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Méthodologie élémentaire pour la colorimétrie © Adobe Stock/XYZproject

Méthodologie élémentaire pour la colorimétrie (Partie 1)

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Les logiciels modernes de montage, Avid, Final Cut, Premiere ou Da Vinci, proposent tous des outils perfectionnés pour traiter les tonalités et couleurs d’une image vidéo. La colorimétrie permet de modifier l’apparence de l’image, en tonalités chromatiques, pour qu’elle s’accorde avec l’ensemble des autres images d’une séquence. Étalonner une séquence, plan par plan, implique donc que l’on ait analysé leurs caractéristiques avant de commencer, par rapport à une image de référence. Pour cette analyse, tous ces logiciels proposent les mêmes instruments à commencer par l’oscilloscope de luminance.

 

Normaliser la luminance, le premier réglage

Une image vidéo se décompose en deux couches, la luminance et la chrominance. En la dé-saturant, c’est-à-dire en éliminant la chrominance (= la couleur), il nous reste la couche de luminance en noir, gris et blanc comme une photo ancienne. C’est avec les trois tons, noir, gris et blanc que l’on gère la tonalité (contraste et luminosité) d’une image. Une image peu contrastée se reconnait au fait qu’il n’y a pas ou peu d’ombre, à l’inverse d’une image contrastée qui possède des ombres nettes, tranchées et quasi noires.

L’oscilloscope de luminance nous fait visualiser notre image sous la forme de densité de pixels noirs, gris et blancs, répartis dans l’image analysée. Pour comprendre le nuage de pixels (nommons-le « fantôme ») qui s’affiche, il faut mentalement superposer l’image et son « fantôme » et l’interpréter verticalement. Une image 4K se décompose en un tableau de 4096 par 2160 pixels. La première colonne de pixels correspond à la première colonne du fantôme et ainsi de suite jusqu’à la 4096e. Les pixels au centre vertical de l’image seront également représentés au centre vertical dans le fantôme, les pixels à gauche de l’image seront représentés à gauche dans le fantôme, etc.

Le signal affiché correspond donc à la répartition et la densité des pixels noirs-gris-blancs sur ces colonnes (illustration 1). Qu’elle que soit la position d’un pixel dans l’image, un pixel noir sera représenté par un point blanc situé dans la partie basse de l’oscilloscope entre 0 % et 40 % ; un pixel gris sera représenté par un point blanc situé entre 20 % et 70 % ; un pixel blanc sera représenté par un point blanc situé entre 70 % et 100 %. L’intensité lumineuse de ces points blancs signifie que la colonne de pixels en comprend un grand nombre dans ce segment de luminance.

 

Si, sur l’oscilloscope, le fantôme de l’image est tassé entre 20 % et 60 % (illustration 1), c’est que l’image vidéo a peu de contraste et qu’elle est sous-exposée, la majorité de ses pixels sont gris. À l’inverse, si les pixels représentés par le fantôme sont bien répartis de 5 % à 95 %, on sait que l’on a une image contrastée et éclairée (illustration 2).

Le premier réglage consiste donc à normaliser le signal de luminance, pour une image sous-exposée, en calant les pixels blancs légèrement sous les 100 % avec les réglages d’exposition dans les hautes lumières du colorimètre et les noirs légèrement au-dessus de 0 %, puis de manipuler les gris pour éclairer (vers le haut) ou assombrir (vers le bas), c’est-à-dire respectivement diminuer ou augmenter le contraste de l’image vidéo. On a ainsi une plus grande répartition des pixels de luminance pour une plus grande dynamique tonale.

Pour une image surexposée, une correction tonale efficace peut être plus difficile, voire quasi impossible, tout dépend de la tolérance du capteur de la caméra et du nombre de bits qui code la luminance. Les parties blanches de l’image, dites « cramées », représentées par une ligne dense de pixels collés à 100 %, sont généralement irrécupérables en 8 bits, mais peuvent le devenir en 10 bits et plus, surtout si on tourne en HDR avec un bon réglage Vlog sur la caméra permettant de bénéficier d’une plus grande dynamique générale de la luminance.

 

Corriger la chrominance, le second réglage

Une fois la tonalité réglée en corrigeant le contraste et la luminosité de l’image, on s’attaque à la couleur c’est-à-dire la chrominance, représentée par un autre oscilloscope, le Parade RVB, qui nous montre la luminance dans chacune des trois composantes rouge-verte-bleue de notre image, soit les pixels rouges-verts-bleus sombres, intermédiaires et haute lumière ; autrement dit la tonalité (contraste, luminosité) de chacune des trois couleurs de bases dont le mélange avec des densités différentes va composer toutes les autres couleurs visibles dans l’image.

Pour agir sur les couleurs, le réglage le plus direct est celui de la saturation générale, qui intensifie globalement les couleurs dans les trois tons noirs-gris-blancs. On peut également choisir de saturer les couleurs dans chaque ton de façon différente.

Généralement ces réglages simples et parcimonieux suffisent pour améliorer une image peu ou correctement éclairée au tournage. Sur une image originale « bouchée » (sous-exposée), une fois normalisée, l’accroissement de la saturation agira parfaitement pour raviver les couleurs ternes (illustration 3).

Dans le cadre d’une fiction, un parti pris chromatique peut être décidé à la conception, à charge du chef opérateur et de l’étalonneur d’obtenir la dominante recherchée : vers le bleu pour une image froide, vers le rouge pour une image chaude.

 

Les outils de correction

Un des plus anciens outils et le plus usité pour faire les réglages de base (luminosité, contraste, couleurs) est le réglage des « roues des couleurs primaires » que l’on trouve dans tous les logiciels de montage professionnels (illustration 4), une variante s’appelle les « roues de log ». Elles permettent d’agir sur la luminance et la chrominance au même endroit.

Chacune des quatre roues (générale, rouge, verte, bleue) est équipée de trois réglages : la luminance en dégradé de gris sur sa droite, la saturation à gauche en dégradé de bleu et le point central du cercle qui modifie la dominante de couleur selon qu’on le glisse vers une des couleurs du dégradé chromatique des composantes rouges-vertes-bleues.

On a la possibilité d’intervenir sur tous les tons en même temps (général) ou sur chacun des tons noirs-gris-blancs. Les manipulations se font à la souris dans les roues ou en modifiant une valeur numérique (illustration 4).

 

Réglages primaires et secondaires

Les premiers réglages que nous venons de voir, concernant luminosité, contraste et couleurs primaires, sont appelés réglages des primaires par les étalonneurs de profession. Ils consistent donc principalement à améliorer la dynamique de l’image. Et dans beaucoup de cas, ils sont suffisants pour améliorer la colorimétrie en reportage et documentaire. Pour la fiction c’est souvent plus compliqué.

Le réglage secondaire (ainsi que les suivants, le cas échéant) consistera à donner un look, une apparence à l’image, soit à l’aide d’une Lut (Look Up Table = Table d’apparences), soit en masquant certaines parties de l’image. On peut ainsi séparer des zones entières de pixels de différentes valeurs tonales et chromatiques, pour régler séparément un ciel et un sol, changer la couleur d’une chemise, d’un élément de décor ou d’un visage, en jouant sur les dominantes et les températures de couleurs de chaque masque, masques qui sont capables de suivre leurs cibles mouvantes dans la vidéo.

Ce sera l’objet d’un prochain épisode…

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #8, p.62/66. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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