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Paris 2024 – Innovations et défis de la prod dans le cloud

 

À l’été 2023, pour marquer le décompte de la dernière année avant les JO, France TV a produit trois heures de direct depuis une péniche. La réalisation du programme s’est appuyée sur une régie de production dans le cloud pour la réalisation et la combinaison de 5G publique et de Starlink pour la diffusion en mouvement sur la Seine. Cette première incursion dans ces modes de production ont permis de mieux appréhender le challenge à venir.

 

JO 2024 : Suivre la flamme

Le projet de la flamme olympique s’inscrit dans la continuité de cette expérimentation. Mais le challenge est de taille : France TV et Paris 2024 veulent exposer le parcours de la flamme olympique comme il ne l’a jamais été lors des précédentes olympiades. Diffuser en continu et en direct le parcours de la flamme, au contact du public et des territoires, et en faire une production de qualité.

Romuald Rat explique que « lorsque la direction des technologies a été sollicitée sur ce projet, les contraintes étaient extrêmement importantes. Le seul moyen de produire le parcours de la flamme, était de répliquer la production et les moyens engagés sur le Tour de France. Et cela, ce n’était pas entendable, ni d’un point de vue économique, ni d’un point de vue écologique et encore moins d’un point de vue de production puisque toutes les ressources sont mobilisées sur la préparation des JO. Finalement ces contraintes ont été un facteur facilitateur pour avancer vers un nouveau mode de production à une telle échelle. »

Amy Rajaonson nous confie : « On voulait aller un peu plus loin dans la production dans le cloud. Sur la péniche, on avait fait la production dans le cloud, mais pour la flamme, on réalise la production et la diffusion dans le cloud. »

Seulement une partie de la production sur la péniche avait été réalisée dans le cloud (ex : pas d’habillage). Romuald Rat ajoute : « Sur la flamme, c’est l’intégralité du process de fabrication d’une chaîne de TV live qu’on a réalisé dans le cloud : transmissions, synchro des caméras, réalisation, mixage en direct, ordres avec les équipes sur le terrain, commentaires en direct, programmation de la chaîne et gestion de la continuité, et enfin distribution. »

 

Faire cohabiter des sources vidéo en mouvement

Autour de la flamme, ce sont en tout huit sources d’images (sept caméras et une source réalisée) qui sont gérées en direct. Cinq caméras traditionnelles équipées d’un boîtier TVU One avec des cadreurs et un drone se déplacent autour de la flamme. Un journaliste interviewe les porteurs de la flamme, équipé d’un smartphone et de l’application TVU Anywhere pour entrer dans l’écosystème cloud. Le système TVU permet la synchronisation des caméras dès qu’elles sont identifiées. Cela offre beaucoup de souplesse pour ajouter des sources à n’importe quel moment si nécessaire.

Ensuite, tout le processus de production passe par les logiciels de TVU dans le Cloud AWS : TVU Producer pour la réalisation et le mixage, TVU Commentator pour les commentaires, Partyline pour la gestion des ordres avec les cadreurs sur le terrain, et TVU Channel pour toute la gestion de l’antenne et la programmation de la chaîne de type FAST. Le réalisateur, les techniciens et le journaliste aux commentaires travaillent sur des Mac Mini, au travers d’interface Web. Aucun logiciel n’est installé physiquement sur les machines. Enfin, le signal réalisé est distribué vers Wildmoka et vers l’ensemble des repreneurs, principalement vers la plate-forme france.tv.

 

Réinventer les outils dans le cloud

Sur la péniche en 2023, pour faire la commutation des sources sur le mélangeur dans le cloud, la boîte à boutons StreamDeck a été utilisée mais jugée un peu sommaire. Sur la flamme en 2024, un pupitre Skaarhoj PTZ a été configuré pour plus de confort pour le réalisateur dans la régie de prod TVU Producer au siège.

La production du parcours de la flamme utilise un format vidéo en 1080i50. « Tous les récepteurs vers lesquels on livre font de l’entrelacé. On ne voulait pas faire de conversion. Le TVU Channel est entrelacé. Une seule source fait du progressif parmi l’ensemble du dispositif », explique Amy Rajaonson.

Le commentateur utilise la solution Remote Commentator de TVU Networks interfacée avec un boîtier Scoopteam permettant soit de parler à l’antenne soit de parler en régie. Malgré les nouvelles technologies, les usages restent familiers. « On amène les gens dans une toute nouvelle façon d’exploiter. Pour éviter de faire peur, on ne voulait pas leur enlever leurs repères. Donc on a gardé des panels physiques pour qu’ils puissent travailler », souligne Amy Rajaonson.

