Le H.266, aussi dénommé VVC, pour Versatile Video Coding, a déjà été approuvée le 3 juillet 2020 par la Commission d’études n° 16 de l’UIT-T en tant que recommandation UIT-T H.266.
Curieusement, c’est le Fraunhofer Heinrich Hertz Institute en Allemagne qui a annoncé la bonne nouvelle au monde entier. Mais il faut remarquer que la communication n’a jamais été le point fort des organismes de normalisation.
Le Fraunhofer Institute a une longue histoire dans le domaine du codage numérique multimédia puisqu’il est l’inventeur du MP3. Comme pour les versions antérieures, il a largement contribué aux travaux d’élaboration de ce nouveau codage dans le cadre du groupe Mpeg aux côtés de multiples sociétés (Microsoft, Apple, Intel, Qualcomm, Huawei, Sony, Ericsson entre autres) pendant les trois années qu’ont duré les travaux de rédaction de cette nouvelle norme.
Comme pour les précédentes itérations du Mpeg, ses membres ont enrichi la « boîte à outils » avec de nouvelles techniques d’analyse des redondances spatiales et temporelles pour renforcer l’efficacité du codec, mais au prix d’une augmentation de la complexité du traitement et donc de la puissance de calcul nécessaire.
Ils ont également élargi la palette des signaux et formats vidéo pris en compte par ce nouveau codec pour tenir compte des évolutions récentes : résolution maximale des images portées à 8K (et plus tard à 16K), taux de rafraîchissement de 120 Hz, prises en compte des images à fort contraste avec un codage sur 10 bits et le HDR et enfin le transport des images panoramiques à 360 °.
Pourquoi « Versatile », eh bien parce que ce codec est capable de traiter une large gamme de contenus vidéo associés à du texte, des graphismes rencontrés dans des applications de partage de contenus, et même des jeux en ligne.
Les ingénieurs du Fraunhofer Institute mettent en avant l’amélioration des performances avec une réduction de débit de 50 % par rapport au codage H.265/HEVC à qualité constante. Cela intéresse avant tout les services de VOD pour réduire la taille des fichiers et la consommation de bande passante qui constitue une large part du trafic sur Internet avec le succès des services comme Netflix, Disney + ou encore YouTube.
L’un des freins au développement généralisé du codec H.265/HEVC, en particulier dans le domaine du streaming, est l’imbroglio dû au paiement des licences aux détenteurs des brevets exploités. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la création de l’AOM (Alliance for Open Media) avec le lancement de l’AV1, un codec concurrent.
Pour éviter de nouveau ces errements, les acteurs impliqués dans le développement du H.266/VVC espèrent créer un modèle de rétribution des brevets plus transparent selon le principe FRAND, c’est-à-dire équitable, raisonnable et non discriminatoire.
Dans ce but, ils ont fondé le Media Coding Industry Forum (MC-IF) destiné à promouvoir ces nouveaux standards, à faciliter la gestion des droits et des brevets qui leur sont associés et à garantir l’interopérabilité entre codeurs et décodeurs face aux multiples profils et niveaux qui vont s’enrichir au fur et à mesure de leur développement. Ce forum réunit déjà une cinquantaine d’industriels, d’éditeurs et d’acteurs engagés dans les technologies vidéo.
La publication d’un standard de codage vidéo est une première étape importante d’un long processus qui est loin d’être terminé. À partir du modèle logiciel de référence, il faut ensuite développer des versions opérationnelles et efficaces en cohérence avec la puissance des processeurs disponibles et des GPU des cartes graphiques. Enfin basculer vers des solutions hardware basées sur des circuits spécialisés.
Ce travail semble progresser rapidement puisque Ateme a déjà procédé à des tests de transmission en H.266/VVC sur satellite en association avec SES et l’IETR. La société Allegro basée à Grenoble et spécialisée dans la conception de codec vidéo en IP propose déjà de son côté des flux vidéo pour tests de conformité H.266.
Mais n’espérez pas d’offres commerciales basées sur le H.266/VVC avant le milieu de l’année 2021 pour des outils logiciels et sans doute 2022-2023 pour des TV ou des terminaux mobiles profitant des améliorations de ces nouveaux codecs.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 118. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.