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Film Publicitaire Vittel, Agence Ogilvy, Production Iconoclast, Réalisation Vincent Lobelle. © DR

Mikros, la créativité et les talents au service de l’animation

 

La société membre du Groupe Technicolor depuis 2015 est spécialisée dans la création d’effets visuels, l’animation et la postproduction. Les équipes de Mikros développent outils et talents pour apporter une expertise qui répond aux exigences actuelles du marché local et international. Julien Meesters, CEO de Mikros depuis 2020, connaît bien la société puisqu’il y a commencé comme opérateur flame en 1997.

 

Ma première question portera sur l’évolution de Mikros. Comment se joue l’équilibre entre ses deux métiers traditionnels, à savoir les VFX et l’animation ?

Julien Meesters : Il suffit de se pencher sur le volume de compétences et le profil de nos équipes. En vérité, depuis 1985, Mikros développe un champ de compétences sur quatre grands domaines. La postproduction depuis toujours ; l’animation depuis 2010 ; les VFX pour le long-métrage, les séries et la télévision. Dernier domaine, la publicité dans toutes ses composantes avec, historiquement, les VFX et la postproduction et, depuis quelque temps, la conception du design et des services permettant un accompagnement complet de nos clients.

Au fil des années, nous avons acquis sur ces quatre dynamiques et des parties plus transversales des savoir-faire et des compétences. L’animation a grandi très fort, elle fait partie de la stratégie même de Mikros et du groupe. Mais les autres savoir-faire et disciplines coexistent et sont toujours autant appréciées et reconnues par les clients.

Finalement, l’équilibre se fait assez bien, chacun des quatre secteurs développe son savoir-faire et son identité propre dans ses zones de prédilection, s’appuyant sur une histoire, une culture, des métiers. Si on regarde un P&L, il est certain que l’animation prend des proportions bien plus grandes, mais si on prend notre positionnement secteur par secteur, force est de constater que nous continuons à nous développer sur l’ensemble.

Dernièrement, la postproduction a connu dans le monde entier un reformatage de son modèle économique. Mikros, grosse société de postproduction, a dû gérer la gestion de ce reformatage. Néanmoins, comme le prouvent nos derniers projets tels que Lupin (post et effets) ou Into the Night, nous restons pertinents sur tous les corps de métiers.

Dans les années 90 voire avant, la postprod était une affaire à part entière. Aujourd’hui, elle représente chez nous un ensemble de savoirs techniques et artistiques de premier plan, au service des trois axes principaux de notre développement : la publicité, les effets spéciaux et l’animation. La postprod vient supporter transversalement ces trois dynamiques, créativement et techniquement.

 

La publicité demeure-t-elle chez vous un secteur important ?

Oui, clairement, Mikros fait partie du trio, voire du duo de tête en France. Avant, en gros, nous faisions de la postproduction et des effets spéciaux, mais tout évolue. Aujourd’hui, Mikros MPC continue ces deux activités, notre corps de métier, avec le plus d’excellence possible. Mais, en parallèle, nous accompagnons les marques sur des problématiques de repositionnement. Nous réalisons des projets que nous produisons nous-mêmes. Nous sommes particulièrement actifs sur ce qui relève de l’événement, de la muséographie. Nous comptons plusieurs projets d’ampleur, d’autres sont en cours de fabrication.

La publicité est très importante, mais elle a évolué ces cinq ou six dernières années. Nous n’abandonnons pas notre terrain de prédilection – effets spéciaux, accompagnement des productions, réalisateurs, agences et marques à destination de la télévision – mais nous avons ouvert de nouveaux champs à l’instar de la dernière campagne pour Cartier qui a été conçue pour les réseaux sociaux avec, donc, des formats différents de ceux de la télévision.

Et puis, il y a d’autres sujets sur lesquels nous sommes vraiment en direct avec les marques. Généralement, le tout reste très connecté à notre corps de métier, en lien avec notre savoir-faire. Autour du craft, nous ajoutons tout un tas de compétences et de savoir-faire qui ne faisaient pas partie de notre corpus il y a seulement cinq ans.

 

Le terme « publicité » me semble ici quelque peu réducteur puisque, si j’ai bien compris, vous ne faites pas juste de la postprod de pub…

Nous avons ajouté la conception et le design au niveau des marques qui relevaient auparavant du seul domaine des agences ou des productions. Nous avons besoin d’une agilité beaucoup plus grande en tant qu’acteur. Avec Thomson ou Yoplait, nous sortons de notre champ de postproducteur d’effets spéciaux, avec autour, un accompagnement, un storytelling.

