L’explosion des plates-formes de diffusion de contenu permet depuis quelques années de faire des « live » on appelle ça aussi du « streaming » même si ce terme est plutôt connoté pour ceux qui partagent leurs sessions de jeu vidéo. Facebook, Instagram, YouTube, Twitch, etc. Vous avez le choix de la plate-forme et du contenu.
Pour faire son premier live, les ingrédients qu’il vous faudra acquérir en priorité, ne sont nullement technologiques. Beaucoup de concentration et de sang-froid, les outils de création numériques sont nécessaires mais passent au second plan.
Quand je fais des live en streaming, je me rends compte que je suis dans un état de concentration très intense, il faut non seulement maîtriser le contenu, que vous fassiez du face caméra ou des interviews, mais aussi toute la partie technique pour la production, le son, la lumière, l’image et bien entendu s’assurer que tout fonctionne correctement au niveau du flux.
S’il est tout à fait possible de commencer par utiliser son smartphone avec les applications des différentes plates-formes, ça marche, c’est simple mais c’est assez vite frustrant.
J’ai découvert les joies des live à la création de la Web TV du festival Off-Courts il y a presque dix ans. À l’époque il n’y avait pas trente-six solutions et, pour faire une vraie petite chaîne de télévision éphémère, nous avions fait le choix de nous baser sur un prestataire qui assurait toute la partie technique. Un vrai confort de travail qui nous a permis de nous concentrer sur le contenu, car si la maîtrise technique est incontournable, si vous n’avez rien à raconter votre live ne sera pas intéressant.
De mon côté, j’ai expérimenté plusieurs techniques, avec un ou plusieurs smartphones, avec des boîtiers hybrides ou avec des caméras « broadcast ». Si en termes de contenu je n’ai aucun conseil à vous donner, c’est pour la partie technique et méthodologique que je peux vous aider. Voici ce que je vous conseille.
De l’importance de la qualité du réseau, de la bande passante et de l’horaire d’émission
La première étape à maîtriser, et qui est souvent la plus problématique, c’est la gestion du flux de données. Non seulement votre connexion doit être excellente mais en plus il y a des pièges à connaître.
Le premier c’est l’horaire. Quelle que soit la plate-forme de diffusion, Twitch mis à part pour le moment, il faut savoir que faire un live à 18h sur YouTube est forcément très risqué, tout le monde se rue sur les réseaux sociaux à cette heure-là et en particulier nos chérubins en sortant des cours. La plupart des plates-formes et des fournisseurs d’accès se facturent de la bande passante. Ce qui permet d’assurer un certain volume de données entre votre fournisseur d’accès et votre plate-forme préférée.
Ma petite expérience m’a permis de me rendre compte que même si j’avais le meilleur abonnement fibre avec plus de 100 mb en débit montant, il m’était impossible d’avoir un flux stable pour transmettre un signal de qualité sur YouTube à cette heure-là.
Il existe des solutions pour contourner ce problème comme le fait de passer par un service tiers qui offrira plus de stabilité et de fluidité, mais la meilleure solution reste de choisir un horaire où tout le monde n’est pas en train de regarder la dernière vidéo à la mode sur YouTube ou Facebook.
Ensuite, la qualité du réseau est primordiale. Je vous déconseille d’utiliser le wi-fi en local pour streamer, un bon vieux câble RJ45 branché sur la box sera toujours plus fiable.
Il est possible de passer par des routeurs 4 ou 5G qui permettent de streamer d’à peu près n’importe où et paradoxalement la connexion est souvent plus stable que sur certains réseaux filaires.
J’ai découvert une société française qui s’appelle Internet Anywhere qui propose même de vous louer des modems routeur 4G ou 5G en vous proposant le choix du meilleur opérateur pour un streaming ponctuel en fonction de là ou vous vous trouvez géographiquement.
Le modem fait une triangulation pour envoyer la localisation à la société qui déterminera s’il vaut mieux passer sur Orange, Free, SFR ou Bouygues.
Le cas Instagram
Instagram est sûrement la plate-forme la plus alléchante pour joindre une audience ciblée et faire des live avec deux personnes par exemple.
Si la plupart des plates-formes acceptent d’héberger un contenu venant de dispositifs techniques variés impliquant des mélangeurs, plusieurs caméras, etc. il est pour le moment interdit par Instagram de faire ça autrement qu’avec son smartphone. Il existe des solutions pour contourner ce problème mais la plupart des conditions générales d’utilisation stipulent que la plate-forme se réserve le droit de supprimer votre compte si vous enfreignez ces règles.
