Ce type d’infrastructure est inimaginable dans un stade municipal d’une ville moyenne de province ou dans une compétition de sports moins médiatisés. C’est sans doute ici que la remote production a aussi toute sa place.
Qu’est-ce que la remote production ?
Il s’agit de produire une émission télévisée avec un minimum de personnel sur le site de la compétition. S’agit-il uniquement de personnel ? Pas vraiment. Une compétition ce sont des kilomètres de câbles, des caméras et leur support, sans compter le car-régie avec les mélangeurs, les encodeurs et l’ensemble de l’appareillage dont peut avoir besoin une production d’un événement sportif.
Tout ce matériel est monopolisé pendant quelques jours sur un événement qui ne va durer que quelques heures. C’est facile sur des grands événements comme les Jeux olympiques, des compétitions comme les grands matchs de foot, le Tour de France, Roland-Garros, mais une compétition de sport amateur ne pourra sans doute pas soulever de tel budgets et monopoliser de tel moyens. Il s’agit donc de trouver d’autres moyens et ce sans rogner sur la qualité de production.
Le passage par l’Internet est l’une des principales options, que ce soit pour des productions importantes, mais aussi pour les productions plus modestes. Il s’agit alors d’amener les images vers Internet et de les récupérer en régie, donc un cheminement montant et descendant.

Que faut-il pour amener les images vers Internet ?
Il y a la connectivité à Internet et l’encodage qui sont les deux éléments clés pour envoyer les images vers une destination définie sur Internet. La connectivité se réalise par un modem routeur et l’encodeur qui transforme ces images vers un protocole de transmission.
En se tournant vers les spécialistes de ce type de solution, on trouvera des fournisseurs comme Haivision, TVU Networks, Dejero, Live U qui intègrent aussi bien le modem, que l’encodage et le protocole de transmission. L’objectif d’optimiser la bande passante et la latence que l’on peut imaginer entre le moment où le sujet est devant la caméra et le temps que l’image arrive à destination en régie est dans tous les esprits.
Ces fournisseurs disposent aussi bien de solutions très légères que de solutions que l’on peut mettre dans un rack 19” dans un van, cela dépend du nombre de flux caméras à envoyer à la régie centrale.
Mais considérons ici un live avec une seule caméra. Les solutions proposées par Live U, Dejero, Haivision et TVU Networks tiennent dans un sac à dos, voire sur le hotshoe d’une caméra et offrent ainsi aux acteurs une solution très légère et mobile. Dans cet environnement très léger, on peut aussi jeter un regard chez Kiloview, Minemedia ou Magewell. En régie, on peut alors à loisir effectuer l’habillage, l’ajout de commentaire, et tout cela à distance.
Côté technique l’appareil transmet un flux vidéo via une ou plusieurs connexions (bonding) en agrégation de bande passante vers le cloud ou une destination de réception, tel une régie centrale dans un journal par exemple. Il s’agit ici d’optimiser le transfert entre la caméra et la réception des données, en passant par une interface dans le cloud qui fait le routage vers la destination finale, généralement un protocole comme le SRT ou des protocoles propriétaires proposés par les fabricants permettant de garantir une très faible latence et une qualité tout au long de la compétition.
Selon le modèle d’encodeur, il est possible d’y renvoyer image et son sortant (retour) de la régie afin que le journaliste ou le cadreur ait une vision des images diffusées, ou à quel moment il doit intervenir. Il peut par exemple s’agir d’une interview entre le sportif en fin de match et les studios pour avoir des réactions à chaud. Ce « backlink » est important à prendre en compte, tout aussi bien dans une solution mono caméra que dans du multicam.

Mais que faire avec plusieurs caméras ?
À l’instar des grands camions de production, on peut ici développer des vans, voire des véhicules privés aménagés ayant une fonction d’assemblage des différents flux vidéo et qui transmettent alors ces différents flux vers la régie finale. Il s’agit alors de relier les différentes caméras vers le van par des moyens filaires plus classiques, voire avec des nouvelles solutions de transmissions par les airs sur de courtes distances.
En régie, on dispose alors de l’ensemble des flux vidéo pour choisir les images de l’action et mettre celle-ci en valeur. La réception peut aussi se faire par des serveurs de réception comme le proposent les fabricants Haivision, TVU Networks, Live U, Dejero ou encore directement dans le cloud.
Ici aussi un retour d’image est souhaitable afin que dans le van, par exemple, on sache ce qui se passe en régie et si les transmissions sont de qualité. Le dialogue entre la régie et les cadreurs se fait normalement avec des micro-casques, comme on peut les apercevoir parfois lors de talkshow ou dans les stades, ce que l’on appelle le réseau d’ordre.
Le réseau d’ordre
Puisque la régie n’est pas directement sur le lieu de tournage, il faut l’organiser par le biais d’Internet ou encore au téléphone. Cependant les marques citées plus haut intègrent ce moyen de communication de retour aussi bien pour le retour d’images de diffusion, que pour le prompteur ou encore pour parler au cadreur pour lui donner des ordres. Ce réseau d’ordre à distance peut aussi exister séparément ou d’une façon indépendante. Ainsi des logiciels, ou plutôt des services applicatifs en ligne (SAAS), existent qui permettent ainsi une conversation entre toutes les parties prenantes, par exemple Clear-Com.
On comprend que la production à distance est une option à prendre en compte dans les événements sportifs, mais aussi sur d’autres types de production. Mais peut-on encore aller plus loin en pensant aux événements sportifs peu ou pas présents dans les médias ?