Sans pour autant mettre de côté la base de notre corps de business, nous faisons du craft de très haut vol comme avec Vittel ou encore Perrier Heat qui a gagné le Génie Award des VFX aux derniers PIDS (Paris Images Digital Summit).

 

Comment vous démarquez-vous de la concurrence au sens large, tant française qu’internationale ? Question subsidiaire : quelle est votre place sur l’échiquier européen, votre positionnement ?

D’ores et déjà, il faut savoir que nous ne voulons pas abandonner notre champ d’action sur lequel nous excellons. Nous sommes des ouvriers d’art ou de haute couture, des artistes aussi. C’est ainsi que s’est montée notre histoire. Nous savons comment fabriquer avec excellence, comment accompagner un client avec excellence, ce qui nous rapproche des marques dont, quelque part, c’est le métier. Nous maîtrisons toute la chaîne de création en nous appuyant sur notre historique.

Depuis pas mal d’années, nous nous différencions aussi en sortant de notre champ vertical de postproducteur, celui qui arrive en toute fin de chaîne. Déjà dans les années 90, nous avions commencé à nous interfacer avec les agences, tout simplement parce que ces dernières et les productions commençaient à intégrer l’ensemble de leurs prestations. Nous faisons partie des rares sociétés à afficher une approche très horizontale du marché de la communication en général, pas seulement publicitaire.

Mikros est capable de s’interfacer avec des clients de natures très différentes. Nous avons toujours travaillé pour des productions classiques, avec des réalisateurs, en étant très attentifs à leurs besoins et au niveau de service afin qu’ils puissent exprimer leur création. Depuis quelques années, nous avons tissé avec des agences des liens très forts, de même avec des marques. Je pense que notre capacité à nous interfacer avec des clientèles différentes fait partie de nos spécificités. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de sociétés en France qui aient vraiment, d’un point de vue purement stratégique, déployé une telle volonté de servir tous ces schémas avec beaucoup d’excellence, d’être présents auprès des clients quand ils en ont besoin, même sur un autre terrain.

Toute cette horizontalité fait qu’au final tout le monde se parle, améliorant chacune des unités. Dialoguer directement avec une marque durant des jours et des jours permet de comprendre ses problèmes. Le lendemain, quand il s’agit de faire du service à travers une prod et une agence, l’état d’esprit est celui-là : « Je comprends bien la problématique et l’enjeu de la marque. Du coup, dans les propositions que j’essaie d’amener, je peux tirer avantage de l’expérience que j’ai eue. »

Ce qui toutefois ne fait nullement de nous une agence au sens historique du terme. Nous sommes un outil hybride s’appuyant sur le côté ouvrier d’art et société de services, nos fondations.

 

L’ouvrier d’art, pour reprendre votre métaphore, nécessite de beaux outils. La force de Mikros résidait dans sa cellule R&D conséquente. Est-ce toujours vrai ? Constitue-t-elle votre différence ?

Oui, sans doute plus que jamais d’autant que nous sommes membre du Groupe Technicolor depuis 2015 et où nous y mutualisons nos connaissances. Le groupe affiche également une vision très horizontale de ses outils. Tous les membres du groupe ont accès à ses codes, sa R&D. Un certain niveau de concurrence existe (surtout entre les marques), mais sur certains outils de fond, en particulier avec MPC Advertising dont nous faisons partie, il n’y a pas de concurrence.

Outre la R&D, le savoir-faire historique de Mikros s’explique par la façon dont naît chez nous l’innovation. Avec une telle organisation, chacun arrive à faire remonter ses innovations, son savoir-faire, sa techno, lesquels rencontrent un besoin de business, donnant du coup naissance à un projet. C’est ainsi que nombre de nouveautés ont éclos. Nous avons été parmi les premiers au monde à utiliser un moteur de rendu « unbiased path tracer », Arnold, au cinéma. Pourquoi ? Parce que chez nous, des artistes avaient pu être en contact avec ledit outil, lequel pourtant à l’époque n’était pas considéré comme « production ready ». Nous nous sommes tout de même lancés et avons mis dessus une équipe de R&D. Des dynamiques similaires ont été appliquées sur Golaem et Nuke à une époque où tout le monde était sur Shake. Je crois me souvenir que nous avons été le plus gros studio européen à utiliser Nuke.

