Les années 2024-25 marquent un tournant dans la carrière de l’audacieuse Elsa Blayau. Son premier documentaire « Gabart, quand gagner ne suffit plus » s’est fait remarquer aux Deauville Sport Festival 2024 en remportant le Prix de la réalisation. Naviguant entre documentaire immersif et comédie de bande, Elsa Blayau confirme avec « Avec ou sans enfants » son talent à capturer l’essence des relations humaines et à raconter des histoires avec profondeur et originalité…
Une vision documentaire qui ne passe pas inaperçue

Le documentaire Gabart, quand gagner ne suffit plus plonge ses spectateurs dans l’univers du navigateur François Gabart. Identifié pour ses exploits en mer, dont un record du tour du monde en solitaire en quarante-deux jours, Gabart est bien plus qu’un marin, c’est un entrepreneur et un ingénieur en quête d’excellence.
Dans ce documentaire en immersion, Elsa Blayau suit son parcours entre la Route du Rhum 2018 et 2022 avec une proximité qui met au grand jour les défis personnels et professionnels d’une personnalité hors norme.
Ce projet, né d’une idée d’Alexis Rault (compositeur et conjoint de la réalisatrice), a pris forme lors d’un tournage sur quatre ans. « Nous avons construit le projet comme un long-métrage de fiction, en essayant de mettre les pivots, les rebondissements, les enjeux dès le début », se remémore la réalisatrice.
Si le projet initial devait documenter une course autour du monde, l’annulation de l’événement et le confinement ont poussé Elsa Blayau à se réinventer. Elle a capturé des instants intimes, comme la perte du sponsor de Gabart et immortalisé son quotidien avec des images en mer d’une proximité saisissantes, filmées grâce à des caméras légères et des drones, sans opérateur son.

« Au début, nous avons travaillé avec le chef opérateur Jérémie Eloi qui est spécialiste des images nautiques. Il était équipé d’une caméra Red qui nous a fourni une belle qualité d’images et qui apporte une narration cinématographique au documentaire. Et puis au fur et à mesure, nous avons envisagé d’autres stratégies de prises de vues, au coup par coup. Quand on tournait avec une seule caméra, c’était souvent la Sony A7 S », se souvient la réalisatrice.
Laquelle de compléter : « Pour les événements, les départs, les arrivées, on déployait deux ou trois caméras. Un opérateur allait à La Rochelle, au QG météo. Moi, souvent, je restais avec François. J’aimais bien capturer ces moments forts où on le voir partir de chez lui le matin avant de prendre la course.

« Sur le bateau nous avons opté sur une base de plans larges : tant pis si François était loin, il y avait la proximité du son car il était équipé d’un micro HF en permanence, ainsi s’il se passait quelque chose on était à peu près sûrs de le capter. Et bien entendu pour le montage final, il fallait aussi revenir avec des plans de coupe ! »
Avec l’aide du monteur Laurent Perrin, Elsa Blayau a structuré le documentaire comme une fiction, dans laquelle les quarante minutes de musique composées par Alexis Rault, apportent une dimension émotionnelle unique… « Comme c’était son projet, Alexis s’est donné à fond et la musique porte beaucoup le film ! », s’enthousiasme la réalisatrice.
Avec ou sans enfants ?, un premier long-métrage prometteur

Alors qu’elle terminait à peine la postproduction de son documentaire, Elsa Blayau s’est lancée dans le tournage d’Avec ou sans enfants, une comédie douce-amère dont elle est l’auteur aux côtés d’Antonin Fourlon et Alexis Rault. Ce premier long-métrage explore avec humour les relations tumultueuses d’un groupe d’amis réunis pour un mariage. L’histoire met en lumière les défis et les contradictions entre parentalité et amitié avec des personnes qui, incapables de se libérer de leurs obligations parentales, décident d’emmener leurs enfants en cachette. Ce choix déclenche une série de situations tour à tour hilarantes et touchantes.
Réalisé à l’automne 2023 en Italie, le tournage s’est avéré un véritable défi à la fois logistique et créatif. Heureusement, Elsa Blayau a pu compter sur la complicité de la directrice de la photo Evguenia Alexandrova et de la scripte Julie Kohler pour porter le projet à ses côtés. Et entre ses journées intenses, consacrées à réalisation et à la direction de huit acteurs principaux et de six enfants de moins de six ans, et une partie de ses nuits passées à finaliser son documentaire, elle est allée jusqu’au bout de ses rêves !
Un parcours artistique inspirant

Elsa Blayau est familière des défis artistiques… Diplômée de l’ESAG Penninghen, elle a débuté dans la publicité avant de se faire remarquer dans le monde du cinéma avec ses courts-métrages. Son premier court, Une Journée quotidienne (2008), a été récompensée au Short Film Corner du Festival de Cannes en 2009. Elle a enchaîné avec des projets remarqués, comme Crème brûlée, une adaptation d’une nouvelle de Nicolas Rey, ou encore Notre Faust, inspiré de Boris Vian.
La réalisatrice a également exploré le monde de la musique, réalisant des clips pour des artistes, ainsi que des documentaires sur Lulu Gainsbourg et Gilbert Bécaud. Sa série Yes I Do (2017), diffusée sur Studio+, a confirmé sa capacité à gérer des projets narratifs plus longs, tout en explorant des formats innovants. Elle collabore aussi régulièrement à la série OPJ, Pacifique Sud diffusée sur France 3.
…Et l’histoire ne s’arrêtera pas là puisqu’Elsa Blayau travaille déjà sur de nouveaux projets. Avec son regard à la fois précis et poétique, elle a tout pour devenir une figure incontournable du cinéma français !
Fiches techniques
Gabart, quand gagner ne suffit plus
- Production : Bobsleigh et Quad LAB
- Distribution : Canal+
- Disponible sur MyCanal
Avec ou sans enfants
- Production : Take Shelter
- Coproduction : KMBO, M6 Films, Orange Studios, Panache Productions
- Distribution : KMBO
- Sortie en salle le 19 février 2025
Article paru pour la première fois dans Mediakwesr #60 p. 118-120