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20 000 m2, huit étages… Le Campus Créatif est un immense pôle dédié aux arts. © Alexandrine Pichot

Le Campus Créatif, nouvelle référence des métiers de l’image

 

« Il fallait sans doute être fou pour le faire ! » Karim Khenissi, fondateur de l’ESMA et du Réseau Icônes (six campus, près de cinq mille étudiants en France et au Canada), en a conscience : son Campus Créatif est hors du commun. Plus de 40 millions d’euros investis, deux ans de chantier, huit étages pour 20 000 m2 de surface… Montpellier dispose désormais du plus gros campus des métiers créatifs et de l’image en France !

Une révolution indispensable selon le directeur : « Notre école actuelle était archi saturée. On n’avait plus la place d’accueillir de nouveaux étudiants. Il nous fallait déménager. » D’autant que la métropole de Montpellier proposait d’intégrer un nouveau quartier consacré aux industries culturelles et créatives (lire encadré). « C’était une opportunité exceptionnelle. »

 

Fourmilière créative

Le Campus Créatif, c’est bien plus que l’ESMA. Depuis plusieurs années, le Réseau Icônes prône le regroupement sur un même site de plusieurs écoles du groupe. Ce nouveau bâtiment a donc permis à CinéCréatis (cinéma traditionnel) et ETPA (jeux vidéo) de rejoindre à Montpellier l’ESMA (Animation/3D/design) et Ipesaa (illustration). Au total, le nouveau navire amiral dépasse les mille étudiants, accompagnés par près de quatre-vingt-dix enseignants ! « On réunit les écoles, car il y a des métiers communs, des approches qui se ressemblent », explicite Karim Khenissi. « L’illustration et le concept art se retrouvent dans le jeu vidéo et le cinéma. La motion capture est utilisée un peu partout. On pourra imaginer des ateliers communs, des masterclass et projets collectifs… ».

Pensé par l’architecte catalan Josep Lluis Mateo, le campus a été conçu comme « une juxtaposition de petites maisons », souligne le fondateur de l’ESMA. « Chaque section a son petit pôle : 3D, game… » Point d’entrée, l’imposant hall se veut carrefour de rencontres et d’échanges irriguant l’ensemble du bâtiment. Des grandes expositions gratuites y sont prévues : la première, en octobre, sera consacrée à Ubi Soft.

Trois étages sont dédiés à l’enseignement (trente-quatre salles de cours, quatre amphithéâtres), dominés par cinq niveaux de logements étudiants. HP, partenaire du groupe, a équipé l’ensemble des salles en informatique, avec notamment des écrans tactiles collaboratifs. La marque a aussi doté le « fablab innovation » du campus, dédié aux expérimentations : scanner laser 3D, imprimante 3D, équipements VR et immersifs…

Sur l’aile gauche, on trouve un restaurant, une salle de fitness pro et bientôt un city-stade sur le toit. Des outils accessibles à tous, y compris aux professionnels extérieurs. « Une salle de sport, un restaurant, cela peut faciliter les rencontres entre étudiants et l’écosystème dans un contexte informel », suggère Karim Khénissi. « Tout ce qui peut favoriser le réseau et l’emploi, on y va. »

 

Un studio unique

Le fleuron du Campus Créatif, c’est évidemment son studio de 600 m2. « C’est notre totem », glisse Karim Khenissi. « Un bijou d’exception », s’enthousiasme Damien Masson, enseignant et responsable du plateau de tournage, des magasins… Après de multiples expériences sur des tournages et chez Panavision et Panalux, il s’est laissé convaincre par « l’ambition du projet ».

« Ce studio est indescriptible dans une école. On ne s’y habitue pas. Les étudiants ont des étoiles dans les yeux tous les jours. » Il décrit notamment une « machinerie de pointe », imaginée avec EuroLight System. Au plafond, les grils sont équipés de huit moteurs, pour pouvoir descendre au sol. « Cela apporte de la modulation et plus se sécurité : on n’a plus besoin d’échelles », argue Damien Masson. La pièce déborde de branchements compatibles DMX, permettant le contrôle à distance. Il est possible d’installer trois consoles DMX en simultané pour diviser l’espace. L’isolation sonore est très poussée : dalle acoustique au sol montée sur des centaines de ressorts pour absorber les vibrations, murs en toile tendue acoustique renforcée par cinquante centimètres d’isolant…

