C’est en février 2019, qu’Olivier Gouze, ancien coordinateur de production chez AMP Visual TV, rejoint l’équipe de Stop & Go Production, spécialisée dans la production audiovisuelle.
Quelles sont les caractéristiques et les choix techniques de ce car ?
Nous voulions un car de nouvelle génération qui soit évolutif et qui puisse nous permettre d’aller sur de nouveaux marchés. Le premier marché visé étant le spectacle vivant parce que Stop & Go Production fait 99 % de sport. Le nouveau car complétant notre flotte est en full 4K et hybride SDI/IP. Il pourra se positionner pour des types de contenus comme les festivals, des concerts ou du théâtre.
Le second marché est celui de la captation en progressif. Sur le sport, maintenant, il y a une grosse demande liée à Amazon, au foot, etc. Et maintenant la diffusion se fait à 95 % sur le Web. De plus en plus de nos clients demandent de travailler en progressif. La particularité de Stop & Go c’est que nous fabriquons nos cars nous-mêmes, de la remorque à l’intégration du matériel. Nous sommes partis d’une remorque que nous avons achetée et que nous avons aménagée. Tout est fait en interne y compris le mobilier intérieur.
L’ingénierie a été faite avec Jérôme Diaz. Pour Stop & Go, c’est un investissement d’un peu plus de 900 000 euros, ce qui est très lourd. Nous avons fait le choix d’une architecture hybride autour des outils de Riedel pour la partie grille du car, MicroN UHD, et pour les caméras nous avons travaillé avec Panasonic. Nous avons fait l’acquisition des dernières caméras AK-UC4000.

Vous avez mis combien de temps pour la fabrication ?
Nous avons acheté la remorque en décembre 2021 et le camion est sorti le 2 juillet pour le premier tournage. Avec tous les problèmes d’approvisionnement que le monde entier connaît actuellement, tout le matériel a mis, on va dire, deux à trois fois plus de temps à être livré que d’habitude. Le camion a été fabriqué en six mois, ce qui est très rapide, entre la décision, la mise en fabrication.
C’est un camion qui n’a pas de soufflet, c’est bien ça ?
Non, celui-là n’a pas de soufflet. Il fait 6,50 m de long sur 2,55 m de large. À l’intérieur, on peut travailler à quatre personnes dans la partie espace réalisation, deux ingénieurs de la vision, j’ai prévu deux postes d’ingénieurs vision, un chef de car et un poste ingénieur du son. Le car est Full Dante, Full Madi. On n’est pas Full IP pour l’instant, c’est un choix technologique. Le car est doté de base de huit caméras Panasonic UC4000 en fixe. On peut monter jusqu’à douze caméras, c’est-à-dire qu’à ces huit caméras fixes, on peut rajouter après quatre caméras HF ou deux tourelles, plus deux HF. Le premier tournage a eu lieu le 2 juillet pour Webedia et nous étions dans une configuration à huit caméras en 1080p.
Vous travaillez majoritairement en HD ?
Là, on a travaillé en 1080p. On choisit en fonction de ce que nous demande le client. Soit on travaille en HD traditionnelle, en « i » ou en « p ». Si évidemment le car passe en 4K, les capacités seront légèrement moindres, liées tout simplement à la gestion des flux vidéo qui est multipliée par quatre.

Sur la partie audio, vous pouvez travailler sur du multicanal ou vous êtes stéréo ?
On n’est qu’en stéréo sur ce camion-là, parce qu’on n’a pas de demande encore sur le marché. Si on fait de la captation, on peut faire du multipiste, c’est une console Soundcraft Vi1000 donc numérique avec une « stage » avec 42 entrées. Après, on peut tout diverger, ce n’est pas un souci. On peut faire du « multicanal d’enregistrement ». On ne peut pas faire du binaural ou du 5.1, du moins en termes de captation.
Vous avez également un serveur EVS ?
Oui, il est à demeure, mais il peut servir pour d’autres opérations. Nous avons la chance d’avoir dans le parc un XT-VIA ce qui nous permet, avec cette technologie, de pouvoir beaucoup mieux manager la gestion. C’est un six canaux, mais avec la techno Via l’avantage c’est qu’on peut acheter des canaux supplémentaires, ce qui évite d’avoir à immobiliser par exemple un douze canaux dans ce camion. Ces caméras peuvent faire de l’hyper slow motion en x4.
Et vous êtes raccordés comment ? En fibre entre les caméras et le mélangeur ?
Alors, entre les caméras et le CCU, nous sommes en fibre traditionnelle, on peut être aussi en flux monomode. Nous faisons beaucoup de captations de courses automobiles et nous sommes habitués à couvrir de grandes distances, donc on utilise les caméras à plus de 1 000-2 000 mètres. Nous avons 15 km de fibre monomode.
Vous êtes amenés à vous déplacer hors de votre périmètre géographique, ce sont des choses que pouvez faire ?
Nous nous déplaçons beaucoup en Europe, parce ce nous sommes prestataire sur sport mécanique au Portugal, en Autriche… Et évidemment ce nouveau camion peut être amené à se déplacer dans toute la France et aussi sur le marché européen ou parfois nord-africain. Ce format de camion peut aller un peu partout. Il faut un permis spécial, mais on n’est pas assujetti au chronotachygraphe, au temps de route, donc on a une flexibilité un peu différente. L’avantage c’est que quand on se déplace, on peut voyager avec quatre ou cinq techniciens parce que le camion-remorque possède six places. Cela évite une voiture de location ou des frais de déplacement inutiles. Souvent l’équipe part avec le camion, voyage, arrive sur place et après l’utilitaire permet d’aller à l’hôtel le soir, etc. On a vraiment cherché à réduire les frais kilométriques, les frais de billetterie d’avion, d’hôtel, surtout maintenant ! Nous sommes satisfaits du choix stratégique que nous avons fait.

