Et c’est tout naturellement que l’on s’est interrogé sur le pourquoi de cette arrivée de One of us dans la capitale. Rencontre avec Emmanuel Pichereau, un vétéran des VFX, à la tête de cette antenne parisienne de One of Us.
Où en êtes-vous de votre arrivée à Paris ?
Emmanuel Pichereau : Nous sommes en train de nous installer et espérons être opérationnels dans les semaines à venir.
Pourquoi le studio londonien a-t-il décidé d’ouvrir un bureau parisien ?
Pour être honnête, cela fait longtemps que l’on en discutait. One of us a une relation étroite avec l’Europe et la France. Il s’intéresse aux réalisateurs, aux talents européens. De plus, en France, il y a un vivier incroyable en ce qui concerne les VFX, tant au niveau des graphistes que des jeunes talents sortant d’écoles comptant parmi les meilleures au monde… Quand One of us a pensé sortir de Grande-Bretagne, cela paraissait naturel de venir à Paris.
Est-ce que le crédit d’impôt international a été un moteur de votre arrivée ?
Évidemment, cela fait partie des raisons, mais la principale est que l’on a toujours travaillé avec des Français, même avant ces 40 % d’abattement. Mais cela va aider à attirer les productions étrangères, c’est un vrai plus.
On ne peut pas dire que la production française, cinéma et série, soit très demandeuse en VFX…
Les choses ont l’air d’évoluer. Les projets pour lesquels nous avons envie de travailler ne seront pas forcément des films français, ils peuvent être européens, voire américains. Notre idée est de les faire venir en France pour qu’ils y soient fabriqués avec les talents français et proposer à tous nos artistes de pouvoir travailler sur ce type de projets. Il n’y a aucune raison qu’ils n’en soient pas capables. La France n’est peut-être pas le fleuron des VFX dans son propre cinéma ou ses séries, mais en termes de capacité à réaliser ces VFX, elle fait partie des pays qui font les plus beaux.
Avez-vous déjà des projets qui vont être traités en France ?
Nous allons travailler sur le prochain Astérix, d’autres projets sont en train de se confirmer, tel qu’un film d’horreur pour jeunes adultes de Luca Guadagnino (We are who we are), un réalisateur que nous connaissons bien. Parmi les projets excitants, il y a aussi une série Apple de science-fiction, ainsi que le quatrième volet d’un film d’action-thriller.
Comment se partage One of us entre films et séries ?
Il n’y a pas de dispatch entre film et série, pas de distinction entre les styles. One of us a toujours été porté à aider le réalisateur, l’histoire, avant les effets spéciaux. Nous allons les traiter de la même manière en termes d’énergie, même si les process sont légèrement différents.
Quand intervenez-vous sur les projets ?
C’est dans notre ADN d’être impliqué dès le début, dès la préproduction. C’est à ce moment-là que sont pris les meilleures choix et décisions, c’est important d’être là au plus tôt. Ce n’est pas toujours le cas, mais cela tend à se généraliser. Nous avons souvent une implication dans la créativité, c’est donc vraiment nécessaire de travailler dès le début du projet. Notre approche est de trouver ce que le réalisateur, l’histoire veut raconter, avant de compter les fonds verts et de se focaliser uniquement sur les VFX. C’est vraiment faire partie d’un tout.
Comment avez-vous vécu les périodes de confinement en France ?
Je suis resté en France, je n’ai pas eu besoin d’aller à Londres. Depuis le début de la pandémie, les équipes techniques de One of us ont mis en place un système afin que nous puissions travailler en remote. Tout le travail se fait en ligne.
Sur quoi avez-vous travaillé pendant cette période ?
Sur The Midnight Sky (George Clooney, Netflix). Actuellement, nous sommes sur Matrix 4.
Quelles normes de sécurité a One of us ?
Il est « Disney approuved » depuis longtemps, avant que le TPN n’existe. Il est aux normes en termes de sécurité pour tous les studios américains.
Quel va être votre rôle dans la structure parisienne ?
