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Canal+ récupère l’intégralité de la diffusion de la Ligue 1, mais attention, officiellement l’accord trouvé avec la LFP s’arrête à la fin de la saison, c’est-à-dire en août prochain. © DR

La Ligue 1 de retour sur Canal+

 

Le foot rebat ses cartes. Lancée le 17 août dernier, la chaîne Téléfoot détenue par Mediapro (lire ici notre article paru dans le numéro de janvier de Mediakwest) avait acquis les droits de diffusions de 80 % des matchs de Ligue 1 et de Ligue 2, pour un montant record annuel de 800 millions d’euros jusqu’en 2024. Commercialisée 25 euros par mois, le succès escompté par le groupe sino-espagnol n’a semble-t-il pas été au rendez-vous. À la surprise générale, après seulement quatre mois et demi d’existence, Téléfoot jette l’éponge et provoque une panique générale dans le milieu du foot national, un secteur déjà fortement touché par l’absence de billetterie pour cause de crise sanitaire.

S’en suit un incroyable imbroglio. Canal+ souhaite alors rendre le lot numéro 3 des deux matchs par journée qu’elle sous-licencie à beIN Sports (pour un montant de 332 millions d’euros par saison) et réclame un nouvel appel d’offres global.

Les tensions entre la Ligue de football professionnel, qui commercialise elle-même ses droits, et la chaîne historique du football tricolore, sont alors au plus haut.

La Ligue remet simplement en jeu les droits détenus auparavant par Mediapro. L’appel d’offre est infructueux car les propositions d’Amazone, DAZN et Discovery sont inférieures au plancher réclamé.

Mais dans le milieu du foot, il semble que les anicroches puissent se transformer très rapidement en réconciliation. En février, un accord est finalement trouvé entre la LFP et Canal+.

 

Vincent Bolloré, président du groupe Vivendi, donne le feu vert à Maxime Saada, président du directoire de la chaîne cryptée, et autorise un paiement de 200 millions d’euros (les trois dernières échéances du lot 3 auxquelles s’ajoute la somme de 35 millions d’euros pour les matchs de Mediapro). Canal+ peut donc diffuser en exclusivité jusqu’à la fin de la saison 2020/2021 la Ligue 1.

Pour marquer le coup, le groupe propose en plus des diffusions sur ses antennes premiums, Canal+ et Canal+ Sport, une chaîne dédiée sur MyCanal avec des programmes enrichis. Par ailleurs beIN Sports (qui disposait déjà de deux rencontres par journée de Ligue 2) retransmettra dorénavant l’intégralité de l’antichambre de la Ligue 1 pour la même période.

Outre les tours de passe-passe entre la Ligue et les diffuseurs, le retournement de situation a également des implications sur les deux plus importants prestataires audiovisuels français. AMP Visual TV et Euromedia avaient (à des degrés différents) pâties de l’arrivée de Téléfoot. La défunte chaîne faisait naturellement appel, pour l’intégralité de ses productions, aux moyens techniques de Mediapro.

 

AMP Visual TV de retour aux manettes

Après la disparition de Téléfoot et donc le retrait des équipes de production de Mediapro, Canal+ pour la Ligue 1 et beIN Sports pour la Ligue 2, ont fait le choix de reprendre (ou poursuivre) leurs collaborations avec les prestataires historiques. Pour l’ensemble des rencontres de L1 qu’elle diffuse par journée, la chaîne cryptée a confié cinq matchs à chacun des deux leaders du marché français. La chaîne qatarie a pour sa part, après consultation, retenue AMP Visual TV pour l’ensemble des affiches de L2.

« Je suis tout d’abord heureux pour l’ensemble de l’industrie audiovisuelle française que les diffuseurs du football hexagonal aient fait ce choix. Dans les pays, comme le nôtre, à l’instar de l’Italie, l’Espagne, le Royaume Uni ou encore l’Allemagne ce sport est une économie essentielle. »

« Pour les prestataires, cela représente facilement entre 10 et 15 % du chiffre d’affaire. Sa perte a donc été énorme y compris pour notre groupe qui est pourtant très diversifié (ndlr : spectacle vivant, plateaux de télévisions, remote production, media center…). Les investissements, bénéficiant pourtant à l’ensemble du secteur audiovisuel, ne peuvent se faire sans le marché du football », explique sans langue de bois, Gilles Salé, fondateur et PDG d’AMP Visual TV.