Les statistiques, l’audience…
Je ne parlerai pas de TikTok qui est en train de prendre de grandes parts de marché mais dont la « popularité » est parfois suspecte. Ma fille a fait une vidéo qui a été vue plus de 600 000 fois, par contre la véracité des chiffres n’est vérifiable nulle part.
Quand Facebook a commencé à proposer des live, les chiffres étaient gonflés et il suffisait que quelqu’un passe une seule seconde à regarder le live pour que la vue soit comptabilisée.
Aujourd’hui, toutes les plates-formes permettent de vérifier vos statistiques, nombre de vues, impressions, combien de temps les gens restent en moyenne sur vos live, etc.
Il est clair que c’est intéressant mais c’est aussi un piège, concentrez-vous sur votre contenu et pas sur ce qui pourrait plaire à votre audience.
YouTube/Facebook ou Twitch, la multidiffusion ?
Si vous avez déjà une petite communauté sur les réseaux sociaux, la vraie question est de savoir où se trouve votre audience… ce n’est pas forcément simple de faire migrer sa communauté d’une plate-forme à une autre.
Après, tout va dépendre de la tranche d’âge à laquelle vous vous adressez. Il est clair que si vous faites des parties endiablées du dernier jeu à la mode ce n’est pas forcément Facebook qui va vous convenir le mieux. La plate-forme de Mark Zuckerberg est plutôt ciblée vers un public un peu plus âgé.
Le choix est difficile, mais il est évident que la plate-forme du moment c’est Twitch, rachetée près d’un milliard de dollars par Amazon. La plate-forme reste la préférée des gammers, mais elle s’ouvre à d’autres domaines tech mais aussi culture, sports, etc. Son fonctionnement communautaire est très convivial et très nombreux. Le fait que le compte puisse être relié à son compte Amazon Prime peut avoir son avantage et permet une éventuelle rémunération à l’auteur.
YouTube est de plus en plus décriée mais ça reste toujours un choix prépondérant même si les CGU deviennent de plus en plus complexes et de moins en moins avantageuses pour les créateurs de contenus.
La multidiffusion est bien entendu possible en passant par des plates-formes telles que ReStream.io mais c’est à mon avis éparpiller son audience. Si vous avez une communauté importante sur Facebook, restez-y !
Quoi faire avec un ou plusieurs smartphones ?
Même si vous n’utilisez qu’un seul smartphone, je vous invite à ne pas négliger le son et la lumière. L’ajout d’un petit micro-cravate tout simple filaire et d’une simple ring light sera parfait pour faire des tutos beauté mais pas que.
Il existe un système très intéressant qui s’appelle Switcher Studio qui fonctionne très bien. Basé sur l’environnent iOS d’Apple, le principe est simple vous pouvez utiliser des iPads et des iPhones comme caméras et comme mélangeurs streamers. Le flux vidéo passe en wi-fi d’un iPhone à l’autre.
C’est simple et pratique, ça fonctionne par abonnement mais il est possible de payer à l’utilisation pour une semaine : il vous en coûtera 20 dollars. J’ai testé avec quatre iPhone et un iPad comme régie finale c’est très impressionnant de facilité, plutôt fiable et stable y compris sur des live de plusieurs heures. Il faudra néanmoins vous préoccuper d’alimenter vos « iBidules » pour ne pas vous trouver à court de batterie.
Après c’est forcément limité au niveau de l’image et du son, même si on peut brancher de plus en plus de périphériques externes pour gérer tout ça, l’image restera typée « smartphone » et si vous recherchez une esthétique plus cinéma ce n’est du tout pas la meilleure solution.
Les mélangeurs/streamers autonomes
C’est la star incontournable du moment ! Blackmagic Design fait un carton depuis un an avec sa série Atem Mini, déclinée dorénavant en sept versions. C’est un outil que j’aime utiliser, pas forcément très simple pour arriver à en maîtriser le fonctionnement car certaines parties – au niveau de l’ergonomie – sont à revoir et pour avoir une simple sortie casque il faut miser sur les versions les plus coûteuses. Il n’empêche que pour faire des choses jusqu’à huit caméras, c’est extrêmement efficace et puissant pour le prix.
Il existe bien entendu plusieurs alternatives et n’importe quel switcher avec un boîtier de streaming comme le Web Presenter de Blackmagic ou encore le Aja Hello qui, grâce à leur système d’encodage de streaming hardware, proposent pour le faire une solution pertinente pour ceux qui ont des frayeurs à utiliser un logiciel sur un ordinateur.
Une alternative intéressante c’est la YoloBox, une petite tablette sous Android qui permet de commuter jusqu’à trois sources et d’envoyer son flux sur toutes les plates-formes. La YoloBox permet toutes les fonctions d’un mélangeur moderne : transition, mixage audio et titrages sont au rendez-vous. C’est une solution intéressante pour qui veut faire du streaming sans passer par un équipement complexe basé sur des cartes d’acquisition, ordinateur, etc. notamment quand vous êtes en extérieur.
