De la première production numérique sur laquelle elle a travaillé en 2009 à Lady Sapiens, the experience et Patience mon amour que le public a pu découvrir cette année, beaucoup de ses pixels et constructions interactives ont défilé sur le Web et ailleurs ! Elle a embrassé sa carrière avec passion, en saisissant toujours avec humilité toutes les opportunités que peuvent lui apporter les innovations numériques
Comment êtes-vous devenue réalisatrice d’œuvres interactives numériques ?
Un peu par hasard ! En 2009, je travaillais à Bordeaux dans une agence de communication spécialisée dans la conception de sites Internet publicitaires et institutionnels. Un jour, un producteur parisien, Max Soussana, débarque dans l’agence avec le souhait de produire un blog pour une série. En discutant avec lui, avec le directeur de l’agence, il nous est apparu comme beaucoup plus légitime de développer un projet de fiction interactive. À partir de là, j’ai imaginé toute l’architecture narrative de cette histoire écrite par Vincent Ravalec.
Il s’agissait d’Addicts, la première webfiction d’Arte et ma première production interactive. Celle-ci s’architecturait autour d’un récit développé en temps réel pendant cinq semaines, avec des vidéos et des publications sur les réseaux sociaux… Une fois le projet achevé, je ne voulais plus faire autre chose ! J’ai alors quitté l’agence dans et j’ai cofondé Once Upon, un atelier d’architecture transmédia. C’est le nom que l’on donnait aux productions numériques à l’époque ! Ce qui m’a permis de travailler sur pas mal de projets de web-documentaire, de fictions interactives et, petit à petit, d’aller vers l’écriture.
En 2014, je me suis mise à mon compte et j’ai commencé à travailler comme scénariste interactive et réalisatrice avec Cinétévé, Bachibouzouk, Les Films du Tambour de Soie, Little Big Story. J’ai eu la chance d’être impliquée sur beaucoup de projets très différents. J’ai notamment réalisé pour Arte l’œuvre vidéo pour smartphone Panama Al Brown, le conte interactif La grande histoire d’un petit trait et dernièrement Lady Sapiens pour France Télévisions, ainsi que Patience mon amour pour Arte.
Quelles sont les prérequis pour être un bon réalisateur d’expériences interactives ?
Il n’est pas nécessaire de posséder des compétences techniques pointues, on n’a pas besoin d’être un codeur Web ni développeur Unity. Par contre, il est indispensable de connaître l’éventail des technologies à disposition et il vaut mieux avoir une idée de comment elles fonctionnent, quelles sont leurs possibilités pour pouvoir échanger avec les gens avec lesquels on fabrique les contenus et qui manipulent les logiciels ou développent des applications pour le projet. Il est aussi important de connaître ce qui s’est fait avant pour tirer parti de l’expérience des autres… Mais on peut et on doit aussi apprendre de ses erreurs !
Quels sont les ressorts d’une œuvre numérique interactive ?
Lorsque l’on se lance dans l’aventure numérique, il ne faut jamais perdre de vue que l’histoire doit porter à la fois une logique de fabrication basée sur un logiciel, mais également une logique de distribution, de diffusion. C’est un tout en fait : quand je construis une œuvre interactive, je réfléchis à la fois à une bonne histoire avec une arche, un début, une fin, des dramas, des personnages qui soient attachants… Mais je me pose aussi la question de comment je vais diffuser l’œuvre et où ? Quel est le public qui va rencontrer mon œuvre ? Comment sera-t-elle distribuée ? Ces paramètres influent beaucoup sur la façon de fabriquer l’expérience, sur sa forme… Il me paraît aussi indispensable d’avoir une narration qui s’imbrique, un dispositif qui tient compte du rythme auquel l’expérience sera diffusée, s’il s’agit d’une série. Quant à l’interactivité, elle peut avoir différents niveaux et démarrer du simple clic pour activer une image (ou tourner la page d’un livre) pour aller jusqu’à une interface-narration totale où l’utilisateur est un joueur libre !
Quels sont vos moteurs créatifs ?
