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Les secrets d’un étalonnage réussi…

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L’approche classique de l’étalonnage est plus ou moins la même pour les trois experts : d’abord regarder attentivement l’intégralité de la scène, choisir un plan large ou d’ensemble avec tous les éléments de la composition présents pour commencer à travailler.

Il serait possible d’étalonner au fur et à mesure, mais commencer par le plan large peut éviter de tomber dans certains pièges, notamment celui de travailler sur un plan serré impossible à reproduire sur le plan large. Aussi le conseil que donnent ces trois professionnels est donc de bien de regarder la scène une première fois, comprendre ce qu’il se passe et ce qui était voulu, et de démarrer par le plan large.

Dans l’hypothèse où un plan serait de mauvaise qualité, ces étalonneurs expérimentés ne recommandent pas de dégrader toute la scène à cause d’un raté. Il n’existe pas de règle absolue mais faut juste éviter de commencer l’étalonnage avec ce plan et se débrouiller, discuter avec le reste de l’équipe (chef-opérateur, réalisateur), changer de prise lorsque c’est possible…

 

Oui, il existe des méthodes pour étalonner son plan !

Pour le traitement pur d’un plan, il existe deux approches d’étalonnage : la méthode linéaire (qui consiste à travailler sur les noirs, les gammas et les blancs séparément), et la méthode logarithmique (travail sur la densité, le contraste et la saturation, un peu comme en photochimie à l’époque de l’argentique).

Natacha Louis a choisi de travailler en logarithmique, pour gagner du temps, et affine ses images en linéaire dans un second temps. « Je travaille par rapport aux visages, pour une bonne exposition, pour qu’ils aient la bonne couleur, et je travaille sur la densité, le contraste, la balance des blancs ensuite. Je fais comme un tirage photo jusqu’à avoir une peau qui me plaît, je regarde ensuite les décors, et jaffine en fonction de tous les paramètres pour trouver un ensemble harmonieux qui me plait » ajoute-t-elle.

Photo : Adobe Stock

Un des étalonneurs invité précise que le développement de l’image se généralise pour vérifier qu’il n’y a pas de perte d’information dans l’image. « Il y a différentes techniques selon les logiciels, mais le problème en étalonnage est qu’il n’y a pas de recette magique : chaque plan est unique. Il faut regarder l’image, et aller vers ce que veut le réalisateur, le chef-opérateur. » explique-t-il.

 

 

Les meilleurs paramètres à maîtriser

Mais comment travailler le contraste ? Il est possible de le traiter avec les outils des méthodes logarithmiques et linéaires… Les recettes sont propres à chaque professionnel mais il est avant tout recommandé d’utiliser des outils simples : courbes, contrastes de densité ; et aller vers le détail seulement après car 90% de l’image est composé de primaires et de  contrastes de couleurs.

Lorsque les moyens le permettent, le travail d’étalonneur commence en amont, avec des essais caméra, accompagnés du réalisateur ou du chef-opérateur. Natacha Louis souligne l’intérêt de cette étape : « cela donne une intention pour le montage, les producteurs et les réalisateurs voient une image qui veut déjà dire quelque chose, avec l’approche esthétique du chef-opérateur. »

Pour placer le noir et le blanc, il n’y a pas d’autre secret que de regarder l’écran ! Certes, plusieurs méthodes de travail sont possibles. Tout dépend de l’image, mais il faut regarder et traiter ce qui dérange le plus en premier lieu. Quant à la totale neutralisation des plans ce n’est pas une bonne idée, car il faudrait 8 semaines de travail pour vraiment tout neutraliser, aucune production ne peut accorder ce temps à l’étalonneur !

De plus, l’intérêt de tout neutraliser est limité, il est plus efficace  de se diriger directement sur l’intention que cherche le réalisateur et son chef opérateur. Quant à l’apprentissage de la neutralisation, il est plus formateur pour les étalonneurs débutants de commencer par s’entraîner à donner le ton le plus naturel aux peaux par exemple.

 

 

Travailler une séquence dans son intégralité

Les trois experts s’accordent à dire que l’étalonnage s’opère naturellement si le plan large initial a été bien traité. Mais il ne faut pas oublier de penser l’intégralité de la séquence. « Je regarde les images les unes après les autres, et quand je suis satisfaite, je lance la séquence en lecture pour vérifier la continuité » explique Natacha Louis. « Sur Resolve, avec le crap style, on a les images côte à côté, mais à un moment, il faut regarder la scène pour vérifier que ce soit bien raccord » poursuit-elle.

« Moi je travaille sur les visages en premier, et les décors ensuite. Si je n’arrive pas à avoir de raccord sur les deux, je fais en sorte d’avoir un secondaire fixe. Je pense qu’il est plus simple de raccorder les visages, et de sortir d’autres outils ensuite si cela ne suit pas » complète un autre étalonneur.

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L’une des grandes difficultés auxquelles sont confrontés les étalonneurs n’est autre que la capacité de l’oeil à s’habituer. « Votre oeil s’adapte à tout, donc plus on s’arrête longtemps sur un plan, plus on s’y adapte. » expliquent les trois étalonneurs. Rémi Berge conseille : « il faut faire des pauses régulières, car c’est très fatigant au début, et il faut penser à se reposer l’oeil, revenir avec un oeil neuf. »

 

Gérer son temps

En général, l’étalonneur sait au préalable le temps d’étalonnage qui lui est alloué. Suivant le projet, il est possible de moduler, mais souvent, il faut faire avec. Jean-Michel Petit explique par exemple qu’il a déjà travaillé sur un format 52 minutes en une seule journée. « Mais je le fais seul, être accompagné est une bonne idée quand on a le temps. Pour une journée, je ne regarde pas le film, et je ne le vois pas à la fin pour le revoir, parce que le temps est restreint »

La plupart du temps, les étalonneurs essaient de voir le film une fois avant l’étalonnage et prévoient environ 10 jours de travail pour un long métrage, deux ou trois pour une fiction de 52 minutes, une journée pour un épisode de 20 minutes. Cas particulier, le documentaire prend entre 2 et 3 jours la plupart du temps. « On divise le temps donné au départ, et on se garde un temps de relecture, notamment pour prendre en compte les remarques des personnes qui travaillent avec nous » expliquent-ils.

Enfin, pour que le rendu corresponde aux attentes, les professionnels s’adaptent bien entendu aux conditions de diffusion. S’il s’agit d’un film, il faut travailler avec un projecteur, contrairement à une production qui serait publiée sur le web par exemple…

 

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