Quinze cars régies premiums de la flotte officient donc à nouveau sur la Ligue 1 tandis que onze unités des gammes IXI Live, IXI Prod et Icar s’attèlent aux multiplexes de Ligue 2 avec des configurations plus légères à quatre caméras. Pour les rencontres phares de la L2, captées à dix caméras, les cars milleniums sont aussi de sortie.

« Nous avons dû être très réactifs afin de répondre aux demandes des chaînes quelques jours seulement avant les retransmissions. Notre expérience et notre maillage en région avec nos équipements adaptés ont, semble-t-il, convaincus les diffuseurs à faire appel à nous. Nous avons la chance d’avoir des actionnaires qui ont une vision à long terme de l’investissement. Cela nous est bénéfique dans des moments qui, comme aujourd’hui, cumulent la crise sanitaire et le problème de l’économie du foot. Grâce à ce choix stratégique, nous pouvons répondre rapidement présents et être réactifs dans un moment aussi sensible », poursuit le Vendéen.

 

Euromedia pour les matchs en UHD

Du côté d’Euromedia, l’arrivée de Mediapro n’avait pas eu tout à fait les mêmes conséquences. « Nous ne sommes jamais sortis du championnat national depuis les premières acquisitions de Canal+ en 1984. Pendant la parenthèse Téléfoot, la chaîne cryptée avait sous-licencié auprès de beIN, deux rencontres par week-end. C’est Euromedia qui avait remporté l’appel d’offres l’été dernier pour la rencontre du samedi à 21h et celle du dimanche 17h », précise Jean-Yves Meilland, directeur général d’Euromedia.

L’homme connaît bien le foot, il a même été à l’origine de la création d’OM TV. Lui aussi sait que sans le marché économique du ballon rond, et dans une moindre mesure de celui du rugby, pas question d’investir dans du matériel haut de gamme.

Avec le nouvel appel d’offres de Canal+, qui court jusqu’à la fin de saison, Euromedia récupère trois rencontres supplémentaires par journée de L1.

Si, avant la nouvelle donne, le prestataire produisait le match phare du week-end en 4K, c’est maintenant deux affiches qui sont captées dans ce format premium, dont celle du dimanche 21h qui bénéficie également du mode HDR.

« Nous sommes heureux et fiers d’avoir été retenus pour les retransmissions UHD. C’est une reconnaissance de notre savoir-faire en termes de productions premiums », ajoute Jean-Yves Meilland.

Pour les cinq rencontres qu’elle prend en charge, la société mobilise son car B40 (exploité par ailleurs sur le top 14 de rugby) mais aussi l’unité A21 largement mis en avant sur le foot. Si nécessaire, Euromedia peut compter sur les ressources d’Euro Media Group avec ses tout récents cars Nova 103 et 104.

Le DG d’Euromedia garde en tête le fait que l’appel d’offres ne s’étend que jusqu’au mois d’août prochain. Il reste vigilant et prudent pour la suite : « Il y aura une nouvelle consultation de la Ligue de football professionnel pour les quatre saisons suivantes. Personne ne sait ce qui peut se passer. Nous savons que la consommation en digital devient de plus en plus pertinente… cela pourrait peut-être changer la donne ? C’est bien la question des droits qui est au cœur de l’ensemble de l’écosystème du foot. S’il y a une stabilité pour le prochain diffuseur pour une période de quatre ans, alors le sport pourra à nouveau s’installer dans la sérénité sur son antenne pour le bien de tous, spectateurs et prestataires. Cela permettra à nouveau aux équipes de réalisation de se concentrer sur les évolutions à apporter en termes de mise en image de la discipline. »

 

Wait and see

Après les retentissants rebondissements et l’accord trouvé in extremis entre Canal+ et la LFP, nous pourrions être tentés d’imaginer la chaîne payante sortir à nouveau vainqueur de la prochaine concertation. Attention néanmoins, nous l’avons constaté trop récemment pour ne pas en tenir compte, en matière de foot rien n’est garanti, pas même le versement des sommes dues par un important groupe sino-espagnol. Rendez-vous donc au prochain épisode…

 

Les nouveaux montants des droits du foot

En cumulant les montants déjà versés par Téléfoot, le groupe Canal+ et ceux de Free (41,8 millions pour les meilleurs moments des matchs) la Ligue devrait percevoir environ 680 millions d’euros cette saison au titre des droits télé. Le contrat initial pour la période 2020-2024 devait rapporter, avant la défection de Mediapro, 1,232 milliard d’euros en cumulant les apport Mediapro, Canal+ (via la sous-licence auprès de beIN) et Free.

Difficile aujourd’hui d’estimer quel sera le montant après le prochain appel d’offres qui devrait se dérouler en fin de saison.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 104-106. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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