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Paris 2024 – France Télévisions en grand

Une couverture médias sans précédent, des moyens techniques toujours plus innovants, un bond technologique pour toute l’industrie des médias… Les gros événements sont souvent un accélérateur de technologie et de transformation.

France TV élabore la couverture de l’événement depuis deux ans. Frédéric Gaillard, responsable de la production des JO Paris 2024 à France TV, nous fait entrer dans les coulisses de cette production hors normes.

 

France TV détient l’exclusivité des droits audiovisuels en clair pour la France. Vous produisez les JO depuis trente ans, qu’est-ce qui différencie cette édition, à Paris, des autres olympiades en termes de dispositif technique et d’organisation pour France TV ?

Frédéric Gaillard : On avait l’ambition de faire plus. Tout s’est mis en route dans la chaîne entière. Tout le groupe France TV a été impliqué : programmes jeunesse, programmes culture, JT, les régions en métropole, l’outremer… Il y a quatre ans, on s’est dit que notre ambition est d’être le plus large et le plus fédérateur possible. Sur les antennes de France 2 et France 3, ce sera 90 % du sport et des JO.

 

Frédéric Gaillard, jour de victoire française. Souhaitons de beaux succès aux athlètes français. © Collection Frédéric Gaillard

Pouvez-vous nous en dire plus sur les moyens techniques mis en œuvre ? France TV reprend le signal international des compétitions, produit par OBS en UHD et ensuite ?

France 2 diffusera les compétitions en HD et en UHD natif (80 % en UHD). Le plateau principal sera face à la tour Eiffel, sur le toit du musée de l’Homme, au-dessus du musée de la Marine, avec onze caméras et une grue. Sa régie, le car UM1 entièrement UHD, sera basée à France TV. La régie 2 du siège produira les JT. Tous les moyens seront au siège de France TV à Paris, où nous avons créé notre propre centre de production (International Broadcasting Center ou IBC). Le son sera produit en Dolby Atmos. 70 % de la population devrait même pouvoir capter France 2 en TNT grâce au DVB-T2. L’image sera 4K UHD en HDR 10, avec une profondeur de 10 bits en Wide Colour Gamut (norme BT.2020), le tout à 50 images par seconde. Le son sera proposé en AC-4.

 

Dans la pratique, comment va se dérouler la couverture des JO sur France 2 ?

Le programme de France 2 commencera avec Télématin dès 6h30, puis à 9h avec les premiers sports. Le journal de 13h sera tourné depuis le plateau du Trocadéro. Ensuite, on bascule sur France 5 avant de revenir sur France 2 après le 13h. Le JT de 20h sera suivi d’une émission spéciale avec du public vers 23h15 à 1h30 du matin environ. La journée, nous nous concentrons sur les athlètes français. La nuit, nous diffuserons les meilleurs moments de la journée.

Le car de production UM1 de France TV lors du match victorieux de l’équipe de France de rugby face à l’Angleterre le 16 mars 2024 à Lyon pour le Tournoi des Six Nations. © Ludovic Mouchel

 

Les passionnés pourront ainsi voir les meilleurs athlètes du monde entier la nuit sur France 2. Qu’en est-il de France 3 ?

Le programme de France 3 HD sera upconverti en UHD. L’antenne sera active du matin jusqu’à 23h30, puis des rediffusions la nuit. Le focus sera mis sur les sports collectifs. Un gros plateau sera installé au Club France à la Villette (ses dimensions sont 15 m x 15 m x 15 m) avec une régie en « flight case », reliée à la régie 3 au siège de France TV, utilisée depuis dix ans pour la production en HD. C’était trop serré pour faire passer la régie 3 en UHD à temps pour les Jeux.

 

Comment le digital est-il intégré dans votre dispositif ?

Le programme numérique de france.tv Paris 2024 aura son plateau dans le hall de France TV. C’est orienté vers le streaming et les jeunes, style youtubeurs, avec une couverture des sports émergents comme l’escalade, le basket 3×3 et le surf (diffusé la nuit). L’antenne sera active de 8h à minuit, suivie de rediffusions. Ce plateau sera relié à la régie 1.

 

Quid des équipes légères pour les reportages ?

Nous avons 46 équipes de tournage réparties entre les JT, les régions, les stations d’outremer et les sports. Une quinzaine d’équipes seront dédiées aux interviews « à la Nelson Monfort » dans la zone mixte. En tout, nous aurons quasiment trois chaînes simultanées en continu.

