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De gauche à droite : Diane Prieur, directrice technique audio ; Antoine Martin, responsable du département R&D Poly Son et Charles Bussienne, directeur général de Poly Son. © DR

Poly Son, partenaire privilégié des plates-formes

 

Adossée au cimetière du Père-Lachaise, Poly Son reste fidèle à sa situation dans l’Est de Paris. En 2019, date de notre dernière visite, « le département image de Poly Son existait déjà depuis trois ans » se souvient Charles Bussienne alors directeur technique, qui a depuis pris la direction générale. Dans le même temps, Diane Prieur est passée à la direction technique audio et la société a fusionné Hal dans son département R&D désormais piloté par Antoine Martin.

De plus, Poly Son s’est développé, a intégré les technologies Dolby Atmos et Dolby Vision, et pris en compte les cahiers des charges de plates-formes telles que Disney+, Amazon Prime, Netflix ou encore HBO Max qui prennent une part de plus en plus significative dans l’activité. Le prestataire a dû également renforcer son équipe de permanents qui comprend aujourd’hui vingt-cinq salariés. Bilan et réflexions sur tous ces changements avec les trois professionnels.

 

Situé au dernière étage du 11 Villa Riberolle, ce nouveau studio de mix dont l’acoustique est signé Olivier Guillaume a vraiment été pensé pour les plates-formes. On y retrouve un équipement typique d’un audi de mix film (deux Pro Tools HD3, une surface Avid S6 M40 9 knobs 40 faders, un processeur MTRX Studio et un système d’écoute Dolby Home Atmos DK Audio) dans des volumes inférieurs ceux dont on a l’habitude dans le cinéma. © DR

 

Qu’est-ce qui a motivé ton passage à la direction générale ?

Charles Bussienne : Pendant très longtemps, je me suis posé la question de devenir mixeur, mais les opportunités pour le devenir ne se sont pas vraiment présentées et au fil du temps, je me suis finalement beaucoup investi dans l’entreprise. D’un autre côté, le Comité de direction et Nicolas Naegelen souhaitaient étoffer la direction. Ils ont donc lancé une création de poste ouverte aux salariés et je me suis présenté…

 

Et comment se répartissent les rôles ?

C.B. : Nicolas était déjà président et le reste. Mon rôle est de l’accompagner dans la direction sachant que comme l’entreprise s’est fortement développée, on sent bien aujourd’hui le besoin d’être à deux à la direction. Et puis cela permet à Nicolas de transmettre ses compétences, son métier, son expérience. D’ailleurs, il n’est pas vraiment question que Nicolas s’arrête tout de suite…

 

Et pour toi Diane, comment s’est effectué ce changement de poste ?

Diane Prieur : J’ai été recordeuse pendant trois ans et demi chez Poly Son, et je me suis présentée pour succéder à Charles. En fait, entre la prise en main des premières séances en Atmos, la participation à l’installation de nouveaux studios, à la recherche de nouveaux outils et à la conception technique, notamment pour le studio de post-synchro, ou encore à la formation des nouveaux arrivants, j’ai eu plusieurs occasions d’aller au-delà du métier de recordeur. Finalement, le passage au métier de directrice technique s’est fait assez naturellement car l’activité reste dans la lignée de ce que je faisais avant. On peut dire que c’est une transition en douceur qui s’opère depuis mars 2022 et qui a été officialisée en octobre 2022.

 

Et pour toi, Charles, comment s’est déroulée cette transition ?

C.B. : À force de m’investir dans le département son, je prenais naturellement de plus en plus de responsabilités et même si le passage à la direction générale n’est pas si évident, comme je connais bien l’entreprise, que je connais relativement bien le marché et les rouages techniques, l’évolution s’est faite de façon très douce et continue.

