Voilà des années que je manipule tous types de caméras, que ce soient celles fournies par la production pour un tournage, celles de mes collaborateurs que j’emprunte pour quelques plans, ou celles qui me sont confiées en test pour ce magazine. J’ai toujours beaucoup d’excitation à découvrir un nouvel outil car il va potentiellement élargir le champ de ce qu’il est possible de filmer. Il m’est souvent arrivé de me dire : « Celle-ci est vraiment top, mais telle marque annonce tel modèle qui paraît encore plus prometteur… ».
J’ai eu l’opportunité d’effectuer un tournage mi-octobre avec un prototype de cette caméra. Nikon France a fait appel à moi pour réaliser une vidéo mêlant image et action, puisque j’ai filmé la photographe MX July découvrant ce boîtier en faisant ce qui est sa spécialité : des photos de motocross, avec ici le pilote Edgar Torronteras enchaînant les cascades sur un circuit de sable des Landes.
Je me dois d’être parfaitement franche avec vous : si l’équipe Nikon m’a confié ce tournage, c’est que je deviens ambassadrice de la marque, la première représentante de l’image animée de leur team européen. Je suis très honorée par ce témoignage de confiance, mais soyez assurés que cela ne me pousse en rien dans les superlatifs en rédigeant cet article. Si vous en doutez, lisez la suite : les caractéristiques techniques de l’appareil parlent d’elles-mêmes et suffiront sans doute à vous convaincre de son potentiel.

Les settings
Tout d’abord, commençons par ce qui intéresse le plus les vidéastes : les settings vidéo. C’est la première chose que j’ai regardée quand j’ai eu le boîtier en main.
Les tailles d’image proposées permettent de tourner en HD bien sûr, UHD jusqu’à cent-vingt images par seconde (avec enregistrement du son) et même en 8K sans crop, pour l’instant à vingt-cinq ou trente images par seconde, mais bientôt jusqu’à cinquante ou soixante avec une mise à jour du firmware à venir en 2022. Le fichier 4K UHD est créé à partir d’un sur-échantillonnage 8K (ou downsampling) pour une qualité maximale, puisque chaque pixel est une synthèse de quatre.
On peut aussi choisir de n’utiliser que les pixels correspondant à cette définition, et donc une partie du capteur seulement, ce qui a pour effet d’appliquer un rapport 2,3 aux optiques. Cela peut s’avérer appréciable quand on transporte un 400 mm et qu’on se retrouve sans effort supplémentaire avec un 860 mm.
Autre élément qui n’est pas un détail : il est possible d’enregistrer jusqu’à cent-vingt-cinq minutes en continu sans risque de surchauffe du capteur, grâce à un alliage de magnésium permettant d’évacuer efficacement la chaleur. Voilà qui est déjà intéressant, puisque cela ouvre des perspectives en termes de captation, de ralentis et de dimensions d’image, pour non seulement être à la pointe de ce qui est faisable aujourd’hui mais aussi pour être prêt à tourner demain.
Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : le setting suivant concerne les codecs, avec là encore de belles surprises. Il est désormais possible d’enregistrer en interne en h264, mais surtout en h265 8 ou 10 bits et en ProRes 4 :2 :2 10 bits. Pour rappel, coder en 10 bits signifie qu’on bénéficie d’un milliard de nuances de couleurs, quand en 8 bits on en avait « seulement » seize millions.
Proposer du ProRes, et donc un format intra-images, garantit l’enregistrement de fichiers de qualité optimale, capables d’engranger tous les détails de l’image. Ces fichiers à très haut débit sont bien entendu très volumineux mais leur lecture sur ordinateur reste fluide, ce que j’ai pu vérifier sur mon laptop en les montant dans Premiere Pro sans avoir besoin de générer des proxies. Le h265 est lui aussi très qualitatif et permet de profiter des cadences maximales, ce que j’ai apprécié pour la majorité de mes plans d’action, tournés à cent-vingt images par seconde en UHD pour obtenir des ralentis parfaitement fluides en postproduction.
Côté Picture Control, on peut déjà tourner en NLOG et HLG, auxquels va bientôt s’ajouter un N-Raw 12 bits compatible avec le 8K60p, ce qui va élargir encore le champ de ce qui est déjà possible, en captation avec une finesse de détails et une nuance de couleurs incroyables, mais aussi en postproduction avec le traitement à posteriori des images. Avant même que le boîtier ne soit sorti, on sait déjà qu’il va évoluer grâce à des mises à jour de son firmware. C’est appréciable de se dire que la caméra que l’on acquiert aujourd’hui ne va pas rester figée dans les settings du moment mais va pouvoir progresser. La vidéo évolue, les logiciels de montage évoluent et notre caméra aussi.