 

Le choc des cultures – épisode 1 : réaliser une émission dans le cloud pour alimenter en direct la chaîne france.tv Paris 2024. Plutôt que d’utiliser le clavier et la souris, des interfaces de contrôle ont été connectées. Dès le début des JO, cette même chaîne 100 % digitale suralimentée par la régie 1 puis par la régie 3 pendant les Jeux paralympiques. © France Télévisions

Rappelons que la zone mixte permet aux athlètes, entraîneurs, officiels et médias d’interagir. Autre lieu… quand on parle des JO, on pense bien entendu au stade olympique…

Au Stade de France, nous avons une grosse plate-forme dédiée à l’athlétisme dès le 31/7 jusqu’à la fin des Jeux. Jusqu’à quatre personnes peuvent intervenir.

 

Donc vous reprenez le signal international d’OBS et vous ajoutez la « touche France TV » (un clin d’œil au passage aux passionnés de rugby dont vous faites partie !). On vient de parler des plateaux et des épreuves, mais votre couverture des JO s’appuie également sur un sacré dispositif avec de nombreux tournages en métropole et à l’outremer dès 6h du matin !

Le principal défi est de gérer trois programmes JO différents avec trois plateaux distincts. Nous devons également nous assurer que tout fonctionne parfaitement, avec un lien data de 700 gigabits entre l’IBC et France TV. Le défi humain est également important, avec environ 1 000 à 1 200 personnes mobilisées pour le projet, puis 300 pour les Jeux paralympiques. Sous l’œil du directeur adjoint en charge de la production Gilles Silard, on forme un binôme avec Laurence Bessac qui a la responsabilité de tous les moyens techniques. Tout le service des sports et la prod sont mobilisés. Cela représente environ une dizaine de chargés de prod, six régisseurs et sept adjoints de production…

 

La conduite d’antenne de la chaîne, avec au premier plan l’interface TVU Channel du chargé d’édition numérique. © France Télévisions

Donc, plutôt que d’installer trois régies dans l’IBC situé au Bourget, les régies et les équipes restent au siège. Malin ! Donc tous les signaux en direct et même les fichiers transitent par ce « gros tuyau » privé entre Le Bourget et le siège. Et tout ça en tout IP à la norme ST-2110 (plutôt qu’avec du SDI). Le trafic qui effectue le routage des signaux se trouve à quel endroit ?

Le trafic sera à France TV. Une dizaine de LSM enregistre les épreuves et les zones mixtes. Toutes les équipes de France sont qualifiées donc on aura toutes les équipes de France filmées et commentées (dont le waterpolo et le basket 3×3) donc des zones d’interview seront présentes sur tous les sites.

 

Il y a trente ans, vous produisiez le Tournoi des Cinq Nations avec cinq caméras et deux ralentis sur bande. En 2024, vous passez à une dizaine de serveurs EVS LSM de ralenti multicanaux UHD. Sacré contraste ! Autre sport : comment gérez-vous la couverture des épreuves de surf en Polynésie ?

Nous aurons un poste de commentateur amélioré sur place avec un plateau et un présentateur. Les épreuves de surf durent quatre jours étalés sur dix jours. Nous installons des caméras proches des vagues, en plus des zones mixtes. Nos collègues de Première Polynésie créent un programme complet.

 

Restons à l’outremer. Leur JT est lui aussi délocalisé ?

Leur plateau JT se trouvera lui-aussi au Club France à la Villette.

 

Le choc des cultures – épisode 1 : réaliser une émission dans le cloud pour alimenter en direct la chaîne france.tv Paris 2024. Plutôt que d’utiliser le clavier et la souris, des interfaces de contrôle ont été connectées. Dès le début des JO, cette même chaîne 100 % digitale suralimentée par la régie 1 puis par la régie 3 pendant les Jeux paralympiques. © France Télévisions

Les Jeux se poursuivent avec les Jeux paralympiques du 28 août au 8 septembre. Qu’avez-vous prévu ?

France TV va produire quelques sports pour le signal international des Jeux paralympiques et couvrir avec les moyens de la Fabrique les compétitions qui ne l’étaient pas comme le para escrime, le para badminton, le para haltérophilie, le para taekwondo et le para tennis. On garde aussi la régie 3 et le Club France. On va pouvoir donner à chaque personne la capacité de voir son sport en numérique et en intégralité.

 

Donc les spectateurs retrouveront les Jeux paralympiques sur la chaîne france.tv Paris 2024 (Web, applis, FAI…). Côté innovation, quels autres points différencient l’édition 2024 ?