 

Et depuis mon dernier passage, vous avez créé de nouveaux studios…

C.B. : Au dernier étage du 11 Villa Riberolle, nous avons ouvert un petit studio de mixage d’une cinquantaine de mètres carrés qui est la copie de celui qui existe déjà au 2 Villa Riberolle. Il répond à une demande récurrente de la part des plates-formes qui souhaitent pouvoir mixer de front plusieurs épisodes en parallèle. Il est très bien équipé mais offre un volume inférieur à celui dont on a l’habitude dans le cinéma. L’acoustique est signée Olivier Guillaume et il est doté d’un monitoring DK Audio Home Atmos, d’une surface Avid S 6 M 40 en version 40 faders…

 

J’ai l’impression que vous avez contribué à lancer la mode DK Audio pour le monitoring…

En exclusivité, gros plan sur la nouvelle enceinte de monitoring active deux voix M12 du français DK Audio. © DR

C.B. : Effectivement, suite à une expérience malheureuse avec des JBL 4722 (un modèle différent des classiques JBL de la série 4000 NDLR), nous avions rencontré François Decruck qui nous avait conseillé d’essayer ses enceintes équipant environ 700 salles de cinéma plutôt prestigieuses. Quelques années après, je l’ai appelé, nous avons fait un test avec des enceintes de prêt que l’on a installées dans un petit studio. L’optimisation et les réglages ont été bouclés en seulement deux heures et nous avons tout de suite été très satisfaits du résultat, donc depuis, nous les installons partout !

 

Mais alors, pourquoi prendre des enceintes destinées à équiper des salles de ciné pour mixer des programmes à destination des plates-formes ?

C.B. : C’est une question intéressante ! Lorsque les réalisateurs de cinéma se sont vu courtisés par les plates-formes, ils ont assez logiquement emmené avec eux les techniciens du cinéma avec qui ils avaient l’habitude de travailler. On a ainsi pu observer un certain glissement des techniciens du cinéma vers la plate-forme. Or, ces techniciens ont gardé les mêmes attentes techniques que pour le cinéma, sauf qu’effectivement, entre la plate-forme et la salle de cinéma, les conditions d’écoute ne sont pas les mêmes. Il a donc fallu trouver un intermédiaire qui soit à la fois qualitatif et répondant à leurs habitudes, et le monitoring DK Audio est, je trouve, une solution qui fonctionne assez bien dans ce cas de figure. Après, bien sûr, c’est souvent une histoire d’habitude sachant qu’on va ajouter, en plus du monitoring cinéma, une petite écoute type Hi-fi pour le contrôle. D’ailleurs, suite à notre demande, DK Audio est en train de développer sa propre gamme d’enceintes de monitoring amplifié, avec DSP intégré, entrées analogiques et AES. La série sera disponible avec des boomers de huit, dix et douze pouces. Nous avons commencé à nous équiper et nous sommes très satisfaits du rendu.

 

Dédié à l’enregistrement des voix, ce studio de post-synchro est doté d’une acoustique variable signée Olivier Guillaume, d’une console Sonosax SX-ES64, d’un Pro Tools HDX, d’une surface Avid S1 d’un Mosaic 2 et d’un système d’écoute DK Audio. © DR

Vous avez aussi ouvert un studio de post-synchro…

C.B. : Oui, il fait 70 m2 avec un volume confortable de 450 m3, et se trouve à l’arrière du 11 Villa Riberolle. Nous avons gardé l’acoustique variable dont nous avons également confiée l’étude à Olivier Guillaume, mais également le monitoring DK Audio, la console Sonosax et la configuration générale optimisée pour la prise son comme nous l’avions déjà dans notre auditorium de bruitage. Les utilisateurs sont ravis car il correspond parfaitement à une vraie demande technique.

 

Cet audi de doublage sert aux plates-formes ou au cinéma ?

C.B. : Il sert aux deux. Il est utilisé pour tous les projets nécessitant l’enregistrement de voix et il vient compléter le studio d’enregistrement plutôt dédié au bruitage que nous avions déjà.

 

Vous avez également ouvert des salles de montage image ?

C.B. : Oui, nous avons récupéré 450 m² en septembre dernier, et immédiatement commencé les travaux jusqu’en décembre. Les salles ont été ouvertes dès janvier et nous les avons remplies immédiatement. Il faut dire que ce nouvel espace avec la lumière du jour est très agréable à vivre et nous en avons profité pour y aménager notre nouvel accueil, ce qui nous permet de recevoir nos clients dans un endroit lumineux et agréable avec un bel espace où ils peuvent faire une pause ou se restaurer. Nous disposons également d’une terrasse de 90 m², tout ça à côté du Père-Lachaise, c’est plutôt sympa !