Est-ce que je vais raconter une histoire en convoquant le vocabulaire classique du cinéma mais avec de la vidéo verticale parce que je veux le diffuser en stories ou alors est-ce que je vais produire une bande dessinée sur Instagram ? Avant toute chose, je déteste faire ce que j’ai déjà fait ! J’aime toujours aller vers quelque chose que je ne connais pas, défricher de nouveaux univers, me confronter au théâtre, au jeu vidéo… J’ai besoin de me nourrir de nouveaux univers pour avancer sur de nouvelles propositions, et donc à chaque fois, je redémarre à zéro avec un nouveau projet et une nouvelle équipe artistique et technique.
Pouvez-vous nous présenter Patience mon amour, votre dernière expérience proposée au public ?
Patience mon amour est sorti le 12 juillet sur le compte Instagram Arte à suivre. Il s’agit d’une série de trente épisodes en format stories/vidéo verticale où je convoque à la fois les codes de l’audiovisuel et des discussions de type tchat qu’on peut avoir sur nos téléphones avec des applications telles que WhatsApp. C’est l’histoire de Gabrielle qui décide par amour de faire une PMA et l’on suit son parcours. Avec Alice, elle essaie d’avoir un enfant, alors qu’en France l’accès à la PMA n’est pas autorisé pour les femmes lesbiennes et les femmes seules. On suit la trajectoire de cette jeune femme en partageant son intimité. Cette série de trente-et-un épisodes a été diffusée pendant six semaines, à raison d’un épisode par jour du lundi au vendredi.
LADY SAPIENS, FICHE TECHNIQUE
- Autrice et réalisatrice : Camille Duvelleroy
- Narratrice : Rachida Brakni
- Conseillère scientifique : Sophie Archambault de Beaune
- Produit par Sophie Parrault – Little Big Story
- Coproduit avec Ubisoft, France Télévisions, France TV StoryLab
- Production exécutive : Ubisoft et Chloé Jarry – Lucid Realities, avec le soutien du CNC Expériences Numériques
- Distribution : Chloé Jarry, Alexandre Roux – Lucid Realities
DANS LA PEAU DE LADY SAPIENS, L’EXPÉRIENCE…
Lady Sapiens a été développé à partir de l’univers graphique issu du jeu vidéo Far Cry Primal d’Ubisoft.
Ce dispositif transmédia est proposé par France Télévisions dans la continuité d’un documentaire diffusé le 30 septembre sur France 5 dans la case Science Grand Format. L’expérience en réalité virtuelle interactive, qui a été développée à l’initiative de France TV StoryLab, apporte un éclairage inédit sur les femmes de la préhistoire. Camille Duvelleroy, qui en est l’autrice et la réalisatrice, nous offre ici tout simplement la possibilité d’entrer dans la peau de Lady Sapiens !
En complément de cette expérience, qui nécessite une installation physique (casque VR, manettes), une version plus légère de cinq minutes sera aussi disponible en vidéo 360 sur la plate-forme francetvlab.fr. Cette expérience a reçu le Grand Prix PiXii dans le cadre de Sunny Side of the Doc 2021 et était aussi présentée sur le Festival NewImages.
PATIENCE MON AMOUR, LA FICHE TECHNIQUE…
- Scénario : Camille Duvelleroy, Dorothée Lachaud
- Casting : Sophie de Fürst, Isabelle Joly, Zabou Breitman, Mounir Margoum, Stéphanie Boucher
- Coproduction : Arte France, Bachibouzouk, Les Poissons Volants
- Prix de la « Meilleure Série de moins de vingt minutes » au Festival de la Rochelle 2021.
CAMILLE DUVELLEROY VOUS RECOMMANDE 5 ŒUVRES !
- L’application HerStory parce que c’est un jeu narratif pour mobile brillant ;
- Le film Génération 90 parce que Winona Ryder s’interroge sur le sens de sa vie avec sa caméra ;
- Le roman La Maison des Feuilles parce que ce livre est un texte interactif infini ;
- L’installation A mile in my shoes de Clare Patey ;
- L’œuvre vidéo immersive The Four Seasons, Woldgate Wood de David Hockney.
Article paru pour la première fois dans Moovee #9, p.44/46
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