Quand nous l’avons rencontré, Arnaud Malherbe – qui l’on doit l’écriture et la réalisation de l’excellente série Moloch, diffusée sur Arte – venait d’achever le montage de sa fiction cinéma tournée dans le Morvan… Si un scénario peut parfois se laisser mijoter comme un bon plat, celui d’Ogre fait sans doute partie de ce cas de figure tant son créateur l’aura maturé pendant de nombreuses années !
Lorsque l’on étudie le parcours d’Arnaud Malherbe*, on devine que celui-ci peut nous emmener dans des univers particuliers où le réel côtoie le surnaturel sans que l’on n’y retrouve rien à redire.
Pour son premier long-métrage de cinéma, le metteur en scène a choisi d’écrire et de réaliser un conte fantastique. Au casting, on retrouve Ana Girardot, l’enfant Giovanni Pucci et Samuel Jouy.
Arnaud Malherbe compte à son actif des courts-métrages, mais aussi les téléfilms Belleville Story et Chambre noire ou encore les séries Chefs et Moloch (écrites avec sa compagne Marion Festraëts).
Le scénario de Ogre est construit autour de Jules (6 ans) et de sa mère Chloé (35 ans) qui s’installent au milieu des forêts et des champs du Morvan. Chloé, institutrice, reprend l’école du village. Une nouvelle vie pour oublier, peut-être, un passé trouble. Quand Mathieu, un jeune médecin, se rapproche de Chloé, Jules s’inquiète. Il est persuadé que Mathieu est un ogre qui veut le séparer de sa mère afin de le dévorer…
En 2017 le scénario obtient le grand prix Climax mettant chaque année en lumière un projet de film de genre. Produit par Laurent Lavolé de Gloria Films Production, Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert pour 2.4.7 Films, Ogre est également coproduit par Panache Productions, la Compagnie Ciné-matographique, Digital District mais aussi The Jokers Film (chargé de distribuer le film dans les salles françaises) et par Playtime (qui s’attelle aux ventes à l’internationale).
Préacheté par les chaînes Canal+ et Ciné+, le long-métrage bénéficie de l’aide spécifique aux films de genre du CNC, du soutien de la région Bourgogne-Franche-Comté et des Sofica Cinéaxe et Cinécap. Le budget global de Ogre s’élève à 2,8 millions d’euros.
Un tournage à rebondissements
Dans un film de genre, la tonalité de l’image soutient le propos et on peut faire confiance pour cela à Arnaud Malherbe pour qui chaque détail compte : « Mon rapport à la technique est variable en fonction des films mais j’ai toujours les idées claires sur ce que je veux obtenir. J’interviens beaucoup sur le cadre. D’ailleurs, lorsque j’écris un scénario j’y pense déjà. J’aime également exploiter au maximum les profondeurs de champs et les bascules de point. »
Pour la série Moloch, qui avait obtenu le prix de meilleur scénario à Cannes Série, le réalisateur avait collaboré avec le chef opérateur Christophe Nuyens. Le choix de la caméra s’était alors porté sur une Red Monstro et son format 8K. Pour Ogre cette fois, la directrice photo Pénélope Pourriot et Arnaud Malherbe ont retenu l’Arri Mini Alexa.
Faute de budget conséquent, les plans au steadycam ont été abandonnés au profit de quelques séquences tournées à l’aide d’un ronin. « Il faut savoir s’adapter au budget et cela m’a obligé à revoir certains plans, mais au final ces contraintes ont certainement apporté quelque chose au film », poursuit l’auteur réalisateur.
D’autres adaptations, plus imprévues, ont dû être nécessaires. Le premier jour de tournage débute le 2 mars 2020 mais la machine stoppe brutalement le 16 à cause de la Covid. S’en suivent douze semaines d’interruption forcée qui auraient pu altérer les énergies, mais là encore les contraintes ont, semble-t-il, permis à Arnaud Malherbe de bénéficier d’un recul positif.
« Un peu sous le choc au début, ce délai m’a permis finalement de me plonger encore davantage dans le découpage de chaque scène. Cela était d’autant plus intéressant que j’avais l’expérience de deux semaines de tournage et donc d’une parfaite connaissance des comédiens et des décors. Durant cette période, je n’ai rien lâché sur les besoins en termes de lieux de tournage. Il était hors de question pour moi de ne pas pouvoir conserver l’ensemble des sites trouvés lors des repérages et en préparation. J’accorde d’ailleurs énormément d’importance à ces étapes qui, à mon sens, déterminent à 80 % la qualité d’un film », prévient-il.