D.P. : Nous avons également réaménagé la partie accueil du 11 avec un espace cosy, une belle terrasse et une cuisine de façon à mieux accueillir les équipes de post-synchro…

 

L’accueil du 11 Villa Riberolle a été réaménagé avec une terrasse, une cuisine et un espace cosy permettant d’accueillir les équipes de post-synchro… © DR

Ce n’est pas évident de réunir ces prestations aujourd’hui dans Paris, j’imagine

C.B. : Oui, être dans Paris intra-muros, c’est notre grande force, mais c’est aussi difficile. D’un côté, le quartier est sympa et beaucoup de techniciens habitent aux alentours – ils sont donc très contents de venir ici – et en même temps, comme nous avons envie de rester sur ce site quasiment unique, les perspectives immobilières de développement sont plus compliquées. Donc, quand des opportunités se présentent, en général on essaye de les saisir vite, sachant que pour l’audio, on a souvent besoin de volumes importants et le problème de la hauteur sous plafond arrive vite…

 

Quel type de configuration a été déployé dans ces salles de montage ?

C.B. : On y retrouve classiquement des Mac Studio équipés en Media Composer. D’une manière générale, depuis quelque temps, on essaye de tirer un peu vers le haut la restitution de l’image et du son tant pour les salles de montage image que son. Donc, sur la chaîne image, on retrouve des dalles Panasonic HDR grand public mais plutôt haut de gamme avec des possibilités de calibration, de façon à se rapprocher des espaces colorimétriques que l’on pourrait trouver en étalonnage TV. Dans le même esprit, toutes nos salles de montage images sont équipées en monitoring son LCR, avec des enceintes actives DK Audio et des contrôleurs de monitoring SPL Volume 8.

 

Pourquoi le format LCR ?

C.B. : Parce que finalement ça amène les monteurs image vers un rendu assez proche de celui qu’on trouve sur une chaîne de postproduction audio, avec à la clef des terrains de discussion plus intéressants.

 

Créée pour recevoir les équipes de validation des plates-formes, la nouvelle salle d’étalonnage comprend un coin salon doté d’une très grande dalle grand public qui permet d’afficher au choix le travail de l’étalonneur, © DR

 

Vous avez aussi inauguré une nouvelle salle d’étalonnage…

C.B. : Oui, il s’agit d’une grande salle d’étalonnage vidéo, que l’on a inaugurée cet hiver. Nous l’avons créée principalement pour les plates-formes car, quand leurs équipes venaient vérifier l’étalonnage, ils arrivaient souvent à une grosse huitaine sans compter le réalisateur, le chef op et l’étalonneur, une capacité d’accueil que nous n’avions pas dans nos salles. Pour répondre à cette demande, nous avons eu l’idée de proposer quelque chose qui ressemble à un grand salon, mais avec la possibilité de pouvoir faire une vérification d’un côté, pendant que l’étalonneur continue à travailler de l’autre. Nous avons donc partagé cette salle en deux : la partie salon avec une très grande dalle grand public calibrable, qui va permettre d’afficher soit le travail de l’étalonneur, soit être reliée à un autre DaVinci Resolve qui lit le projet pendant que l’étalonneur continue son travail sur un autre épisode. L’environnement cosy et les possibilités du lieu plaisent bien. Et là aussi, comme pour le son, on sent une montée en qualité, en exigence sous l’impulsion des plates-formes dans une zone située entre le cinéma et la télé, un entre deux, pour faire de la série mais avec des exigences qui viennent du cinéma, et c’est plutôt intéressant je trouve…

Cette salle d’étalonnage est équipée d’une Station MacStudio DaVinci pour la lecture et d’une Station MacPro W28 4GPU DaVinci pour l’étalonnage. Parmi l’équipement, on retrouve les plug-ins FilmBox, Scatter Filmconvert et Neat Dehancer, un DaVinci mini control Panel, un monitoring vidéo Sony BVM HX 310 compatible UHD REC2020 HDR et des dalles Panasonic série JZ1500 (55 et 77”) également compatibles REC2020 HDR.

 

Justement, quelles sont les exigences spécifiques des plates-formes ?

D.P. : Leurs exigences concernent la nature et l’envoi des « deliveries » qui peuvent varier d’une plate-forme à l’autre : la partie sécurité, le distinguo entre les versions standard et Home Atmos, les éléments constituants la VI, mais aussi le montage son à assurer pendant le mixage ou encore les étapes de vérification. Concernant les VI, le fait que les plates-formes aient écrit et précisé les choses noir sur blanc dans un cahier des charges nous a finalement aidés à être plus performants. Avant, d’un film à l’autre, d’un mixeur à l’autre, ça pouvait changer complètement et on avait tendance à s’y perdre. Maintenant, nous pouvons aider les équipes sur le respect de ces cahiers des charges, mais aussi sur les normes, les stems, la manière de gérer le multilingue, vu que tout est consigné noir sur blanc.