 

France Télévisions va diffuser sur ses antennes et des chaînes événementielles les différents programmes de Paris 2024. © Adobe Stock / Stelena

JO 2024 : trouver des solutions pour aller plus loin

Fort des retours terrain de la production sur la péniche, Amy explique le choix : « Il fallait partir sur une bulle mobile compacte et en mobilité. Ça n’a pas été évident de trouver des partenaires pour nous suivre dans l’idée. Ça n’a jamais été expérimenté. Quand les TVU accrochent bien la bulle, le réseau est très bon. »

En matière de production, tout se fait dans le cloud. Amy précise : « Les machines virtuelles portent les produits. Plus on ajoute des données d’entrée et de sortie, plus le système est surchargé ; il supporte ou il ne supporte pas. »

Par exemple, certains trucages ont dû être supprimés car la machine virtuelle ne les supportait pas. La sortie programme de la régie de production dans le Cloud TVU Producer alimente le TVU Channel (pour la diffusion de la chaîne france.tv Paris 2024), le nodal de France TV, le PC info et Paris 2024 (pour montrer en temps réel le parcours de la flamme) et alimenter par Wildmoka.

 

Une chaîne dédiée aux JO administrée par l’équipe digitale

La Vidéo Factory de France TV est responsable de la distribution et de la conduite de la chaîne dédiée aux JO (playlist, programmation, watermarking, EPG, marqueurs pub…). La chaîne s’appuie sur des conducteurs gérés par la conduite d’antenne. Emmanuel Guilly défend le choix du cloud : « L’intérêt de la conduite d’antenne dans le cloud ? Des personnels ont été choisis et dédiés pour les rôles éditos sports et les coordinateurs de streaming. On peut gérer des boucles et de l’injection publicitaire en quelques clics. »

Emmanuel Guilly complète : « On a déjà deux chaînes (France TV Séries et Docs) avec deux conducteurs dans le cloud. Les métiers évoluent pour utiliser les outils dans le cloud. Depuis, les idées fleurissent. Je capte des flux, je prends des contenus froids et c’est fait ! Ça va dans le bon sens et la simplification. »

Autre source de simplification, le choix d’une seule plate-forme. « Pour les JO, on a changé de plate-forme pour TVU Networks, pour la production à distance et la distribution 100 % cloud. Les chargés d’édition, rédacteurs en chef et coordinateurs de streaming ont l’outil accessible depuis le cloud. »

Côté distribution, la chaîne est disponible en OTT et sur les box de certains FAI. À la date où paraît l’article « la chaîne est aujourd’hui disponible sur nos environnements OTT (via le CDN Akamai) et IPTV : Web France.tv, Apps Android et iOS (dont Free et Bouygues), MyCanal, Molotov, SmartTV, box Orange legacy et arrivera très prochainement sur Free QTQML et Orange OTT », détaille Emmanuel Guilly. « C’est une solution cloud du début (la production) à la fin jusqu’à la distribution chez les partenaires. »

 

Premiers bilans

Le public est au rendez-vous de la chaîne france.tv Paris 2024. Selon France TV, dès sa première semaine de diffusion, on comptait 17,9 millions de vidéos vues sur france.tv et les réseaux sociaux, et plus de 1,2 million de téléspectateurs. En Juillet, le chiffre est passé à  50 millions de vidéos vues, 3,2 millions de téléspectateurs avec un temps de lecture moyen de l’antenne numérique de 14 minutes… Une belle performance !

« La mise en place d’un tel projet est un travail titanesque », conclut Romuald Rat. « Cela demande beaucoup aux équipes, d’une part pour se projeter dans un nouvel usage, mais aussi pour travailler à la mise en place d’un mode de production et de solution technologique qui n’avaient jusque-là jamais été utilisées. » La mise en place de cette production « Full Cloud » a demandé environ vingt jours pour être rendue plus stable.

« Plus on avance dans les demandes, plus on fait face à des problèmes pas forcément anticipés », raconte Amy Rajaonson. « Cette production m’a fait énormément grandir professionnellement. On l’a fait ! »

Romuald Rat continue : « La richesse d’un partenariat d’innovation nous permet de construire ensemble une solution pas à pas. C’est compliqué, cela demande beaucoup à toutes les équipes. Cela a demandé beaucoup d’investissements à nos équipes et à nos partenaires, notamment TVU Networks sur la production dans le cloud, Obvios et TDF sur la bulle 5G privative. Au final, nous avons un résultat qui dépasse nos attentes et dont l’application ne se limitera pas au parcours de la flamme. »

Emmanuel Guilly complète : « Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce projet, c’est la découverte du monde de la production. On a vraiment travaillé ensemble avec les équipes. C’était incroyable ! Ce projet était un coup de cœur. Ça s’est bien passé, on va rebosser ensemble. L’innovation technologique a été drivée par une ambition éditoriale très forte. On n’a pas fait de la technique pour de la technique. C’est un bon message. France TV a réussi un projet éditorial avec une innovation technologique. On était tous ensemble dans la même pièce, on a eu des problèmes, on s’est soutenus et on y est arrivés. »

La prochaine étape pour les équipes de France TV est de consolider et d’améliorer ce qui a été mis en production, tout en continuant à apprendre et à innover. France TV étudie déjà de nouvelles applications des dispositifs cloud et 5G pour l’après JO. « Ça a été une belle aventure humaine, j’ai rencontré énormément de gens. C’était un projet très éprouvant mais très satisfaisant », conclut Amy Rajaonson.

 

Article extrait de notre dossier « Les coulisses de Paris 2024 » paru pour la première fois dans Mediakwest #57, p. 50-71