Les caméras
Le premier critère de choix c’est bien entendu celui de votre budget. Un équipement de streaming complet ce n’est pas uniquement une caméra et un ordinateur, il faut aussi penser lumière, son, etc.
Il est possible de commencer avec une simple webcam, mais c’est très vite frustrant si vous aimez la belle image. La plupart d’entre elles fonctionnent de manière 100 % automatique ce qui peut poser pas mal de problèmes, l’image peut être facilement sur exposée ou bruitée.
Encore une fois, pour trouver l’équipement idéal c’est une affaire de goût. S’il n’y a plus de mauvaises caméras sur le marché, il est important de prendre un moment pour faire un cahier des charges précis afin d’éviter les mauvaises surprises.
Pour ma part, vu que je fais des streaming en multicaméra sur des captations de spectacles vivants, il me fallait non seulement une signature d’image commune, une colorimétrie uniformisée qui ne me pose pas de problème de raccords entre mes différents axes, mais aussi certains détails précis qui m’éviteraient de perdre en efficacité.
Si j’aime beaucoup utiliser les hybrides, ils sont parfois peu pratiques dans certaines situations. Un boîtier hybride est plus fatigant à utiliser à bout de bras qu’une caméra d’épaule ou un caméscope de poing.
L’alimentation électrique est aussi un élément important, un hybride que l’on ne peut pas brancher sur une source de courant extérieur, que ce soit des batteries de grande autonomie ou une alimentation secteur, peut poser un problème. Quoi de plus frustrant que de voir sa caméra s’éteindre et de devoir changer des batteries en plein live ?
Si vous êtes comme moi, contraint de proposer des stream multicaméra avec des caméras fixes sans cadreurs, il faudra miser sur des caméras ayant des automatismes performants au niveau de l’exposition et de l’autofocus !
Les caméras robotisées appelées aussi PTZ sont une option intéressante mais celles qui sont de bonne qualité sont assez onéreuses.
Le son
S’il est clair que nous avons toujours tendance à parler d’image avant de parler du son – c’est quand même l’élément prépondérant de la chaîne puisque le message passe par l’audio – l’image vient toujours au second plan. Un bon micro, un environnement calme et un minimum de travail sur l’acoustique de votre pièce me semble le minimum vital.
Attention à la synchronisation du son et de l’image ! Si vous passez par des cartes son qui font rentrer le signal audio par un autre système de capture que l’image il faudra faire des essais afin que la synchronisation labiale soit parfaite !
Pour la plupart des situations autre que les simples face caméras, le meilleur investissement que vous pourrez faire est de passer par un ingé son ! Rien de tel qu’un professionnel dont c’est le métier qui vous accompagne pour faire un bon travail !
La checklist
Réaliser son premier live stream c’est un sacré défi. Cette activité demande un niveau de concentration phénoménal tant vous aurez besoin de penser à tout. Chaque détail compte et les pièges sont nombreux. Il est à mon avis nécessaire de tester avant de commencer mais aussi de procéder à une vraie checklist comme un pilote d’avion avant de commencer :
- Est-ce que la connexion est bonne ?
- Mes paramètres de streaming sur ma plateforme sont-ils ok ?
- Est-ce que mon son est correct ? Rentre-t-il bien dans mon stream ?
- Est-ce que tous les paramètres de l’image sont ok de bout en bout de la chaîne ?
- Ma lumière convient-elle ?
- Mes sources sont-elles prêtes ? Vidéos, titrages ?
- Ai-je de quoi vérifier mon streaming sur un ordi, tablette ou smartphone ?
Vous l’aurez compris se lancer dans le live stream est une grande aventure, c’est complexe autant que c’est passionnant. Mon dernier gros projet est une pièce de théâtre tournée à cinq caméras avec un dispositif audacieux. L’un des comédiens principaux m’appelle « l’homme aux douze cerveaux » !
Cette activité est incroyable, c’est un nouveau métier, de nouvelles perspectives qui s’ouvrent. Je suis ravi d’en faire à chaque fois et je me rends compte de tout ce qu’il faut expérimenter avant d’arriver à faire un travail précis et efficace. Pour moi, cela réunit de nombreuses compétences et ça nécessite une réactivité d’esprit qui est totalement hors normes. L’avenir sera sans aucun doute peuplé de nouveaux réalisateurs/streamers sur les plates-formes de diffusion et ce n’est pas pour me déplaire.
Article paru pour la première fois dans Moovee #7, p.22/25. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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