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« Mars Express » est le premier long-métrage d’animation de Jérémie Périn (série « Lastman ») et le premier aussi pour son producteur Everybody on Deck. © Everybody on Deck

« Mars Express », un pari déjà réussi

 

Avec ce polar futuriste « entre Chinatown de Roman Polanski et Blade Runner de Ridley Scott », Didier Creste signe son premier film d’animation.

 

Ce long-métrage d’animation en 3D et 2D, dont les seize premières minutes ont été projetées lors de Cartoon Movie, a pris quatre ans et demi de production. Comment s’est déroulée sa fabrication ? 

Didier Creste : L’écriture de Mars Express a demandé un an, de même que l’élaboration du story-board et la recherche de financement. Deux ans et demi ont été nécessaires pour le fabriquer. Le financement s’est montré rapide et nous avons coché à pratiquement tous les guichets (Canal+, France Télévisions, Sofica, Avance sur recettes du CNC…) sauf la Région Île-de-France. Il a été financé à hauteur de 8 millions d’euros. C’est un budget serré pour un film d’une telle ambition. Pour être à l’aise, il nous aurait fallu un ou deux millions de plus. Mais nous n’avons coupé aucune scène si ce n’est pour des raisons de montage ou de rythme…

 

Mars Express est votre premier long-métrage d’animation. Ce temps accordé à la fabrication vous a-t-il surpris ?

Nous avions déjà une expérience en animation pour avoir produit les séries Lastman, Raymond pour Gulli et Canal+, un projet en stop motion pour Arte. Mais il est vrai que la production de Mars Express nous a paru longue, surtout pour le réalisateur qui s’y est attelé pendant quatre ans et demi quasiment non-stop. Mais vu la complexité du film, cette durée de fabrication était en fait nécessaire. Malgré les apparences, c’est un film très technique.

 

Pour ce film qui mêle l’animation 2D pour les personnages humains et la 3D pour les robots (props, décors), vous avez fait le choix d’une chaîne de fabrication hybride basée sur Blender. Referiez-vous les mêmes choix techniques aujourd’hui ?

C’était à l’époque effectivement un choix risqué. Blender a tenu ses promesses mais a généré aussi quelques dégâts. Il est gourmand en data, exige des temps de calcul très longs. Or le film comporte de nombreuses poursuites tournées caméra à l’épaule. Mais si c’était à refaire, plutôt que de changer la technique, je prévoirais plus de temps pour le directeur artistique qui n’a eu que six mois. Il lui aurait fallu au moins un an tant l’exigence artistique au niveau des décors se montre élevée. L’arrivée du Covid et le fait d’avoir à gérer cinq studios n’a pas simplifié non plus la production de Mars Express. Je Suis Bien Content a géré ce pipeline qui était très lourd. La fabrication était partagée entre Gaoshan à La Réunion qui s’est chargé de toute la 3D, Tchak et Haut et Bien Habillé (Lille) ont réalisé plus de la moitié des décors, Amopix à Strasbourg est intervenu sur le compositing, Borderline (Angoulême) pour une partie de l’animation.

 

Vos autres projets en animation ?

Je ne suis pas un producteur d’animation mais de films en prises de vues réelles. Ce sont les auteurs et leurs propos qui m’intéressent, et non la technique. Nous discutons avec Jérémie Périn sur son prochain film qui sera ou pas produit en animation. Par contre, le film de Jérémie Hoarau (réalisateur de saison 2 de Lastman) sera traité en animation. Ce film ado-adulte, un huis clos au fond de la mer, porte sur nos peurs ressurgissant à cause d’un virus. Ce film de genre sera certainement moins facile à financer que Mars Express. Nous développons aussi un projet jeunesse en 2D avec France Télévisions (et 2 minutes), Margot et le Robot (52 fois 13 minutes), qui fait suite à un spécial de 26 minutes. Sans oublier la saison 3 de Lastman (2 fois 90 minutes) avec France Télévisions.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #52, pp. 68-74