L’innovation, c’est le relais de la flamme. Paris 2024 nous a sollicités pour faire quelque chose sur la flamme. Avec Gilles Silard, on était motivés pour le faire. J’ai porté la flamme à Rio et à nouveau en France cette année [ndlr : c’était un vrai défi technologique]. Quand Romuald est arrivé avec le projet, c’est devenu possible !

 

Nous détaillons d’ailleurs le dispositif de la flamme dans le dossier, on y retrouve notamment Romuald Rat (alias « Monsieur Innovation »). On dirait que l’ensemble du groupe France TV est sur le pont cet été…

On a mobilisé pratiquement 90 % des ressources de France TV dans les régions et à l’outremer : technique, couverture, tournage, reportage. On sent vraiment un engouement dans le projet. Le principal objectif reste de mettre à l’antenne l’ensemble des produits de manière qualitative.

 

Vous me parliez en « off » de Jeux « très sécures et hyper qualitatifs ». Mais la quantité de programmes et de contenus est elle-aussi au rendez-vous ?

D’habitude on a une grosse régie et une régie plus légère. Là, c’est trois programmes JO différents avec chacun son plateau. On doit faire cohabiter trois populations : une pour le numérique avec chat en direct et deux chaînes plus dans l’esprit télévision.

 

« Le défi humain est également important, avec environ 1 000 à 1 200 personnes mobilisées pour le projet, puis 300 pour les Jeux paralympiques », explique Frédéric Gaillard, à gauche sur son selfie, entouré d’une partie de l’équipe de production du Tournoi des Six Nations. Frédéric confesse qu’il a produit un total de 28 Tournois dont six « Grand Chelem ». © Collection Frédéric Gaillard

 

Continuons sur les sujets de ressources humaines (RH). Les JO ont créé en interne une formidable émulation on dirait…

Quand on a une grosse machine, chacun a une appétence pour vouloir produire le meilleur programme. Les sports sont devenus le catalyseur de cette demande. On a pris en compte l’entièreté des demandes. Par exemple, avec les 46 équipes de tournage différentes, la veille de chaque journée, on va centraliser les demandes pour s’assurer qu’il n’y ait pas deux équipes au même endroit sur le même sujet. L’interview sera ensuite partagée pour tout le groupe. On va travailler les uns pour les autres. C’est fédérateur ! D’habitude, les gens sont chacun dans leur silo. Les JT sont traditionnellement en silo. Ici, pas de concurrence en interne, pas de concurrence en externe.

 

Le rythme semble sacrément soutenu depuis le début des directs de la flamme jusqu’à la fin des Jeux paralympiques le 8 septembre. Nous vous souhaitons de bons Jeux !

Les Jeux de Paris 2024 sont un projet hors normes, sur lequel nous travaillons intensément depuis deux ans. C’est une expérience unique de pouvoir réaliser cet événement dans notre propre pays.

 

Le mot de la fin ?

Mon rêve est que 100 % des Français puissent voir les Jeux. Nous mettons tout en œuvre pour que ce soit un événement inoubliable, tant pour les téléspectateurs que pour les équipes mobilisées.

On a hâte ! Rendez-vous à l’automne pour le débrief.

 

LES JO : FORMIDABLE ACCELERATEUR D’INNOVATION

Vous êtes fan de sport à la télé ou sur votre appareil connecté ? Alors vous allez être servi ! France 2 et France 3 réservent la grande majorité de leur antenne pendant toute la durée des Jeux. À cela, on peut ajouter la chaîne france.tv Paris 2024 disponible sur le Web, les applis et reprise par plusieurs fournisseurs d’accès Internet (FAI). Puis cette même chaîne offre une couverture sans précédent des Jeux paralympiques.

Le sport sur écran ne vous fait ni chaud ni froid ? Les Jeux restent traditionnellement un formidable accélérateur d’innovation. L’édition 2024 représente même un tournant. Le cloud, la 5G et la vidéo en tout IP (ST-2110) ouvrent le champ des possibles. Imaginez : on vous donne le feu vert, puis vous montez en quelques mois une chaîne de type FAST (une TV gratuite en streaming avec publicité ou « Free Ad-Supported Streaming TV »). Vous alimentez la chaîne avec des directs tournés en mobilité à une fraction du coût.

 

Article extrait de notre dossier « Les coulisses de Paris 2024 » paru pour la première fois dans Mediakwest #57, p. 50-71