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Avec LiveEdit, le monde du divertissement en direct s’est ouvert à l’automatisation. Le sport peut-il suivre son exemple ? © DR

Rencontre avec Julian Gutierrez, créateur de LiveEdit

 

La solution LiveEdit est utilisée dans le monde entier ; elle est la première d’un écosystème appelé à se développer à la rentrée prochaine. C’est dans le sport (Ligue 1 sur Canal +, Grand Prix de Monaco…) et le divertissement (Miss France, Danse avec les stars…) que Julian Gutierrez a acquis son expérience de l’automatisation et du direct.

 

Mediakwest : On considère souvent l’automatisation et le direct comme un couple contre nature. Comment l’expliquez-vous ?

Julian Gutierrez : C’est principalement lié au fait que le direct a toujours été pensé, essentiellement en France, avec une notion d’instinct. L’automatisation nous empêcherait d’aller où bon nous semble et de suivre nos instincts, elle serait donc un frein à la liberté. Pourtant, bien au contraire, l’automatisation mise au service du direct apporte une qualité de fabrication et des possibilités d’exécution inédites, impossibles à mettre en œuvre autrement.

Le vrai frein est souvent la difficulté à faire évoluer des habitudes de travail qui n’ont guère changé depuis longtemps. C’est, étonnamment, un frein que l’on rencontre presqu’exclusivement en France.

Dans le divertissement, par exemple, le timecode n’est pas utilisé, alors qu’il est un standard dans tous les autres pays du monde pour synchroniser lumières, écrans, machineries, effets spéciaux, et maintenant, de plus en plus souvent, la réalisation. L’automatisation est de plus en plus comprise comme un outil d’assistance à la production et à la réalisation, et non plus comme un frein à la liberté.

 

Comment votre solution LiveEdit est-elle née ?

J’ai commencé à imaginer comment l’automatisation pouvait se mettre au service de la réalisation en 2013, quand j’étais truquiste sur l’émission de M6 Un air de star. Nous devions synchroniser des commutations de caméras sur le mélangeur vidéo avec une source vidéo qui, elle-même, déclenchait la musique sur le plateau et à l’antenne. Tout ceci devait être précis à l’image près et en direct.

Construire des timelines avec parfois cent keyframes dans le mélangeur vidéo, alors utilisé comme hub de contrôle pour tous ces périphériques externes, était devenu empirique et je m’étais clairement dit que des solutions « user friendly » devaient exister sur le marché. Certaines solutions de grands constructeurs ou de petites sociétés étrangères avaient de l’intérêt, mais le produit « parfait » n’existait pas. Il n’y avait pas, pour la télévision en direct, de show controller digne de ce nom.

LiveEdit est né en 2015, quand nous avons mis en chantier le codage d’un show controller de télévision adapté à nos besoins. Son concept est extrêmement simple : concentrer en un logiciel la conception, la préparation, l’encodage et le contrôle en direct de prestations scéniques, essentiellement musicales.

Le logiciel ressemble à n’importe quel outil de montage et est compréhensible par toute personne utilisant, par exemple, iMovie. C’est une timeline où l’utilisateur, que ce soit le directeur artistique, la scripte, le réalisateur, le directeur photo, le responsable des SFX ou le créateur des contenus vidéo, vient indiquer ce qu’il veut, à quel timing et comment il le souhaite.

 

La solution est-elle collaborative ?

Oui, elle permet à toute personne travaillant sur le projet de venir greffer ses besoins sur la timeline. L’exécution de la timeline en direct est gérée par l’automate LiveEdit Producer. Bien plus qu’une simple exécution d’actions, il prévient toute personne concernée par l’automatisation de ce qu’il y a à faire et à venir.

Chaque cadreur dispose, par exemple, d’un iPad avec les instructions du réalisateur pour son prochain plan avec un décompte et une durée. Le direct bénéficie ainsi de toute la puissance de la postproduction et de l’avantage qualité qui en découle.

 

Comment l’automatisation peut-elle répondre à une situation imprévue, que ce soit sur une scène ou, éventuellement, sur un terrain de sport ?

Bonne question. En l’occurrence, LiveEdit se débraye sur le logiciel ou directement depuis le mélangeur, il n’y a aucune difficulté à « prendre la main » sur le système qui dispose par ailleurs de toutes les sécurités possibles et imaginables afin de ne jamais se faire piéger. L’automate devient un outil productif et constructif au service de la réalisation, et non pas un carcan empêchant de faire ce que l’on veut.

Ce que nécessite l’automatisation ? Du travail et de la créativité. C’est une vraie force qui permet de créer des séquences incroyables pour peu que l’envie d’en faire un outil qualitatif soit là. La force de l’automatisation, ce n’est pas que l’exécution se fasse toute seule ; c’est surtout de permettre de concentrer les idées et envies de tout le monde en un seul endroit.

Et, ensuite, de synchroniser les actions tout en communiquant en temps réel les informations utiles à toute une équipe. LiveEdit concentre toute la créativité, la préparation ainsi que le contrôle d’un show télévisuel au sein d’un même logiciel. Il devient un trait d’union artistique entre tout le monde.

 

Pour en revenir au sport, comment faire sa part à l’automatisation dans un domaine où, généralement, rien n’est écrit à l’avance ?

C’est souvent le cas, en effet. Pourtant, il existe des disciplines où les évènements sont « scénarisés » : gymnastique artistique et rythmique, natation synchronisée, patinage artistique… Comme ce sont en fait des scénarios, c’est totalement scriptable.

À défaut de tout scripter, l’automatisation peut permettre de ne pas se faire surprendre et d’être « sur le coup » aux moments clés. Plus que l’automatisation, c’est la semi-automatisation dans le sport qui pourrait apporter une vraie valeur ajoutée à l’expérience du téléspectateur. Il y a une vraie piste à explorer, entre la réalisation totalement manuelle et la réalisation totalement automatique.

L’automatisation, ce n’est pas qu’exécuter ; c’est aussi et surtout préparer. Aujourd’hui, les logiciels et automates sont capables de « penser » et d’anticiper la création de séquences en fonction de ce qu’il se passe en direct à l’instant T.

Un automate a toute sa place, notamment en termes d’habillage : si un package provenant d’un serveur vidéo est une compilation des plus belles actions de tel joueur de foot, l’automate est tout à fait capable de lire le « tag » donné à une playlist et de générer le volet de transition en temps réel avec le visage et le nom du joueur pour illustrer graphiquement le contenu vidéo.

Il faut voir et imaginer les automates, dans le cadre de productions audiovisuelles en direct, comme des outils d’assistance à la réalisation, permettant de proposer une expérience téléspectateur mieux éditorialisée et visuellement mieux aboutie. Il ne faut pas les voir comme des cost killers.

Déjà, dans le cadre du sport, des solutions comme la Vibox (SimplyLive) ou le X-One (EVS) permettent de filmer – ou de mieux filmer – certains sports qui n’étaient pas ou mal produits. Demain, un automate, avec une caméra 8K et de l’intelligence artificielle, permettra de le faire automatiquement.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 70-71. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.