Il est de mettre en place ce bureau, en lien avec les équipes de Londres, puis, j’aurai la charge de la direction artistique, afin que tout ce qui sorte du studio ait la qualité requise par One of Us. Je serai aussi impliqué dans les choix visuels et créatifs. Pour l’instant, je suis encore seul à Paris, mais je vais être rejoint par des talents venant de Londres. Nous voulons conserver l’ADN de One of us, le cœur de l’équipe sera constitué de Français, mais aussi d’Anglais, qui travaillent déjà dans le studio et veulent s’impliquer dans la nouvelle entité. Nous voulons garder la même identité et le même savoir-faire. Dès les prochaines semaines, nous aurons une équipe déjà formée mise en place. Puis nous l’enrichirons de talents recrutés en France.
Comment définiriez-vous l’ADN de One of us ?
C’est une entreprise qui garde un côté familial, où tout le monde se connaît. Malgré tout, elle a une infrastructure assez grosse pour pouvoir être garante de la technicité et de la qualité des effets qui en sortent. Elle permet de conserver un aspect créatif et humain très fort, même si elle regroupe près de deux-cent-vingt employés. Plutôt que de devenir un mastodonte à Londres, le but a été d’essaimer en France.
Quelle serait la spécialité de One of us ?
Si nous avions une spécialité, ce serait le design. Historiquement, nous avons beaucoup travaillé sur les environnements et tous les effets qui sortent des sentiers battus. Nous avons été rejoints dernièrement par des talents très doués pour les créatures. Le spectre de One of us s’élargit au fil du temps.
Comment le marché français voit-il votre arrivée ?
Je n’ai pas encore eu trop le temps de rencontrer les acteurs des VFX en France. J’ai eu des échos des graphistes qui sont plutôt contents de voir arriver des projets différents. Notre arrivée ne peut que donner une bonne image de la France, cela va être positif pour tout le monde. Je ne suis pas seul à monter la structure, mais pour l’instant, c’est très excitant.
Je n’ai pas encore commencé à rencontrer les acteurs du secteur, même si nous discutons avec Film France depuis longtemps. J’ai l’intention de prendre langue avec France VFX, le CNC, etc. C’est important d’expliquer nos intentions et d’avoir des relations cordiales, d’autant qu’Astérix est partagé entre plusieurs studios (Mikros, Digital District, etc.). Je trouve cela très bien que ce genre de projets soit envoyé dans plusieurs sociétés car chacune a ses spécificités qui ne peuvent qu’enrichir le film.
Que pensez-vous de ces partages de VFX entre les prestataires de VFX ?
En Angleterre, c’est très courant. Les gros films sont toujours dispatchés, un studio est le référent et chacun travaille sur les plans selon sa spécialité que ce soient les créatures, les ambiances, etc. C’est une très bonne chose.
ONE OF US, DE LONDRES A PARIS
Né en 2006, sous l’impulsion de Rachael Penfold, productrice d’effets spéciaux (Chicken Run, Mission Impossible 2), Dominic Parker, directeur artistique multi primés, et Tom Debenham, réalisateur et directeur de la photographie, One of us est une société basée à Londres. Sa filmographie est impressionnante, variant entre films européens à fort effets visuels et blockbusters tels que Paddington, Jupiter Ascending, Venom ou encore Star Wars, le Dernier Jedi…
Parmi les titres récents, les plus emblématiques côté série, citons The Crown, The OA… Le studio a récemment réalisé, côté long-métrage, des VFX sur Godmothered de Sharon Maguire sorti fin décembre dernier sur Disney +, Morbius, un film d’horreur du réalisateur suédois, Daniel Espinosa (prévu en 2022) ou encore Pinocchio, du réalisateur Matteo Garrone, sorti sur Amazon Prime Video, en pleine pandémie.
Pour aller plus loin : https://www.weacceptyou.com/
Article paru pour la première fois dans Moovee #8, p.42/45. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
[envira-gallery id= »13662″]