Chez nous, ce n’est pas le marketing ou la prod qui va dire : « On innove, on va faire ça ». L’innovation est le fruit de la rencontre entre ce qui émerge de nos propres talents et les connexions possibles en matière de business. Une fois que le rapport est établi, la R&D s’y attelle. C’est ainsi qu’est née l’animation chez Mikros, du goût de nos artistes pour l’animation keyframe et de la connexion business. J’ai été partie prenante de cette phase qui a consisté à connecter cette possibilité, un besoin de marché, un encadrement R&D, business et talents.

 

Appartenir à un grand groupe constitue une force, mais peut-on aussi parler de faiblesses ? Quelles sont les synergies avec les autres entités ?

On peut jouer au jeu des « pour » et « contre ». Dans les premiers, je citerais déjà la surface. De plus, il est aisé d’imaginer la base de données de connaissances d’un groupe qui rassemble The Mill, MPC, Mr.X, Mikros, le savoir-faire de Technicolor Animation Production, sans oublier la fabrication de séries en Inde. Malgré une certaine forme de cloisonnement (surtout sur les marques très compétitives entre elles), il est fantastique d’avoir accès à une telle connaissance générale de tous les marchés, des business, des technologies, des logiciels, des méthodes de fabrication et de production, aux talents divers. Cette idée de service permet de mutualiser.

Autre avantage : la puissance de feu. Quand on a un petit coup de bourre sur un problème de render farm, on est plus serein. Dans le Mikros d’avant, c’était compliqué à gérer.

La contrepartie d’être dans un très grand groupe, ce serait le nombre qui peut engendrer une certaine inertie. Technicolor est coté en bourse, cela pose par moments des questions sur la façon de communiquer. La prise de décisions se fait dans un périmètre plus large, plus éloigné du terrain. Une société indépendante a toute l’agilité qu’elle veut, mais je sais que le groupe est bien conscient de ce besoin d’agilité et reste vigilant à ce propos.

 

La revente d’une partie des activités à Streamland a-t-elle été bien comprise par vos clients ?

Nous avons dû réaliser un petit travail supplémentaire de communication en France en ajoutant deux ou trois éléments clés à la communication initiale. De mon point de vue, elle n’était pas suffisamment claire pour lever toute ambiguïté sur le marché français. Nous avons rencontré des problèmes de langage tout bêtes. Aux États-Unis, la postproduction n’inclut pas forcément les VFX. Chez nous, quand on a écrit « Technicolor cède ses activités de postproduction », certains ont cru que nous arrêtions les effets spéciaux alors que nous continuons d’opérer avec excellence sur les quatre secteurs que j’ai précités. Nous avons donc dû entreprendre un travail de clarification auprès des clients et de nos équipes.

 

Quelle est actuellement la place de Mikros sur le marché européen, seule ou alliée aux autres entités du groupe ?

Pour répondre, il me faut découper les business. Si je prends la pub, nous sommes très majoritairement dans un écosystème français, situation liée au fait que nous appartenons à un groupe international. Quand de beaux films sont à réaliser à Los Angeles, c’est notre équipe de là-bas qui est mieux placée pour les prendre. Notre territoire est donc très français, mais il devient international par rapport à notre positionnement. Bien évidemment, les marques, les interlocuteurs à qui nous parlons sont mondiaux. Notre action devient ainsi un peu plus internationale. Mais côté pub, c’est vraiment en France que Mikros MPC s’exprime en se plaçant clairement dans le trio de tête.

Sur les VFX, il en va pratiquement de même. Nous bénéficions d’un long historique en France, avec des parts de marché assez élevées sur des films très diversifiés, du film d’auteur au film très grand public. Les VFX font partie de notre marque de fabrique et nous en sommes assez fiers. Là-dessus, nous nous plaçons toujours sur l’écosystème français, dans le trio de tête. Deux canaux ont ouvert la donne à l’internationalisation : le crédit d’impôt à 40 % qui fait que depuis quelque temps nous traitons nos premiers projets vraiment internationaux ; et puis notre entité en Belgique, à Liège, qui nous permet de capter de beaux projets.

Notre expérience dans les VFX, que ce soit pour la publicité ou les longs-métrages et les séries, nous permet d’avoir des relations de confiance très privilégiées avec certains réalisateurs à l’instar de Matthijs van Heijningen avec qui nous avons réalisé parmi nos plus beaux films de pub largement primés dont, pour Canal+, l’Ours, le Placard, celle des Licornes. Et là nous avons terminé The Forgotten Battle, un long-métrage néerlandais particulièrement riche en effets spéciaux.