La puissance des composants
Qu’est-ce qui rend tout cela possible ? La puissance des composants. Il s’agit d’une technologie unique combinant un capteur empilé CMOS de 45,7 millions de pixel (d’où les grandes tailles d’image) au processeur Expeed 7, qui est dix fois plus rapide que la version précédente (d’où les cadences et débits très élevés). À l’intérieur du capteur des buffers de grande capacité et une circuiterie à haute vitesse assurent un traitement très rapide des images. Ainsi l’ensemble permet de décharger le capteur extrêmement vite et avec un important volume de données. On bénéficie d’une Dual-Stream technology dans laquelle deux signaux sont envoyés à l’arrière du capteur : l’un pour l’enregistrement des données et l’autre pour le retour moniteur. Les photographes s’affranchissent ainsi du blackout qui suivait le déclenchement.
L’enregistrement d’un tel volume de données en interne est possible grâce à la vitesse d’écriture des cartes CF-Express (jusqu’à 1 600 Mbit/s), les fichiers vidéo en ProRes exploitant ces supports jusqu’à leur limite. Le Z9 a deux slots pour ces cartes, mais aussi une sortie HDMI, qui n’a plus d’intérêt pour ce qui est de relier un enregistreur externe, mais qui peut toujours servir pour connecter le boîtier à une solution de live ou pour faire une sortie sur un très grand retour vidéo.
Comme le dit Roland Serbielle, qui accompagne les professionnels chez Nikon : « On entre dans l’ère de la data. » Ce processeur Expeed 7 intègre de nouveaux algorithmes développés en deep learning qui transforment nos usages, puisque l’intelligence artificielle vient compléter la nôtre (voire la surpasser ?).

Un autofocus particulièrement efficace
L’application la plus concrète de cette intelligence se manifeste dans l’autofocus, qui est d’une incroyable efficacité. Il a été formé pour reconnaître neuf types de sujets dans une image :
- Les humains, et plus particulièrement leurs torses, têtes, visages et yeux ;
- Les animaux, mammifères et oiseaux : corps, têtes et yeux ;
- Les véhicules : voitures, motos, vélos, trains, avions.
Ses presque cinq cents collimateurs couvrent quatre-vingt-dix pour cent du capteur, ce qui le rend capable de déceler son sujet partout dans l’image. Et ça marche ! J’ai filmé toute la journée le motard en mode autofocus, ce que je n’aurais jamais fait auparavant. Le Z9 captait la moto, puis le personnage, sa tête et ses yeux quand celui-ci enlevait son masque (tout en gardant son casque). Cela a changé ma manière de travailler : j’étais prête tout le temps à tourner (aussi car il démarre instantanément), et tranquille car je savais que je n’allais pas rater de plan. Quand j’avais plusieurs sujets dans l’image je pouvais choisir sur lequel focaliser l’attention et paramétrer les vitesses de rattrapage de point pour qu’elles soient plus humaines.

J’ai démarré ma carrière comme pointeuse en fiction, donc c’est un sujet sur lequel je suis plutôt tatillonne, et là j’ai eu l’impression que la machine était meilleure que moi. Et cela ne m’a pas du tout vexée : au contraire je trouve très agréable de pouvoir me reposer sur elle et me concentrer sur mes cadres et mes mouvements. L’intérêt d’un bon autofocus est évident aussi quand on tourne sur un stabilisateur ou que l’on se filme soi-même.
Les performances du processeur bénéficient aussi à la stabilisation, car en plus de la mécanique intégrée, la surcouche électronique ultra-efficace vient atténuer les vibrations et mouvements parasites de manière très « smooth », avec un rendu encore une fois très humain. Bref, j’ai tout tourné à la main et en autofocus, et le résultat était impeccable ! La vidéo devient encore plus facile.