 

En quoi consiste la direction technique audio de Poly Son aujourd’hui ?

D.P. : Aujourd’hui, l’équipe a grandi et avec huit recordeurs, la gestion d’équipe représente plus de 50 % du temps. Donc, c’est un travail de planification important qui suppose de savoir qui fait quoi, où, et en combien de temps. Ensuite, il y a des tâches de fond comme la maintenance, la conception, la préparation et l’adaptation à de nouvelles demandes ou à des films qui demandent des configurations un peu particulières à cause du format Atmos, ou de certaines exigences des plates-formes, que nous avons commencé à satisfaire vers 2018-19, mais qui s’est vraiment étendue depuis 2021. Aujourd’hui, nous travaillons aussi bien pour Disney+, Amazon Prime, Netflix ou HBO Max.

 

Comment se répartit l’activité aujourd’hui ?

C.B. : Avec un département image qui génère 43 % du chiffre d’affaires, on est presque arrivé à un équilibre entre l’image et le son, donc même si Poly Son est un prestataire venant du son, aujourd’hui, Poly Son, ce n’est plus seulement que le son. Nous sommes parmi les cinq plus grosses sociétés de postproduction son et image. On fait une cinquantaine de films par an sur lesquels on assure de plus en plus l’ensemble de la postproduction image et son à l’exception des VFX. Donc ça signifie que de plus en plus de projets viennent ici pour qu’on en assure l’ensemble de la postproduction, et c’est ce type de prestation globale que recherchent de plus en plus les producteurs, et en particulier ceux qui travaillent pour les plates-formes.

 

Vous avez également racheté Pilon Cinéma à Lyon…

C.B. : Oui. Historiquement, on les connaît assez bien. Je me souviens avoir fait une visite technique dès 2017 et déjà à l’époque, leurs configurations techniques étaient assez proches des nôtres. D’ailleurs, il se trouve que les techniciens qui ont fait l’ingénierie à Lyon, sont les mêmes que ceux qui ont fait le 2 et le 11 Villa Riberolle. Quand ils ont décidé de vendre leur studio, ils nous ont contactés assez naturellement, et nous y sommes allés avec l’idée de développer une filière locale et de faire travailler les gens sur place, sachant que le studio a une vraie activité dans le cinéma, mais aussi l’audiovisuel, les courts-métrages, le jeu et l’animation. Le fondement, c’est vraiment de se lancer dans une aventure avec des monteurs, des mixeurs, des bruiteurs qui vivent là-bas, de façon à ce que les productions locales puissent s’appuyer sur une structure performante, une équipe technique compétente et des talents en région. Et puis, Lyon, c’est une ville intéressante, située à la croisée entre la Suisse, l’Italie, l’arc méditerranéen… Et ça nous permet de nous rapprocher un peu plus de la Ciné Fabrique, l’école lyonnaise de cinéma avec laquelle nous avons des liens étroits depuis toujours…

 

Que peut-on dire de l’intégration de Hal au sein de Poly Son ?

C.B. : De mon point de vue, finalement, c’est un collectif de talents du cinéma dont on a toujours été assez proche en termes de philosophie, d’approche technique et humaine, avec de vrais points de vue sur le workflow, le mastering, les ADR, le bruitage in situ, etc. Bref, ils ont eu, à un moment, l’envie de s’implanter quelque part et nous, Poly Son, étions ravis de rencontrer des techniciens qui avaient une vraie vision de leurs métiers : c’était complémentaire.

 

Que peut-on dire de ton rôle chez Poly Son et sur la conception de nouveaux outils chez Hal ?