Le crédit impôt nous donne une teinte internationale, l’accès à un réseau de production mondial, et donc nous permet de nous interfacer avec des projets internationaux. Et on sait que les plates-formes, surtout Netflix, ont une logique de production originale internationale avec des projets gérés, décidés depuis L.A., mais aussi des contenus locaux, nationaux selon les pays où le service est implanté. Et là, ce sont vraiment les équipes des divers pays qui sont à l’œuvre.

Enfin, côté animation, notre marché est d’emblée mondial. Je ne me suis pas amusé à faire le « track record », mais ce serait amusant de répertorier le nombre de sociétés qui ont fourni des services de studio pour des longs-métrages d’animation entre 2012 et 2020. Avec neuf films diffusés à notre actif, je ne serais pas étonné que nous figurions dans les deux premières, voire la toute première place avec notamment The SpongeBob Movie : Sponge on the Run (à Montréal) pour Paramount, Captain Underpants (Capitaine Superslip) pour DreamWorks (à Montréal et Paris) et Astérix : Le domaine des dieux (à Paris).

 

Poursuivons sur ce secteur de l’animation. Avez-vous des métiers en tension et quelles relations entretenez-vous avec les écoles ?

Elles sont bonnes et anciennes. Parmi les écoles en fer de lance, se trouve ArtFX, dirigée par Gilbert Kiner (un ancien « Mikrosien ») et Martine Charviez. Vous et moi appartenons à une même génération, celle qui a connu, du moins pour la partie numérique, la logique de start-up. Dans les années 90, l’image de synthèse entrait dans le monde des professionnels et de quelques initiés. C’était très local, les outils de communication ne rendaient pas facile la volonté de mondialiser et il n’y avait pas beaucoup de crédit d’impôt à cette époque-là ! Quelque vingt-cinq ans plus tard, de nouveaux outils permettent de se parler partout, tout le temps. De nombreux pays proposent des soutiens à leur industrie locale. Métiers et projets s’étalent mondialement, entraînant une compétition mondiale autour des talents. La problématique d’avoir une valeur ajoutée dans le métier qu’on apprend est plus que jamais primordiale, c’est elle qui différenciera tel ou tel talent par rapport à l’ensemble de l’offre mondiale. Moi, quand j’ai débuté ma carrière, il était possible de faire de la roto sans problème pendant trois ans. Aujourd’hui, clairement, ce n’est pas suffisant. Il est des métiers qui ont peu de valeur ajoutée et sont (seront) en tension. Les écoles l’ont bien compris, elles qui prolongent leurs cycles et leur temps de formation pour monter en compétences, donner à leurs étudiants une valeur ajoutée dès leur sortie d’école. Mikros opère principalement en France, au Canada, en Belgique, un peu en Angleterre et aussi en Inde, soit sur une surface très mondiale et la problématique de la valeur ajoutée locale est à chaque fois très importante. Le lien que nous tissons avec les écoles est d’autant plus important que c’est là aussi que nous faisons nos feedbacks et observons des progrès phénoménaux.

 

Question sur l’actualité, quelle est la vôtre à l’instant T ?

Là encore, il convient de distinguer les business. En animation, The Tiger’s Apprentice pour Paramount Animation (conçu à Paris) monte en puissance, le film est hyper important pour nous. Un autre projet est en fabrication à Paris, une super expérience qui nous amène à collaborer de manière un peu plus large que ce qu’on fait d’habitude avec un producteur indépendant. À Montréal est sorti The SpongeBob Movie : Sponge on the Run pour Paramount Animation, un gros morceau entrant totalement dans notre corps de savoir-faire. À savoir : prendre une propriété intellectuelle qui existe à plat, en 2D, et la transformer en volume, en film d’animation en synthèse, tout en gardant l’essence de la personnalité. On aime et on sait faire. C’était le cas pour Captain Underpants et les deux Astérix (Le Domaine des Dieux et Le Secret de la Potion Magique). Nous terminons actuellement Paw Patrol : The Movie pour Spinmaster à Montréal, qui devrait sortir au cours du deuxième semestre de 2021. De nouveaux projets sont à l’étape de la signature et là je ne peux rien dire ni sur le lieu, ni sur le nombre, ni sur le volume, mais je peux vous assurer qu’ils dessinent une trajectoire encourageante.