Autres points remarquables
Un autre élément remarquable de ce boîtier est l’absence d’obturateur mécanique, ce qui lié à la vitesse de balayage électronique a pour effet de supprimer l’effet de rolling-shutter. Mais cela signifie aussi qu’en l’absence de mécanique notre boîtier est moins limité dans son évolution (d’où la possibilité de mises à jour via le firmware) et aussi moins limité dans le temps, puisqu’il ne va plus s’user.
La prise en main de la caméra rassure tout de suite sur sa robustesse : on sent qu’il a été forgé dans du solide, en l’occurrence un alliage de magnésium, et qu’il a été soigneusement tropicalisé. C’est appréciable quand on tourne dans du sable, et que le motard nous asperge, de ne pas être inquiète pour son matériel.
Pour parer à toute mauvaise surprise, un volet vient protéger le capteur quand on change d’objectif. Celui-ci est traité pour être antistatique et facile à nettoyer, mais aussi pour ne pas craindre les vibrations puisqu’il absorbe les mouvements hors utilisation pour ne pas être endommagé par des chocs pendant le transport. Je pourrai donc partir en tournage ski sans crainte. Côté autonomie, on tient longtemps avec une batterie très conséquente, et en cas de souci on peut aussi la recharger via la prise USB et une powerbank.
Le seul bémol que je pourrais trouver au Z9 est peut-être qu’il est un peu plus volumineux et lourd que d’autres hybrides, mais il ne faut pas se leurrer : on ne peut bénéficier d’une puissance pareille dans une caméra de poche. Le transporter me demandera un peu plus d’efforts quand je dois marcher des heures en montagne pour accéder au site, mais pour les autres tournages, comme celui que je viens d’effectuer, ce n’est pas contraignant.
Autres conforts
Voilà donc une caméra très facile et agréable à utiliser. La prise en main est évidente, l’accès aux menus aussi, on peut personnaliser les boutons pour mieux se l’approprier, et on voit parfaitement ce que l’on filme. L’écran est inclinable pour faciliter certains angles de prise de vue, tactile pour ajuster des réglages ou un rattrapage de point par exemple, et le viseur est d’une limpidité incroyable. Ce n’est pas parce qu’on fait de l’image animée qu’on doit cadrer à l’écran, et j’ai eu beaucoup de plaisir à cadrer via ce viseur qui est très lumineux et fin. Autre confort : si on choisit un Picture Profile très flat en vue d’un étalonnage précis, on peut choisir d’appliquer une Lut à notre retour visée et écran, ou au contraire de visualiser l’image telle qu’elle est enregistrée.
Côté audio, j’ai testé le micro interne qui est très satisfaisant et branché un de mes HF sur la prise mini-jack, offrant une alimentation pour les micros qui la réclament. Le boîtier se suffisant à lui-même, le micro sera sans doute le seul accessoire que j’utiliserai car je ne perçois plus l’intérêt de connecter un enregistreur externe ou un écran (sauf un très grand pour un retour client).
On bénéficie en outre de toute la gamme d’optiques Nikon, de la série Z qui ne cesse de s’enrichir, mais aussi de toutes les précédentes grâce à la bague adaptatrice. Le boîtier nu est proposé à 6 000 euros TTC, ce qui le rend très compétitif dans le monde des caméras au vu de ses performances.

Que dire d’autre ?
Ah oui, le Z9 fait aussi des photos ! Avec toutes les qualités déjà présentes en vidéo (tailles, cadences, autofocus, etc.), alors pourquoi s’en priver ? À moins que l’on ne préfère extraire des images fixes de nos plans en 8K, mais ça c’est un autre débat.
Vous l’aurez compris, j’ai trouvé avec le Z9 une caméra correspondant à toutes mes attentes et que je suis impatiente d’utiliser pour un prochain tournage. Je trouve surprenant que Nikon ne soit pas plus présent dans le monde de la vidéo, mais je suis persuadée que cette caméra va inverser la tendance.
Si ces données techniques (et donc objectives !) ne vous ont pas encore convaincu, vous pouvez regarder le rendu sur la chaîne de Nikon France (Session motocross avec le Z9 et Edgar Torronterras) et sur la page des Nikon Days.

Article paru pour la première fois dans Moovee #10, p.12/16