Grâce à un mur mobile acoustique conçu sur mesure, le studio peut être divisé en deux pièces étanches. À gauche, un espace de 350 m2 est habillé d’un fond vert natif Cyclorama (du plafond au sol), couvrant deux murs de 16,8 m et 16,6 m. À droite, la pièce de 250 m2 est tapissée de fonds blancs sur des murs de 11,64 m et 15,18 m. Les projecteurs Led RGB+White Arri, notamment les Skypanel, ainsi que des SpaceX de Creamsource, permettent de coloriser ces fonds blancs à l’infini. « C’est énorme comme système », s’étonne Damien Masson. « Ce sera très utile pour les packshots. »

La cerise sur le gâteau, c’est le système de motion capture Vicon de vingt caméras Vero 2.2, synchronisées par une console équipée du logiciel Shogun. « C’est grandiose, inespéré. Il permet de couvrir une surface de 6×7 m. Nous avons quatre combinaisons : on peut faire se déplacer plusieurs acteurs, qui peuvent interagir entre eux, avec le décor… », ajoute Damien Masson.

 

Conditions cinéma

Le magasin dispose de près de soixante projecteurs, dont trente-six Arri. « Quand on a montré notre liste à des chefs électriciens de longs-métrages, ils n’en revenaient pas », plaisante Damien Masson. « C’est tellement qualitatif : on peut varier les lumières : jour, incandescent… On choisit ses teintes de couleur. Tout se branche en prise domestique et envoie des puissances énormes. » Il voit les douze skypanels comme « un privilège » pour les étudiants. « Toutes les grosses productions ont leurs “sky”. Les connaître, c’est un vrai plus sur le CV quand on sort d’école, car leur prise en main est complexe. »

Côté caméra, le Campus Créatif assume ses ambitions. Les étudiants ont à disposition quatre (bientôt six) Blackmagic Ursa Mini 4K ainsi que deux Sony FX9, qu’ils peuvent monter sur des grues avec dollys pour des mouvements sur rails. Une Alexa Mini LF va même bientôt rejoindre le parc ! L’équipement est presque complet : l’école va acquérir un steadicam et des projecteurs tungstènes et HMI. « L’objectif, c’est que pendant leur formation, ils aient vu tous les outils utilisés lors des tournages. On donne un cran d’avance avec les Leds, mais il faut voir aussi les classiques. »

Utiliser ce matériel de pointe a de multiples avantages pour Damien Masson. « On offre des outils qui vont mettre les étudiants en valeur. En plus, cela apporte un rendu esthétique unique aux films étudiants. Les productions des Première année se rapprochent déjà de la qualité pro. On nous a dit qu’elles pourraient partir en festival ! ».

Comme l’école a acheté son matériel, les étudiants ont le temps de se l’approprier, de manipuler les caméras librement. Hors des cours, ils ont même la possibilité de réserver des créneaux studio avec matériel et caméras. « Ils vont progresser constamment », espère le responsable du studio.

Neuf bancs de montage sont disponibles, équipés avec Premiere Pro, DaVinci, Avid, Pro Tools… Damien Masson pousse les étudiants à « faire des allers-retours » entre les box de montage et les quatre salles de cinéma quarante places, aménagées sur place par Decipro. Grand écran, son 5.1, projecteurs 4K laser… « Ils peuvent ainsi contrôler leur travail dans des conditions réelles. Comme sur un tournage pro. »

 

S’ouvrir aux entreprises

Karim Khenissi le reconnaît : ces équipements sont « surdimensionnés pour une école » mais l’enjeu n’est pas seulement d’apporter « des conditions de travail optimales ». Le studio a été aménagé ainsi pour attirer les professionnels. « Nous imaginons une approche transversale entre le monde éducatif et l’entreprise », annonce le directeur de l’ESMA. L’espace, ainsi qu’une partie du matériel, seront ainsi accessibles aux pros. Le Réseau Icônes espère ainsi provoquer les rencontres entre étudiants et entreprises, en vue de futures collaborations. C’est un des moyens d’offrir à ses filières cinéma et jeux vidéo la même reconnaissance internationale que l’ESMA pour l’animation/3D.