Il fait quel poids ?
L’ensemble ne dépasse pas 7,5 tonnes, la remorque fait 3,3 tonnes exactement.
En dehors du car, vous avez également mis en place une cellule de Remote Production, que pouvez-vous en dire ?
Pour le Remote Center, nous l’avons créé de toutes pièces dans les bureaux de Master Films (Stop & Go et Master Films ont fusionné en début d’année) avec une superficie d’à peu près 150 m². Le client qui nous a permis de mettre cet outil en place était la Ligue nationale de volley. On a signé un contrat pour produire soixante matchs de Ligue A et B et Ligue féminine en remote production, à peu près deux matchs par semaine. Le Remote Center est composé de deux remote production simplifiée. Il y une troisième régie remote qui est une remote dite traditionnelle où, là, on vient intégrer en fonction des besoins. Actuellement, il y a un mélangeur Dyvi et on y associe des périphériques en fonction des demandes clients, ça va d’une machine ralentie, machine d’habillage, etc.
Pour les deux autres régies, nous collaborons avec EVS, nous avons des X-One. Nous travaillons avec Aviwest pour la transmission des images, nous avons un parc de quinze Aviwest, quinze émetteurs Pro 380. Nous avons fabriqué un « kit volley » avec cinq caméras qui, en gros, partent en début d’année. On ne revoit le matériel qu’à la trêve hivernale et à la fin de saison, c’est-à-dire que ce matériel est mis en flight case et transporté par des transporteurs dédiés, de salle en salle ou de match en match. Donc, on peut avoir parfois un match le vendredi à Lille et le samedi à Cannes. Nous collaborons avec des techniciens locaux qui font l’installation des caméras et des émetteurs. Pour un match de volley qui commence à 20h, les deux techniciens arrivent à 15h. Il y a très, très peu de câbles à tirer, le technicien récupère le matériel, l’ouvre, l’installe, exploite, démonte et redonne le matériel au transporteur qui vient le récupérer à 23h.
Nous recevons toutes ces images au Remote Center, via quatre StreamHub, après, comme pour une régie traditionnelle, les vidéos arrivent dans les mélangeurs. Le Remote Center a été fabriqué en l’espace de quatre mois, tout le mobilier et toute l’intégration ont été faits en interne.
Et là justement, ce que vous faites pour la Fédération française de volley c’est diffusé où ?
Comme beaucoup de ligues et de fédérations disposent maintenant de leur propre plate-forme, il y a de nombreux sports qui ne bénéficient pas de droits télé et ont donc pris la décision de diffuser sur leur propre plate-forme moyennant un abonnement. Ça, c’est un marché en devenir.
Il y a du potentiel ?
Il y a encore de la « place » et nous avons prévu de quoi étendre si besoin le Remote Center : on a encore 80 m² de disponible. L’infrastructure de base est là, après ce sont les débits fibre Internet qui devront augmenter, mais ça c’est pareil, on a sécurisé notre installation avec deux fibres, deux prestataires différents et on a fait une demande de raccordement via le CERT en fibre dédiée.
On fait aussi de l’événementiel avec ce Remote Center, comme le premier vol du nouvel Airbus A321XLR qui a volé depuis Amsterdam et on a fait une réalisation avec quatre caméras en remote. Ce sont uniquement les caméras, le matériel et un cadreur qui ont voyagé, le reste des cadreurs étaient des locaux.
La solution Remote de par son rapport qualité/prix intéresse de nombreux clients qui ne pourraient pas s’offrir une captation traditionnelle, et plusieurs clients dans le monde du sport comme pour la société Oxygen ayant droit des tournois ATP Challenger France et la FFTRI ( Fédération Française de Triathlon ) ont signé avec nous. De plus en termes d’empreinte écologique, nous favorisons une décarbonation de la prestation avec moins de déplacements, de transports humains et matériels.
Car
- Mélangeur Blackmagic Design Constellation 8K 40/20
- 8 caméras Panasonic UC4000 4K
- 4 Rec HD/SSD Blackmagic Hyperdeck Studio
- 1 Replay EVS XT-VIA
- Console audio Soundcraft Vi 1000
- Grille Riedel Micro UHD/HD
- Lawo VSM Control Panel
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #48 p. 28-30