L’animation souffre assez peu du Covid, tout simplement parce qu’il n’y a pas de problématique de tournage. Mais je n’aime pas entendre dire : « L’anim, on s’en fout, il n’y a pas de contraintes avec le Covid ». Les contraintes sont bel et bien présentes, simplement elles n’empêchent pas les projets de voir le jour.

En pub, il en va différemment. Si l’activité demeure chouette, avec un tas de projets enthousiasmants, notamment avec de grandes marques de luxe telles que Cartier que j’ai mentionné précédemment, Tag Heuer x Porsche, Hermès, le Covid a tout de même impacté notre chiffre d’affaires et, pour l’instant, nous ne sommes pas totalement revenus dans nos clous, même si ça va mieux.

En VFX pareil, notre activité est bien diversifiée, du tissu local mais aussi venu d’ailleurs avec le réseau et le crédit impôt, en particulier un projet qui s’annonce très important en France et sur lequel je ne peux pas communiquer pour le moment. Le Lupin diffusé sur Netflix, pour lequel nous avons assuré les effets visuels et la postproduction, est un des plus gros hits de la plate-forme. Nous avons de chouettes projets en cours. Nos équipes et leur savoir-faire sont reconnus, d’où la concrétisation des projets, même si une baisse de volumétrie se fait sentir sur l’année pour tout ce qui est lié au live.

 

Restons sur le Covid. Outre son impact financier, a-t-il changé vos méthodes de travail ? Avez-vous fait de la remote ?

En une semaine, nous avons mis six cents personnes en remote dans le monde entier au niveau du groupe Technicolor, en tenant compte des contraintes locales, des législations, des outils, des box Internet (avec débit correct ou pas…). Nous avons dû apprendre à mettre en place des outils transverses permettant d’accompagner nos équipes en remote, une première à cette grande échelle, d’un point de vue psychologique, communication, santé, production, interaction entre les gens. Nous nous sommes tous jetés dans le bain. Cela a fonctionné parce qu’un élan collectif s’est créé entre clients et managers, fonctions de support, artistes et collègues. Tout le monde a eu envie de faire fonctionner la machine. Sans cette volonté collective, on aurait eu du mal à réussir. Toutefois, chez Mikros, nous ne partions pas de rien puisque nous avions déjà eu des expériences de remote pour notamment Sherlock Gnomes sur lequel une centaine de personnes se trouvaient à Londres alors que l’ensemble de la technologie était à Paris. Mais avec le Covid, nous avons dû apprendre à gérer les membres satellisés de nos équipes et la production. Nous avons réussi à livrer dans ce contexte nombre de projets, et pas des moindres. Nous avions en cours The Sponge Bob Movie, une publicité bien compliquée pour Vittel et les VFX de Adieu les cons. Il y a eu une proof of concept puisque les films sont sortis et que, qualitativement, ils sont au rendez-vous des attentes du public.

 

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Je pense qu’il est trop tôt pour tirer des enseignements définitifs de la période que nous vivons. Nous sommes encore dans un monde sous pandémie. Beaucoup de personnes sont en remote parce qu’elles n’ont pas le choix. Je suis curieux de voir le chemin que cela prendra quand tout le monde pourra revenir au bureau, quand plus personne ne sera sous la pression actuelle de faire fonctionner la machine coûte que coûte. Je suis sûr que le remote a ouvert des opportunités majeures et que l’entreprise va changer son comportement, mais il est bien trop tôt pour présenter des conclusions définitives.

Nous sommes plutôt dans une logique d’analyse de ce qui s’est passé, d’observer ce qui a bien marché ou non, créé ou généré comme stress chez nos membres, de problématique de fabrication, notamment sur le management de la création. Pour le coup, de façon définitive, le rôle de l’entreprise physique et la façon dont on engage avec le personnel présent ou non physiquement va changer.

Les technologies de la communication vont aussi progresser. Et il faut bien reconnaître que, même si pendant la pandémie de gros tuyaux ont accepté cent personnes en vidéo, en termes d’interaction humaine, de communication (verbale ou non), nous en sommes encore à la paléontologie de la communication. On peut d’ores et déjà imaginer qu’avec les technologies émergentes la donne va changer. Quelque chose s’est déroulé, on ne reviendra pas en arrière de façon définitive.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 76-80. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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