À la fin d’un article paru dans Les Échos du 9 juillet 1999, on pouvait lire : « En attendant, Bernard Arnault continue à investir en rafale dans des start-up américaines ou britanniques : il vient de s’offrir une participation de 30 millions de dollars dans Netflix.com, un site qui vend en ligne des films sur DVD. »
Le groupe Arnault sortira quelques années plus tard de l’actionnariat de Netflix, mais à cette époque, qui aurait pu penser que le loueur de DVD par la poste pèserait 250 milliards de dollars en bourse vingt-et-un ans plus tard ? C’est pourtant chose faite : à l’issue de la publication de ses résultats pour 2020, Netflix a vu son cours de bourse et sa capitalisation boursière s’envoler.
204 millions d’abonnés
La firme Los Gatos, codirigée par Reed Hastings et Ted Sarandos, a gagné 8,51 millions de nouveaux abonnés au quatrième trimestre 2020 pour atteindre le chiffre record de 203,66 millions d’abonnés dans le monde. Netflix avait prévu de recruter 6 millions d’abonnés au cours du dernier trimestre de l’année, ce sont finalement 8,51 millions d’abonnés qui ont été séduits par la marque au logo rouge.
Sur l’ensemble de cette année de tous les records, Netflix a gagné 36,57 millions d’abonnés (+22 % par rapport à 2019), son plus fort gain d’abonnés sur une année depuis son lancement. Le chiffre d’affaires annuel atteint 25 milliards de dollars, en hausse de 24 % par rapport à 2019 et le résultat d’exploitation augmente de 76 % pour atteindre 4,6 milliards de dollars, après avoir été de 2,6 milliards en 2019 et 1,6 milliard de dollars en 2018, une performance multipliée par 2,8 en deux ans.
L’international comme locomotive
Netflix souligne que le service devient de plus en plus international puisque 83 % des nouveaux abonnés ne sont pas issus des États-Unis et du Canada. La plus forte contribution en nouveaux abonnés est apportée par la zone EMEA avec 41 % des nouvelles souscriptions soit 14,9 millions d’abonnés, tandis que la zone APAC contribue à hauteur de 9,3 millions d’abonnés, en hausse de 65 % par rapport à 2019. L’Amérique latine gagne un peu plus de 6 millions d’abonnés.
À la fin décembre, les États-Unis et le Canada restent la première zone géographique avec 73,9 millions d’abonnés ; la zone EMEA atteint 66,7 millions d’abonnés, la zone LATAM 37,5 millions d’abonnés et la zone APAC 25,5 millions d’abonnés.
Netflix a entamé sa conquête planétaire par le Canada fin 2010 et a achevé son implantation mondiale en 2016. En 2011, les abonnés internationaux représentaient 7,8 % du total des abonnés, soit 1,85 million d’abonnés sur un total de 23,6 millions d’abonnés. Fin 2020, les abonnés internationaux représentent 63,7 % du total des abonnés de Netflix, soit 130 millions d’abonnés internationaux contre 74 millions d’abonnés américains et canadiens.
Deuxième groupe média en Europe
Ampere Analysis a compilé les recettes des groupes TV et des plates-formes de streaming en Europe en comprenant les recettes publicitaires, les recettes d’abonnement SVOD et des télévisions payantes ainsi que les financements publics. En 2020, Netflix représente 6,1 % des revenus des groupes TV en Europe derrière Comcast qui opère le service de télévision payante Sky en Europe. Selon Ampere Analysis, il n’y a pas de limites à la progression de Netflix.
Netflix a en effet connu une croissance très rapide en Europe et sa position dans le classement s’explique principalement par sa présence dans un grand nombre de pays, alors que les groupes média TV sont généralement présents dans un nombre limité de pays. Le vrai bouleversement aura lieu lorsque Netflix rivalisera avec les grandes chaînes européennes dans leur pays respectif. Pour l’instant, Netflix reste à distance des grands groupes TV français avec ses 800 millions d’euros de chiffre d’affaires. En effet, Canal+ a réalisé 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, France Télévisions 2,94 milliards, TF1 2,3 milliards et M6 1,45 milliard d’euros.
