d’animation 2D.

Outre ces compétences, Foliascope met à la disposition des équipes son nouveau studio, qui se monte au fur et à mesure à Saint-Peray (seize plateaux sur 1 200 m2), entièrement conçu et équipé dans une perspective écologique et durable. « Le fait de trouver, réunis en un seul endroit, tous les outils nécessaires pour la fabrication du film (du design et fabrication des marionnettes et des décors au tournage, montage, postproduction et VFX) représente un très gros avantage », remarque Pierre-Luc Granjon.

 

Nombre d’innovations, entre autres dans la fabrication des marionnettes, caractérisent le studio de Foliascope. © Jean-Marie Hosatte

Foliascope, qui prend finalement en charge la totalité de la production de Léo, se fait également accompagner par Dassault Systems qui met à la disposition sa plate-forme en ligne OpenCodex : une vaste base de données regroupant des simulations 3D élaborées à partir des manuscrits de Léonard de Vinci. Certaines machines utilisées dans le film (des codex libres de droits) ne s’y trouvant pas, un nouvel appel est lancé à la communauté internationale dans le cadre du 3D Design Challenge (sur Catia, Solidworks ou xDesign). « Grâce à ces simulations qui précisaient en 3D le fonctionnement des machines, les accessoiristes ont pu reconstituer et animer en stop mo des inventions comme le fameux bateau à aubes, etc. », raconte le producteur Ilan Urroz.

 

L’esprit Léonard jusqu’au bout

Construites par l’équipe dirigée par François Cadot, les marionnettes (80 personnages au total), aux têtes moulées en résine, le corps en mousse de latex, les bras en silicone, font également aussi l’objet d’une fabrication « fonctionnelle ». Leurs squelettes, dont certaines armatures sont conçues en 3D, sont ainsi prévus pour faciliter toutes sortes de manipulations.

Pour plus de réalisme, l’équipe recourt à l’impression textile pour les costumes (jusqu’à reproduire les motifs à fleurs de lys sur les habits royaux), l’impression métal pour les pieds qui peuvent être articulés… Et des stickers 2D repositionnables pour les bouches… excepté pour celle de Léonard qui, du fait de sa grande barbe en laine, reste aimantée. Petit plus : chaque marionnette ne sera fabriquée qu’à une seule échelle, les gros plans sur les visages et les mains s’effectuant lors du tournage. Quant à la construction des décors en stop mo (palais, ville, etc.), l’équipe conduite par Marion Charrier fait en sorte de ne travailler qu’avec des matériaux sourcés et d’utiliser le moins de colle possible. Et de ne jamais faire appel à des substituts en 3D.

Le pipeline à base de la suite Blackmagic DaVinci Resolve apporte beaucoup de souplesse au moment du tournage des scènes. © Jean-Marie Hosatte

 

Sous la houlette de la directrice photo belge Marijke Van Kets, le tournage des scènes en stop mo s’effectue sur des plateaux aux fonds noirs ou blancs pouvant se transformer à la volée en fonds d’incrustation verts ou bleus, ou en supports de projections. Cette souplesse dans la mise en scène est permise par le pipeline mis en place par Fabrice Faivre (qui signe aussi celui du film Pinocchio de Guillermo del Toro). Tournées en Raw, les images sont en effet récupérées au format OpenXR (Float 32 avec une colorimétrie adaptée) avant d’être traitées sur DaVinci Resolve (Blackmagic Design).

Une architecture assez semblable utilisée sur la production précédente de Foliascope Interdit aux chiens et aux Italiens sauf que, cette fois-ci, la postproduction s’effectue, pour une large partie, en interne. « Resolve aussi a été utilisé un peu différemment : le compositing est fait sur Fusion, le montage sur Resolve. », précise Fabrice Faivre. Seuls les VFX 3D les plus complexes comme des effets volumétriques (fumées, etc.) sont réalisés sur Nuke par la société annécienne InTheBox. Cette configuration spécifique, qui facilite le travail en nodal (le film a été monté en moins d’un mois), permet à Léo, qui comporte vingt minutes d’animation 2D (sur TVPaint), de se présenter comme un film stop mo très composité. Les réalisateurs veilleront toutefois, lors de la postproduction, à ne pas gommer la marque des doigts, et à faire en sorte que l’on remarque bien qu’il s’agit de vraies marionnettes.

 

Quelque 80 personnages aux têtes moulées en résine ont été construits par l’équipe dirigée par François Cadot. © Jean-Marie Hosatte

 

FICHE TECHNIQUE

  • Production : Leo and King (États-Unis), Curiosity Studio (Irlande), Foliascope (France)
  • Réalisateurs : Jim Capobianco et Pierre-Luc Granjon
  • Scénario et direction artistique : Jim Capobianco
  • Décors : Marion Charrier, François-Marc Baillet
  • Animation : Kim Keukeleire, Hefang Wei, François-Marc Baillet
  • Direction de la photographie : Marijke Van Kets
  • Direction technique et superviseur effets spéciaux : Fabrice Faivre
  • Montage : Nicolas Flory
  • VFX 3D : InTheBox (Annecy)
  • Casting voix : Stephen Fry (Léonard), Daisy Ridley (princesse Marguerite de Navarre) et Marion Cotillard (la Reine)
  • Musique : Alex Mandel
  • Sociétés de distribution : KMBO (France), Blue Fox Entertainment (États-Unis)

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #54, p. 104-108