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Le film « Miséricorde » d’Alain Guiraudie a été tourné en Occitanie. © Xavier Lambours /Les Films du Losange

Occitanie, terre de cinéma

 

Lors d’une conférence donnée au salon Paris Images le 6 février dernier, plusieurs acteurs de l’audiovisuel se sont réunis pour parler de la synergie école-studio-production qui anime la région Occitanie.

Si la côte est de la Méditerranée attire depuis longtemps les grandes productions françaises et internationales – comme, récemment, la série Netflix Transatlantique (2022), le film Stillwater (2019) ou La Nonne 2 (2022) – la côte ouest n’est pas en reste, notamment depuis l’arrivée sur ses rivages d’une enquêtrice au caractère bien trempé.

En effet, la série policière Candice Renoir, diffusée par France 2 depuis 2013, a largement participé au développement de la filière audiovisuelle dans la région Occitanie, selon Caroline Delpoux, assistante en charge du référencement et de la valorisation des techniciens et techniciennes de la région Occitanie à la Commission du film Occitanie.

 

« Candice Renoir » est tournée à Sète. © France Télévisions

« La Commission a favorisé l’installation de Candice Renoir à Sète. La série a misé sur notre territoire et sur notre potentiel humain en embauchant localement. Cela a complètement transformé notre écosystème audiovisuel. Depuis, en cinq ou six ans, l’accroissement de l’activité a été considérable », constate-t-elle.

 

« Demain nous appartient » (TF1) a posé ses valises à Sète en 2017 © DR

Il est vrai que depuis l’arrivée de la policière incarnée par Cécile Bois, l’Occitanie a su attirer d’autres séries, notamment des quotidiennes, permettant ainsi aux lieux de tournage d’être en activité tout au long de l’année. Demain nous appartient (TF1) a posé ses valises à Sète en 2017 tandis qu’Un si grand soleil (France 2 puis France 3) s’est installé à Vendargues en 2018, et qu’Ici tout commence (TF1) anime le village de Saint-Laurent-d’Aigouze depuis 2020.

Ces dernières seront bientôt rejointes par la nouvelle quotidienne de M6 ce qui permettra, par ailleurs, de développer les studios de Vendargues, comme l’a annoncé en septembre dernier Delphine Ernotte-Cunci, directrice générale de France Télévisions.

 

Le rôle de la Commission du film

Attirer les tournages et faciliter leur accueil sont les deux missions de la Commission du film Occitanie (entité d’Occitanie Films). Pour y parvenir, la Commission est en lien avec la région mais aussi avec le ministère de la Culture, le CNC et le réseau national des Commissions du film.

« Notre Commission existe depuis une vingtaine d’années mais a pris de l’importance cette dernière décennie. Pour aider les tournages, nous mettons à leur disposition des bases de données et des annuaires. Ainsi, ils peuvent recruter facilement et localement », explique Caroline Delpoux.

 

De gauche à droite : l’animatrice Véronique Dumon, Thierry Muscat, Caroline Delpoux, Monalisa Marchand, Sabrina Barkate et Thaïs Reunaud. © Enora Abry

 

Dans ce fichier, les sociétés de production peuvent trouver plus de 1 650 techniciens, 1 000 comédiens et 220 entreprises de services et de prestations techniques. Le tout couvre les treize départements de la région. « Grâce à ce fichier nous sommes en contact direct avec eux. Nous identifions aussi les nouveaux arrivants et nous voyons quelles équipes ils pourraient intégrer. Cette dynamique est renforcée par les nombreuses rencontres professionnelles qui sont organisées dans la région », ajoute-t-elle.

Outre l’accroissement de l’activité, la Commission souhaite aussi sa diversification. « Les quotidiennes sont essentielles car elles embauchent massivement, mais elles ne sont pas les seules sur notre territoire. Depuis environ quatre ans, nous accueillons une quarantaine de longs-métrages par an [les derniers étant des grands succès comme Le Comte de Monte Cristo de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière ou Miséricorde d’Alain Guiraudie, ndlr]. Puisque les productions sont majoritairement localisées en Île-de-France, nous les attirons en mettant en avant le savoir-faire de nos techniciens. Nous les encourageons à se diversifier dans leurs postes et à faire évoluer leurs parcours professionnels », détaille Caroline Delpoux.

 

Zoom sur l’École Travelling

Afin d’accueillir ces nombreux tournages et si possible augmenter encore leur nombre, la région Occitanie doit être dotée d’un vivier considérable de techniciens. « Nous avons très vite identifié les métiers en tension en discutant avec les employeurs des quotidiennes et les autres productions. Ce qui s’est passé ces dernières années au niveau national, nous l’avons ressenti à la puissance dix car nous n’avions pas du tout le potentiel numéraire. Nous avons fait remonter ces informations aux financeurs des formations professionnelles et la région a été très réactive », raconte Caroline Delpoux.