L’enjeu n’est pas économique, puisque les équipements sont financés. Plutôt qu’une location classique, Karim Khenissi explique que les outils du studio seront « mis à disposition » dans le cadre d’une convention. Le coût de la location sera très bas. « Il va être proportionnel à la taille de l’entreprise », annonce le directeur. « Ce sera presque gratuit pour les petites structures et très accessibles pour les plus grosses. » Le modèle est original : le campus propose ses équipements, mais en contrepartie, l’entreprise devra s’engager à s’impliquer au niveau pédagogique. Les sociétés de cinéma, d’animation, de communication devront ainsi proposer aux étudiants des masterclass, des conférences, voire les prendre comme assistants, quand les conditions le permettent.

La seule contrainte : les entreprises intéressées doivent avoir un ancrage local (implantation, tournage en région…). « Nous l’ouvrirons aussi aux partenaires des autres campus du réseau », signale le directeur.

 

Évolution constante

Les créneaux s’ouvrent à partir de la rentrée 2021. Notamment pour la partie fond blanc/mocap, car la partie fond vert sera plus utilisée par les étudiants. De nombreux acteurs locaux et nationaux sont déjà venus repérer les lieux et ont manifesté leur intérêt, notamment pour la mocap. De quoi gagner le pari de la reconnaissance ? « Le studio sert de point d’attraction », se satisfait Laurent Michaud, directeur du développement du Réseau Icônes. « Une école, pour placer ses étudiants en stage et en emploi, doit aller au devant des entreprises. Ici, on va essayer de les faire venir chez nous ! ».

Karim Khenissi a conscience d’avoir mis « la barre très haut » avec ce nouveau projet. Et les choses vont continuer d’évoluer. Le studio devrait être à terme équipé de consoles d’étalonnage, d’outils de performance capture (la mocap des visages), voire d’un mur Led pour des incrustations en 3D temps réel.

Et d’ici deux ans, le « Cocon » va voir le jour. Porté avec la métropole de Montpellier, ce second bâtiment abritera une grande salle de projection/spectacle de trois cent-quarante places, ainsi que trois studios sons et 600 m2 de bureaux… « Ce sera notre second totem », glisse Karim Khenissi. Dès cette rentrée, une nouvelle formation de directeur technique pour cinéma d’animation et jeux vidéo s’ajoutera au catalogue, avant des modules autour du son, voire de la publicité… « On a des tonnes de projets en tête », sourit Karim Khenissi. « On va y aller petit à petit. » Quand on a un tel écrin, cela inspire.

 

La locomotive d’un quartier thématique

Le Campus Créatif est le second projet de la Cité Créative, nouveau quartier que la Métropole veut transformer en pôle d’excellence de 50 000m2 dédié aux métiers créatifs et de l’image. « L’avenir de l’emploi à Montpellier se joue en partie dans les industries culturelles et créatives », assure le maire de Montpellier, Michaël Delafosse. Alors que Ubi Soft est implanté sur le territoire depuis les années 90, que de nombreux tournages, notamment pour France Télévisions, se déroulent dans les environs, la Cité Créative doit fédérer les acteurs du secteur en écosystème. « Les entreprises travaillent ensemble, sur cette grande aventure », se réjouit Karim Khenissi, fondateur de l’ESMA. « Ici, ce sera une nouvelle façon de vivre et de travailler. »

Chacun son rôle : un tiers-lieu, la Halle Tropisme, accueille les indépendants et organise événements culturels et festifs. Le Campus Créatif forme les futurs pros et attire les entreprises avec son studio. La Métropole, de son côté, propose des bureaux et bâtiments pour l’implantation, soutient la création d’un pôle « son ». Le tout agrémenté d’une crèche, d’une école, de logements…

De quoi en faire le plus gros pôle des industries créatives en France ? « C’est quelque chose de porteur à Montpellier », confirme Kharim Khenissi. Il se murmure que plusieurs grands studios internationaux envisagent de rejoindre le quartier. « C’est la suite logique », estime Laurent Michaud, directeur du développement de l’ESMA. « On pourrait voir arriver de grosses entreprises de jeux vidéo, des studios d’animation d’envergure mondiale. Notre région était déjà hyper attractive. Avec ce nouveau quartier, on l’est encore plus ! ».

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #43, p. 102-105.

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