Antoine Martin : Je m’occupe du département R&D de Poly Son qui concerne le développement de la marque Hal, mais aussi d’autres projets… La société Hal n’existe plus officiellement depuis le 1er janvier 2023, date officielle de la fusion avec Poly Son, mais le département R&D de Hal existait déjà depuis trois ans. D’ailleurs, le développement de nouveaux outils n’est pas une préoccupation nouvelle, puisque encore avant ça, Hal s’était investi dans le développement de produits en collaborant notamment avec Flux dans le cadre du développement du FLUX:: Analyzer. Suite à la fusion, Hal est devenue une marque de Poly Son qui crée et commercialise des plug-ins, des logiciels audio et des banques de sons, mais la R&D va bien au-delà de la création de logiciels : par exemple, nous travaillons actuellement au développement d’un nouveau dispositif de prise de son immersif 7.0.2 que nous avons baptisé « Arbre Atmos ».

 

Où en êtes-vous sur ce projet ?

A.M. : L’arbre Atmos est encore dans la phase de développement de prototypes. Nous réfléchissons actuellement à toutes les utilisations comme la prise de son pour la création de banque de son immersives, mais aussi, la prise de son musicale dans le cadre d’une production musicale en Dolby Atmos. C’est un gros morceau de l’aspect recherche en ce moment.

 

Logiciel développé par Hal, Cut-It est une application dédiée à faciliter les calages audio sur les changements de plan. L’idée n’est pas nouvelle, mais c’est l’ergonomie et les possibilités qui font toute la différence nous disent ses créateurs. À tester… © DR

 

Que dire sur la partie développement de logiciels ?

A.M. : Nous avons lancé Boom-it, un plug-in audio dédié au traitement de la voix permettant de créer des détimbrages et des éloignements pour faciliter l’intégration des voix postsynchronisées dans les directs. Nous avons également sorti Cut-it, une application qui permet de détecter les changements de plans au sein d’un fichier vidéo pour pouvoir ensuite les repérer facilement dans Pro Tools par exemple, avec des marqueurs et des clips audio vides qui facilitent grandement le calage précis sur les changements de plan.

 

Cyril Holtz dans l’audi 11 chez Polyson © DR

D’où viennent les concepts de ces nouveaux outils ?

A.M. : Comme nous sommes au sein d’un studio de postproduction, nous sommes idéalement situés pour identifier les manques, et ce sont les associés eux-mêmes qui nous expliquent les outils qu’ils ne trouvent pas sur le marché. Nous les concevons en essayant de satisfaire au mieux leurs demandes. Par exemple dans le cas de Boom-It, la demande vient de Cyril Holtz qui, en tant que mixeur, ne trouvait pas d’outils dédiés. Il fallait passer par des EQ, à l’oreille, ça marche, mais nous voulions proposer une nouvelle manière, plus intuitive, plus rapide, plus simple pour cette tâche. C’est juste un outil de coloration du son, mais il permet également de simuler différents types de microphones : cardio, hypercardio et canon par exemple…

 

Que peut-on dire des banques de son ?

A.M. : Le catalogue de prise de son est disponible au format 7.0.2. Nous sortons prochainement notre première banque de son Urban Atmos. Elle comprend une centaine de sons de ville (rumeurs, trafic) captés avec notre arbre. Elle se destine en priorité aux films qui seront montés en Atmos, mais pas uniquement puisqu’elle est disponible également en 5.0 et en stéréo. Parmi les villes, nous avons Paris, Zurich, Deauville… C’est plutôt européen comme type d’ambiance pour l’instant, mais l’idée et de pouvoir se déplacer facilement en avion avec l’arbre qui tient dans un flight-case dédié.

 

L’arbre de prise de son dédié à la production en Dolby Atmos. © DR

Comment s’utilise votre arbre ?

A.M. : Il peut être déployé facilement par deux personnes en une minute et demie et mesure 1m40 d’envergure. Il a été conçu pour effectuer des prises d’ambiances, de fonds, d’air, donc des captations qui se font plutôt à côté du tournage que pendant, et qui serviront de bases, de fondement au montage son et sur lequel on va pouvoir monter des sons plus ponctuels en mono, stéréo ou LCR à placer dans l’espace Atmos. Sinon, nous avons plein d’autres projets de recherches sur le long terme, mais il est trop tôt pour en parler…

 

Comment ces nouveautés sont-elles accueillies commercialement ?

A.M. : Le démarrage est plutôt prometteur…

D.P. : Oui, et le bouche à oreille fonctionne bien. Les Américains sont demandeurs pour Boom-it et Cut-it, car ces solutions leur apportent un vrai gain sur le workflow et ils nous donnent volontiers des retours utilisateurs intéressants.

