En France, la production audiovisuelle bat son plein. Pour cause : deux investissements majeurs. Le premier est de la part des plateformes américaines, à présent obligées de reverser 20% de leurs chiffres d’affaires dans la création audiovisuelle française. Le montant de cette contribution est estimé à 250 millions d’euros par an. Dans un deuxième temps, le Plan d’action France 2030 débloque un budget de 350 millions d’euros pour moderniser les infrastructures de tournage. A terme, l’ambition est de « faire de la France un des leaders mondiaux la production », annonce Dominique Boutonnat, Président du CNC.
En quoi l’internationalisation de la production ainsi que l’avènement des nouvelles technologies vont-ils modifier les méthodes de création françaises ? Réunis pour partager leur expérience, régisseurs, producteurs, directeurs de la photographie et représentants de France VFX imaginent les tournages de demain…
Porter le savoir-faire français dans les collaborations internationales

En termes de production, ce n’est plus chacun pour soi : les équipes étrangères arrivant sur notre sol sont à la recherche de notre savoir-faire. « Comme nous sommes français, nous connaissons notre marché, et nous savons ce qui va plaire à notre public. Les plateformes américaines sont très demandeuses de ces connaissances », explique Sarah Ouaiss, directrice générale d’Elephant Inernational.
Un mouvement que le CNC souhaite accompagner en attirant les producteurs internationaux via son crédit d’impôt de 30%, pouvant être majoré à 40% pour les œuvres de fictions à forts effets visuels. Dans la même lignée, le Centre National veut encourager les collaborations artistiques interpays avec son nouveau programme Going European, une formation d’un an pour des duos d’auteurs français et étrangers.
Seulement pour respecter les exigences du marché mondial, la France doit renforcer sa maitrise des VFX, fait remarquer Pierre Cottereau, directeur de la photographie. « A cause de cette méconnaissance nous nous fermons un public, les moins de 30 ans, qui sont très demandeurs d’effets visuels. » De plus, ne pas maitriser ces technologies rend l’hexagone tributaire des innovations étrangères. Il poursuit : « Aujourd’hui, on ne fabrique plus français. Nous sommes passés de fabricants à consommateur alors, on subit les nouveautés techniques plutôt que de les anticiper. »
Pourtant, notre marché a un savoir à mettre en valeur, souligne Yann Marchet, délégué général de France VFX : « Il y a aussi des innovations françaises. Golaem, par exemple, est un des leaders de la simulation de foule. »
Penser le tournage en 360°
Pour implanter les effets visuels dans les pratiques françaises, une véritable place doit leur être accordée dans la chaîne du tournage. « Pour y arriver, nous devons produire en 360° comme cela peut se faire aux Etats-Unis. C’est-à-dire ne pas reléguer les effets spéciaux à la post-prod, mais les intégrer dès le début du processus de création, voire même dès l’écriture », propose Pierre Cottereau.
Cette manière d’envisager la chaine peut procurer un gain de temps et d’argent. « Les VFX ne sont pas toujours là pour le spectaculaire, mais pour faciliter le tournage. Par exemple, une simple scène avec de la pluie sur une vitre peut être faite rapidement avec des effets visuels plutôt que de mettre toute une équipe sur le coup pour projeter de l’eau de la bonne manière sur une surface vitrée », met en lumière Yann Marchet.
… Et, pas de panique, le tournage 360° ne risque pas de mettre les chefs-déco au placard. Il reprend : « Le but est de faire communiquer deux pôles qui dans notre chaine ne se rencontrent pas, entre la déco qui commence le travail six mois avant le tournage et les VFX environ deux ans après. Il n’y a aucune dépossession car les équipes du numérique suggèrent plus d’une fois d’utiliser les décors réels. »
Un passage de l’artisanat à l’industrie ?
Travailler avec des productions étrangères nécessite de créer à un autre rythme, surtout lorsqu’il s’agit des plateformes américaines, comme le fait remarquer Sandra Ouaiss. « Avec les plateformes nous avons une date de lancement, alors tout doit se penser en retro-planning ce qui est contraire à nos habitudes. »
Plusieurs règles sont aussi à respecter. « Il nous faut un data manager car tous les rushs sont sécurisés pour éviter les fuites. On doit travailler avec des logiciels fermés, ce qui peut être problématique quand nous accueillons de nouveaux collaborateurs en cours de route », continue-t-elle.
Enfin, le tournage en studio, devenue l’apanage des productions anglophones est de retour en France. Une tendance constatée par Alexis Giraudeau, régisseur : « Dans toutes les grandes métropoles, la politique est de limiter nos tournages extérieurs aux lieux iconiques. Pour ce qui est du reste, c’est en studio avec des décors. »
Une méthode plus respectueuse de l’environnement car celle-ci réduit les déplacements des équipes. Toutefois, un point peut être source d’inquiétude. « On se demande ce qui va advenir de nos métiers », se demande Alexis Giraudeau qui a travaillé sur le deuxième opus des Animaux Fantastiques produit par Warner Bros. « Ils ont scannés les toits de Paris avant d’aller tourner en studio et maintenant ces images sont la propriété de la Warner et peuvent donc être réutilisées sans qu’ils n’aient besoin de revenir. »