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La cérémonie d’ouverture de Paris 2024 sera la première de l’histoire olympique à ne pas se dérouler dans un stade. © KMSP-Paris 2024

Quand la Seine entre en Jeux

 

Le 26 juillet prochain, un milliard de téléspectateurs dans le monde, selon une estimation d’Atout France, devraient suivre en direct la cérémonie d’ouverture sur la Seine des Jeux Olympiques de Paris, la première de l’histoire des JO à ne pas se dérouler dans un stade. L’événement se verra aussi sur grand écran, grâce à l’installation de 65 murs d’images sur les quais hauts du fleuve ainsi que dans les 26 fan-zones aux quatre coins de la capitale.

En charge de la production du signal international, Olympic Broadcasting Services (OBS), le diffuseur hôte, promet de « mettre en valeur les athlètes » et de « donner vie à la vision extraordinaire de l’équipe créatrice de Paris 2024 » au cours d’une cérémonie conçue comme un film de plus de trois heures où vont s’échelonner douze tableaux avec artistes de toutes les disciplines racontant « une histoire de ce qu’est la France et de ce que sera la France », selon Thomas Jolly, le directeur artistique.

 

« Une configuration complexe »

L’événement profitera d’une production native en UHD HDR. OBS déploiera par ailleurs une infrastructure audio sur IP complexe pour produire les sons en audio immersif 5.4.1. « La couverture de la cérémonie d’ouverture constituera la plus grande production événementielle pour OBS à ce jour en termes de ressources humaines et techniques, et représente une configuration complexe », évalue le diffuseur hôte.

Plus vite, plus haut, plus fort ! De fait, selon la devise olympique, la distance à couvrir va donner lieu à un déploiement technologique sans précédent. Plus de 100 caméras jalonneront ainsi les six kilomètres du parcours qu’emprunteront les 10 800 athlètes embarqués sur les 94 bateaux des délégations, sans compter ceux (86 au total), les uns affectés à la sécurité, les autres (quatre) à la production des images, qui descendront la Seine d’est en ouest, du pont d’Austerlitz jusqu’au pont d’Iéna.

Par ailleurs, OBS utilisera pour la partie aérienne trois hélicoptères et jusqu’à huit drones qui, du début à la fin de la parade des délégations, retransmettront des images en direct. Dans le ciel de la capitale, des quadcoptères commerciaux côtoieront un modèle FPV (First Person View, soit « pilotage en immersion »), qui s’attachera à la partie artistique de la cérémonie. « Les appareils ne survoleront pas le défilé », prévient le diffuseur hôte. « Ils maintiendront à tout moment une distance de sécurité avec les athlètes et les spectateurs telle que définie par les autorités de l’aviation civile. »

Dès 2014, un drone embarquant un émetteur RF et une caméra 2K a fait partie de l’arsenal déployé par le diffuseur hôte lors des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi (Russie), avant que l’utilisation d’aéronefs sans pilote se prolonge lors de tous les JO d’hiver et d’été qui ont suivi.

Cette année, la nouveauté est que les drones retransmettront des images en UHD HDR, un standard étrenné par OBS lors des Jeux de Tokyo. Ces drones du commerce, modifiés à des fins broadcast ou adaptés aux besoins de la diffusion hôte, répondent par ailleurs à  la nouvelle réglementation européenne en matière de sécurité, entrée en vigueur cette année, et à des impératifs propres à l’événement « qui vont au-delà de tout ce qu’on a connu jusqu’ici », confie l’une des parties prenantes. « La couverture aérienne va jouer un rôle clé dans la couverture de la cérémonie d’ouverture si le temps le permet », confirme de son côté le diffuseur hôte.

 

Un travelling sur câble et sur l’eau

Quatre bateaux spécialement équipés pour l’occasion permettront de filmer en plan-séquence la flottille des délégations et d’autres événements se déroulant sur les berges de la Seine. © Paris 2024

Deux cablecams 1D, ancrées à des tours construites sur mesure, seront également déployées à des endroits stratégiques du parcours. Non sonorisées et évoluant sur deux fils, elles pourront développer une vitesse maximale de 40 km/heure avec une charge moyenne en vol d’une centaine de kilos. Leur pilotage fera appel à un opérateur. Pour des raisons de sécurité, « vous devez toujours garder la dolly en vue », rappelle un vétéran du secteur.

Enfin, le téléspectateur sera placé au plus près de l’action grâce à quatre bateaux pneumatiques à moteur spécialement équipés pour l’occasion qui permettront notamment de filmer en plan-séquence la flottille des délégations. « Ces bateaux offrent un niveau supplémentaire de stabilité et de maniabilité requis pour l’opération de diffusion sur la Seine et permettront à nos équipes de se rapprocher des délégations sur les différentes embarcations et de capturer différents aspects du spectacle depuis l’eau, plutôt que depuis les berges, les ponts et le ciel », argumente le diffuseur hôte.

Trois des quatre bateaux embarqueront chacun trois caméras UHD avec des têtes gyrostabilisées, dont une montée sur un bras robotique qui suivra le défilé des athlètes. À cet égard, un test in situ organisé le 17 juillet dernier aura permis d’ajuster le mouvement de la caméra, en descendant et montant celle-ci entre les ponts de Paris, afin de filmer les athlètes à la bonne hauteur.

Le quatrième bateau, quant à lui, également équipé de caméras UHD gyrostabilisées, sera utilisé pour couvrir certains événements se déroulant sur les berges de la Seine. « La cérémonie se déroule sur l’eau, dans un corridor entouré de public et dans un décor de monuments historiques. C’est dire que, spécialement pour la couverture aérienne, tout va se jouer au centimètre », résume cet expert des tournages en mouvement.

 

Article extrait de notre dossier « Les coulisses de Paris 2024 » paru pour la première fois dans Mediakwest #57, p. 50-71