A.M. : D’ailleurs, il faut noter que pour l’instant, l’essentiel des ventes se fait à l’extérieur de la France : aux USA, dans le reste de l’Europe, en Chine et au Japon. Nous avons également embauché un responsable sonothèque, Rodrigo Sacic, qui s’occupe à la fois de la gestion de la sonothèque interne de Poly Son, mais aussi des banques de sons que nous commercialisons. En fait, ce que nous faisions auparavant sur notre temps libre chez Hal et Poly Son, est maintenant assuré par un spécialiste dont c’est le travail à temps plein, comme aux États-Unis dans des structures comme Skywalker Ranch. Nous avons donc notre « sound librarian ». C’est assez rare, c’est précieux et ça permet de ne pas embaucher un assistant spécifiquement pour ces tâches, vu qu’il y a quelqu’un à demeure qui s’en charge, avec en plus la possibilité d’enrichir les sons…

 

Pour terminer, peut-être peut-on citer quelques projets marquants, tant en diffusion en salle que sur les plates-formes ?

C.B. : Parmi les projets récents, on peut citer des films comme Les Trois Mousquetaires, de Martin Bourboulon (son), Tirailleurs de Mathieu Vadepied (image et son), Bonne Conduite de Jonathan Barré (image et son), Hawaii de Mélissa Drigeard (image et son) ou la série Salade Grecque de Cédric Klapisch (montage image et tout le son). Et pour le Festival de Cannes 2023, nous avons eu une vingtaine de films toutes sélections confondues, parmi lesquels Le Règne animal de Thomas Caillet (image), Simple comme Sylvain de Monia Chokri (image et son), Salem de Jean-Bernard Marlin (image et son), Àma Gloria de Marie Amachoukeli (image et son), Anatomie d’une chute de Justine Triet (Son), Jeanne du Barry de Maïwenn (son), L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli (image et son)…

 

À propos de Hal

Créée en 2006, Hal doit son nom au film 2001 Odyssée de l’Espace et plus précisément à HAL 9000, le système informatique doté d’une interface vocale et motorisé par une intelligence artificielle dont le comportement nourrit des débats récemment remis à l’ordre du jour. Mais revenons à Hal, une société qui à l’époque regroupe « des professionnels représentant tous les postes de la chaîne du son au cinéma afin d’imaginer collectivement de nouveaux principes, de nouvelles méthodes et des outils permettant d’améliorer la pratique de leurs métiers et le fruit de leur travail », se souvient Cyril Holtz, un des membres fondateurs aujourd’hui toujours très investi dans « l’élaboration d’outils novateurs et utiles ».

 

Parmi les développements de Hal, figure Boom-It, un plug-in audio dédié au traitement de la voix permettant de créer des détimbrages et des éloignements pour faciliter l’intégration des voix postsynchronisées dans les directs. © DR

 

Le mixeur revient sur les raisons qui ont conduit à cette intégration de Hal dans Poly Son : « Les associés de Poly Son et ceux de Hal partageant depuis longtemps les mêmes principes, un respect mutuel et une amitié de longue date ». La fusion s’inscrivait finalement « dans la volonté de proposer les moyens humains et techniques aux différentes formes narratives audiovisuelles avec la meilleure qualité possible ». Concrètement, les conséquences de cette fusion font que « les anciens associés de Hal sont désormais associés de Poly Son. La marque Hal est préservée mais est dévolue au département R&D de l’entité au sein duquel nous inventons des nouveaux outils logiciels et matériels. Tous les associés du regroupement (à l’exception des salariés à temps plein) demeurent, comme c’était déjà le cas auparavant pour les deux sociétés, des techniciens absolument autonomes dans leurs choix professionnels et jouissent à ce titre d’une totale indépendance dans l’exercice de leurs métiers, que ce soient dans leur rapport aux productions qui sont leurs seuls employeurs ou vis-à-vis des prestataires chez lesquels ils décident de travailler, y compris Poly Son elle-même. »

La création de nouveaux outils, quant à elle, demeure une préoccupation importante gérée collectivement : « Il existe une boîte à idées partagée dans laquelle chacun peut formuler des propositions. Un comité plus réduit se réunit régulièrement pour envisager et choisir les projets les plus adéquats en fonction des perspectives et des moyens à mettre en œuvre, puis une fois que les concepts sont choisis, toutes les bonnes volontés restent bienvenues… ».

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 64-70