L’effet de la pandémie
Sans la pandémie, rien ne dit que Netflix aurait connu une aussi forte croissance. C’est la raison pour laquelle, avant de détailler leurs performances annuelles, les dirigeants de Netflix expriment leur reconnaissance envers leurs abonnés en ces termes : « 2020 a été une année incroyablement difficile, avec des pertes extraordinaires pour de nombreuses familles, de nouvelles restrictions avec lesquelles aucun d’entre nous n’a jamais eu à vivre auparavant et une grande incertitude. Nous sommes extrêmement reconnaissants d’avoir pu, en ces temps particulièrement difficiles, offrir à nos abonnés du monde entier une source d’évasion, de connexion et de joie tout en continuant à développer notre entreprise. »
Cinq cents programmes en postproduction
Netflix profite de la publication de ses résultats pour divulguer des informations sur les performances de ses programmes et sur sa stratégie éditoriale. Alors que les plates-formes concurrentes misent sur le « day and date » pour leurs blockbusters, Netflix a assommé le marché en déclarant mettre en ligne soixante-dix films originaux en 2021, au rythme d’un film par semaine : cinquante-deux films d’action en langue anglaise, dix films en langue étrangère et huit films d’animation. Tout ce que Hollywood compte de stars aura droit à son film : Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Timothée Chalamet, Cate Blanchett, Chris Evans, Meryl Streep, Jonah Hill, Dwayne Johnson, Gal Gadot, Ryan Reynolds, Denzel Washington pour ne citer qu’eux.
Les programmes ayant suscité le plus de succès auprès des abonnés en 2020 sont mesurés par Netflix au cours des vingt-huit premiers jours de mise en ligne. La saison 4 de The Crown aura séduit plus de 100 millions d’abonnés dans le monde. Le film le plus visionné au quatrième trimestre est The Midnight Sky de et avec George Clooney qui a été vu 72 millions de fois au cours des vingt-huit premiers jours et 62 millions de foyers ont choisi de regarder Queen’s Gambit. Netflix met aussi en avant ses productions internationales comme Lupin avec Omar Sy qui devrait atteindre 70 millions de visionnages au cours des vingt-huit premiers jours.
Et maintenant ?
Bien que la concurrence soit de plus en plus féroce, Netflix maintient le cap et espère recruter 6 millions d’abonnés au cours du premier trimestre 2021 en particulier parce que le taux de rétention s’est amélioré par rapport à l’an dernier et que le rythme des acquisitions de nouveaux abonnés reste soutenu.
Toujours plus ambitieux, Reed Hastings a déclaré : « Nous sommes encore en dessous de 10 % du temps d’écoute de la télévision. Nous avons beaucoup d’abonnés aux États-Unis, mais nous pouvons encore gagner plus de temps d’écoute. »
Mais c’est une petite phrase de Ted Sarandos qui retient l’attention de toute la profession : « Si la fenêtre de la salle venait à se raccourcir aux États-Unis, j’aimerais que les consommateurs puissent choisir de voir nos films dans un cinéma ou à la maison. »
Face à des studios paralysés par la crise et à peine partis à la conquête du marché SVOD, Netflix est en passe de prendre le pouvoir à Hollywood. Le cabinet d’études britannique Digital TV Research prévoit une croissance moindre pour 2021, de l’ordre de 21 millions d’abonnés, ce qui porterait le nombre d’abonnés totaux à fin 2021 à 225 millions. Netflix prévoit d’ailleurs une croissance de 6 millions d’abonnés au premier trimestre 2021 contre 15,8 millions d’abonnés au premier trimestre 2020. Ces prévisions restent fragiles et dépendent en partie de l’évolution de la situation sanitaire aux États-Unis et dans le monde. À plus long terme, Digital TV Research prévoit que Netflix atteindra 280 millions d’abonnés dans le monde en 2025. À cette date, le cabinet estime que Disney+ aura pratiquement rattrapé Netflix : la firme de Burbank devrait atteindre 272 millions d’abonnés dans le monde. Netflix va devoir batailler dur pour conserver son rôle de n°1 mondial de la SVOD.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 112-113. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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