L’Occitanie a également reçu un coup de pouce via l’appel à projet de La Fabrique de l’Image (2023) puisque onze de ses projets ont été retenus, parmi lesquelles cinq développements de formations. Un des établissements à en bénéficier est l’École supérieure du cinéma Travelling, basée à Montpellier. Cette dernière va pouvoir ajouter une formation à la création de décors en plus de ses cycles dédiés au son, au scénario, à la réalisation et aux VFX.

« Nous avons créé l’école et ses parcours initiaux en 2017, puis nous avons ajouté des formations à destination des professionnels [celles-ci concernent tout type de métier comme les machinistes, électriciens, accessoiristes, maquilleurs ou monteurs, ndlr]. Nous prenons le pouls de l’industrie en discutant avec les productions sur place, mais aussi avec les autres écoles de cinéma afin que nous soyons complémentaires. Le but est de créer un cercle vertueux », explique Sabrina Barkate, responsable de la formation professionnelle à l’École Travelling.

« Nous nous sommes rendu compte que nous avions principalement besoin de métiers de plateau, et surtout d’assistants, pas de chefs de poste. Nous formons nos étudiants dans ce sens en maximisant la pratique sur les tournages. Leur expérience leur permettra par la suite d’accéder à des rangs de chefs de poste », ajoute-t-elle.

En plus du développement de ses formations en interne, Travelling incite ses étudiants et professionnels à participer à des journées d’enseignements animées par d’autres organismes pour s’initier à de nouveaux métiers, comme un cours de sensibilisation dédié à la coordination d’intimité animé par Le Socle Formations.

 

Un tremplin pour les jeunes

« Je viens de Montpellier et à l’époque, dans les années 1990, on ne pouvait pas y faire du cinéma. Il y avait des projets à Nice, à Marseille ou à Paris, mais rien près de chez nous. J’ai dû monter à Paris », se souvient Thierry Muscat, directeur de production. Depuis, l’évolution de l’activité lui a permis de retourner dans sa région, notamment au moment de la production du film Le Poulain de Mathieu Sapin (2018) dont certaines scènes ont été tournées près de Montpellier.

En effet, la nouvelle attractivité du territoire occitan permet aux jeunes diplômés de commencer à exercer près de chez eux et d’y construire une carrière. Monalisa Marchand, administratrice de production, en a fait l’expérience : « Au départ, je ne trouvais pas d’opportunité dans l’audiovisuel aux alentours de chez moi. Je me suis tournée vers le spectacle vivant. Puis en 2023, j’ai intégré Travelling. Les étoiles se sont alignées et j’ai pu travailler directement. D’abord pour un volet de la série de films Netflix Balle perdue, puis pour Un si grand soleil. La continuité qui existe entre la formation et les tournages est la vraie richesse de la région Occitanie, puisqu’elle nous offre un réseau précieux. »

 

« Un si grand soleil  » (France 2 puis France 3) s’est installé à Vendargues en 2018 © DR

De son côté, Thaïs Reynaud, machiniste, a aussi pu faire ses armes dans la région grâce à Travelling qui lui a permis de travailler sur les tournages d’Ici tout commence et Un si grand soleil. « Travailler en Occitanie est un vrai bonheur. Mais il faut garder à l’esprit que nous n’avons pas le même niveau que les étudiants parisiens. Eux sont habitués aux longs-métrages et nous, à la quotidienne », souligne-t-elle.

Toutefois, selon Thierry Muscat, les barrières qui persistent entre les techniciens spécialisés en feuilletons et ceux dédiés au cinéma sont sur le point d’être levées. « Au départ, il y avait beaucoup d’aprioris sur les techniciens et les comédiens en région. On disait : “S’il fait de la quotidienne, on ne le prend pas.” Mais depuis l’arrivée des séries très ambitieuses, notamment celles produites par Canal+, le monde du cinéma et celui de la télévision se sont mélangés. Les mentalités évoluent, notamment grâce aux usages. On voit de plus en plus de grands projets arriver dans notre région et les employés locaux font leurs preuves. De plus, les nouvelles formations créées pour les métiers manuels, pour les machinistes ou les électriciens, crédibilisent les fonctions et attestent d’un certain niveau, ce qui rassure les productions. »

 

La série « Surface » sortira courant 2025. © Quad Drama / France Télévisions / Baptiste Langinier

 

Comme en témoigne le parcours de Thierry Muscat, l’attractivité de l’Occitanie est aussi nourrie par le retour de ceux qui ont travaillé à Paris ou ailleurs : « En tant que directeurs de production, nous sommes les prescripteurs de notre région. Nous en connaissons les décors et les techniciens. C’est à nous de les mettre en avant », affirme-t-il.

La qualité des formations, la synergie entre les différents pôles (école, production, tournage) et la beauté des décors promettent à l’audiovisuel occitan de beaux jours devant lui. Très prochainement, la région sera au centre du petit et du grand écran, notamment avec le film L’homme qui a vu l’ours qui a vu l’homme de Pierre Richard et la série Surface de Slimane-Baptiste Berhoun.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.86-88