Plus loin avec l’IA
Peut-on filmer et streamer avec une caméra pilotée par IA ? Pixellot produit des caméras qui sont pilotées par l’IA. Capables de suivre de nombreux sports d’équipe, ces caméras analysent le match et suivent l’action qui se déroule sur le terrain tout en diffusant vers des destinations les plus diverses. Au-delà de l’aspect de diffusion et ses automatismes, cette solution offre aux clubs une belle façon d’analyser un match et d’ajuster les entraînements. Ici l’intervention humaine sur place est réduite à la simple connectivité sur le site et puis il suffit de recevoir en régie les images en direct, d’y ajouter un commentateur et un habillage.
Pousser la porte du cloud
Puisqu’ici nous transmettons déjà via Internet, pourquoi ne pas pousser les portes du cloud ? Les fournisseurs comme Haivision, Live U, TVU Networks intègrent aussi des offres cloud permettant de gérer les flux, donc les images à être produites. D’autres sont également dans le cloud, tels Grass Valley ou VizRT. Ces offres permettent de produire et réaliser en remote la captation des images et du son en passant par la diffusion. C’est sans doute ici que la remote production est la plus pertinente.
À la sortie du mélangeur, il s’agit de diffuser. Dans le sport en particulier, les clients des images sont nombreux et la diffusion dans le cloud permet alors d’envoyer à plusieurs destinations sans de grandes contraintes de bande passante locale. Pour cela, on produit plusieurs signaux en fonction de la demande des clients. Par exemple, la régie virtuelle reçoit les images et le son d’un match de foot, et on y colle le scoring. À partir de là, les images sont dispatchées vers d’autres destinations dans une version que l’on appellera le signal international. Un deuxième flux est envoyé avec des commentaires que l’on insère également en remote. D’autres couches peuvent être ajoutées en fonction de la demande du diffuseur, tel logo, feuille de match, etc.
Il est ici avantageux de produire les flux en ligne car on économise de la bande passante, mais aussi plusieurs personnes peuvent travailler en même temps avec un matériel relativement réduit et à distance. Un simple navigateur ne consomme pas beaucoup de ressources informatiques et on peut ainsi facilement produire la réalisation complète en ligne.
L’économie de la production dans le cloud, ou de la production à distance, réside dans l’optimisation des ressources humaines dont on n’a pas forcément à organiser le déplacement et toute la logistique que cela implique. De la même manière, les équipements lourds ne sont pas monopolisés pendant plusieurs jours pour des déplacements, dans lesquels ils sont inopérants pendant une bonne partie du déplacement. Enfin on sait que ces équipements sont fragiles et que de fait tout déplacement peut fragiliser ces mêmes outils électroniques, malgré les constructions et assemblages solides.

Un modèle de production qui va se généraliser ?
Les progrès de la vidéo sur IP, au même titre que l’audio, permettent de croire que la remote production va se généraliser, d’autant qu’avec la couverture de la fibre et de la 5G elle continue sa progression. Le quasi temps réel devient au fur et à mesure une réalité, même avec des équipements moins spécifiques. Le cloud y apporte aussi sa contribution avec un modèle décentralisé d’un lieu et proposant ainsi une offre qui peut s’agrandir en quelques clics en fonction des besoins.
Le passage au cloud n’est pas une fin en soi. On peut produire aussi en remote avec des moyens plus simples dans la mise en œuvre. Il suffirait par exemple de mettre en place un VPN (Very private Network) entre la régie et la personne qui réalise à distance. Avec Vmix et un logiciel de prise de contrôle à distance on peut alors enregistrer et diffuser à distance. Cela peut sembler un peu archaïque, cependant cela fonctionne.
Les sports peu médiatisés disposent maintenant d’une nouvelle fenêtre de visibilité, bien au-delà du petit écran. Cette lucarne offre de l’interaction avec le public et de nouvelles sources de revenus sous diverses formes pour les clubs.
Des questions à poser et des défis à relever
Quand on raisonne remote production, on pense de suite à recevoir en temps réel les images des différentes caméras pour les mélanger selon l’action, et les envoyer ensuite vers les spectateurs. Même si la latence se réduit comme peau de chagrin, elle est existante. Il est donc important de garder celle-ci en tête, de prévoir l’action, particulièrement dans le sport. La synchronisation des caméras est sans doute un des facteurs clés, afin d’avoir le même instant dans une production multicam d’un match. L’horloge et la synchronisation des horloges esclaves peut ainsi construire un schéma de production à distance cohérent.
Les événements sportifs rendent la production à distance indispensables. Les possibilités qu’elle offre permettent à de nombreux sports d’être visibles et d’engager une nouvelle audience. Les solutions à distance, les automates, le cloud et l’IA ouvrent de nouvelles voies, aussi bien aux grands clubs, qu’aux plus petits. La logistique audiovisuelle est allégée et de nombreuses heures de productions sont ainsi gagnées pour les fans de sport.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #57, p. 84-87