Décors et comédiens restent fort heureusement disponibles à la reprise le 15 juin. Il aura fallu tout de même diviser par deux le nombre de figurants sur le plateau afin de respecter les nouvelles normes sanitaires. Les scènes de « groupes » sont cependant sauvées. La grossesse d’Ana Girardot, encore invisible au début du tournage, se voit davantage après les longues semaines d’interruption. Les plans sur la comédienne se font donc un peu plus serrés et le travail en postproduction doit rendre ces quelques formes invisibles.
Un étalonnage scrupuleux
Quatorze semaines sont dédiées à l’ensemble de la postproduction du film, un temps tout à fait convenable notamment pour un réalisateur habitué, sur la série Moloch, à quatre petites semaines par épisode de 52 minutes. Comme sur le programme d’Arte, c’est avec la cheffe monteuse Florianne Allier qu’Arnaud Malherbe collabore : « Après avoir pris trois semaines de vacances après le tournage, j’ai tenu à être présent au montage dès le premier jour. Pour les effets spéciaux, nous avons travaillé avec Digital District. Nous avons mixé des séquences réellement tournées à de pures VFX. Nous avons par exemple augmenté à certains moments, de manière virtuelle, la taille de l’ogre par rapport aux autres personnages. »
L’étalonnage, effectué chez Color, s’est déroulé sur deux semaines. L’effort principal a été porté sur l’accentuation des contrastes, tout en assumant des couleurs soutenues. La volonté de l’équipe était de ne pas sombrer dans le cliché du film fantastique, avec une image forcément bleutée par exemple. Il a fallu traiter également les nombreuses scènes de nuit américaines imposées par la limitation du nombre de jours de tournage. Selon le metteur en scène, ces séquences sont très largement assumées grâce à l’ambiance un peu spéciale qu’elles procurent aux images. Le spécialiste Polyson s’est occupé des étapes de mixage et des différents traitements audio. Comme pour Moloch, c’est le compositeur Flemming Nordkrog qui signe la musique originale de la fiction.
Arnaud Malherbe, la plume et la Fiction….
Après avoir été journaliste pour le magazine L’Express durant sept années au cours desquelles il a notamment signé des critiques de cinéma, Arnaud Malherbe s’oriente vers l’écriture de fiction.
« J’étais sans doute un peu déçu du chemin que prenait le métier avec de moins en moins de vrais reportages. Du réel, je suis passé à l’imaginaire », se souvient le natif du Perche. Le futur ex-journaliste se forme au scénario à la Femis, puis écrit pour la télévision, le cinéma mais aussi la BD. L’éditeur Dargaud, lui achète les droits de Belleville Story. Perriot le met en dessin, tandis qu’en parallèle Arnaud (qui a entretemps mis en scène plusieurs courts-métrages) réalise lui-même le téléfilm pour Arte. À l’occasion du festival de la fiction de la Rochelle 2009, c’est la consécration pour Belleville Story qui obtient le prix de la révélation masculine pour l’acteur principal Paco Boublard, mais aussi la récompense de meilleur téléfilm.
Plus récemment, c’est la série en huit épisodes Moloch, produite par Xavier Matthieu de Calt Studio (diffusée sur Arte), à l’univers à la fois angoissant et intrigant, qui assoit encore un plus la notoriété d’Arnaud Malherbe.
Le succès public est complété par une reconnaissance du milieu professionnel. L’ambiance singulière du réalisateur, qui mélange à la fois le réel du suspens policier à une ambiance fantastique, est une marque de fabrique qui puise sans doute son origine dans sa propre enfance.
« Le fait d’avoir grandi à la campagne m’a fait assurément travailler l’imaginaire. Je n’allais pas au cinéma mais je suis imprégné de téléfilms et de lectures de l’époque. Un jour, quelqu’un vient me parler après avoir vu la série. Il m’explique que Moloch est un personnage d’un album de la bande dessinée Alix. Je n’avais jamais fait le lien mais il est fort à parier que c’est de ce souvenir de lecture, ancré dans mon subconscient, que m’est probablement venu l’idée du titre de la série », confirme Arnaud Malherbe.
Filmographie Cinéma et Télévision du réalisateur
- Pépins noirs (2004), (scénario) sélectionné au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand.
- Harkis (2006) d’Alain Tasma (scénario)
- Good Job ! (2007) (scénario et réalisation)
- Dans leur peau (2008) (scénario et réalisation)
- Macadam Peau-Rouge (2008) (scénario et réalisation)
- Belleville Story (2009) (scénario et réalisation)
- Chambre noire (2012) (scénario et réalisation)
- Chefs (2015) (scénario avec Marion Festraëts et réalisation)
- Moloch (2020) (scénario avec Marion Festraëts et réalisation)
Pour découvrir Ogre, rendez-vous dans les salles de cinéma le 20 Avril 2022 !
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 52-54. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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