You are currently viewing Retour sur la journée « Très LEDs » organisée par la CST
Comparatif de l’éclairage Tungstène avec un éclairage Led sur un visage. © CST

Retour sur la journée « Très LEDs » organisée par la CST

 

La journée « Très LEDs » organisée le 12 octobre 2023 par le département image de la Commission Supérieure Technique de l’image et du son s’inscrit dans sa volonté d’accompagner les mutations technologiques et de fournir des informations pour que les techniciens puissent s’emparer au mieux des nouveaux outils mis à leur disposition.

La genèse de ce projet remonte à l’année 2003 d’après l’idée de François Roger, directeur de Cininter. Transpa, Eye Lite, Picseyes et Be4post deviennent partenaires de ce projet. Plusieurs réunions de préparation ont été organisées, mobilisant des techniciens bénévoles (directeurs photo, assistant, DIT, etc.), des fabricants de projecteurs ainsi que des professionnels de divers domaines, tels que le maquillage et la décoration.

Pour comparer les performances des projecteurs tungstène et Led, trois plateaux de tests ont été mis en place. Chaque plateau était équipé de caméras (Sony Venice 2, Arri 35 et Red Raptor), et de différents objectifs Zeiss ou Angénieux. Les tests comprenaient des mires de couleur et des modèles éclairés par diverses sources lumineuses, le but étant de recréer des conditions de tournage réalistes afin de mesurer l’efficacité des projecteurs Led par rapport aux sources traditionnelles. Initialement, les résultats étaient influencés par l’environnement lumineux ambiant, ce qui a conduit à des mesures supplémentaires dans un environnement contrôlé. Cette approche rigoureuse a permis de garantir la fiabilité des conclusions.

 

Les tests

Philippe Ros, directeur de la photographie (AFC) et co-président du comité technique d’Imago (ITC), a présenté l’objectif de ces essais qui devaient permettre, entre autres, de faire un bilan des propriétés des projecteurs Led, de promouvoir l’index de mesure Spectral Similarity Index et de créer une banque de données pour la profession. Les projecteurs Led full color et bi-color ont été comparés aux projecteurs tungstène. L’équipe a utilisé des appareils de mesure sophistiqués pour collecter des données précises sur les spectres lumineux et les indices de rendu des couleurs des différents projecteurs.

 

  • Le métamérisme

Un travail sur le métamérisme a été effectué. Un des tests visait à filmer un poivron orange sur un fond en polystyrène blanc. Un côté était éclairé avec un projecteur Led RVB et l’autre par un projecteur tungstène tous deux réglés à 3 200 K. Lorsque le poivron se trouve éclairé par le panneau Led, il paraît rouge. Cela pose question sur l’éclairage des peaux qui présentent un ensemble de couleurs complexes. Les failles métamériques sont un problème, notamment pour les étalonneurs. L’œil est un bon comparateur selon Jean Coudsi, étalonneur, mais il n’est pas bon pour mesurer la couleur : on peut être leurré sans comparatif.

 

Les spectres des projecteurs Led présentent des pics dans les courbes dont on peut tenir compte à l’étalonnage. © CST
  • Les spectres

L’étude des spectres donne de précieux renseignements sur le comportement des différents projecteurs. Ainsi, il nous est indiqué que le spectre du tungstène couvre une large bande passante, notamment dans les longueurs d’ondes qui correspondent à celles de la peau, ce qui est un avantage. Les constructeurs de projecteurs Led tentent de reproduire cette courbe, mais ces projecteurs ont parfois des dominantes qu’il va falloir ensuite appréhender et gérer au moment du tournage et de la postproduction. Moins il y a de pics dans les courbes, plus le travail d’équilibrage sera aisé. Lors d’un tournage, plusieurs marques de projecteurs peuvent être utilisées, or, les différences spectrales des projecteurs Led révèlent qu’il est préférable d’utiliser une même marque pour pouvoir contrôler au mieux la lumière et faciliter le travail de postproduction.

 

Spectre du tungstène. © CST

Éric Cherioux, directeur technique de la CST, explique qu’en se basant sur les spectres, il est possible de récupérer un ensemble de données (température de couleur, delta UV, etc.). Le type d’indice de couleur le plus utilisé jusqu’à aujourd’hui est le IRC (Indice de Rendu des Couleurs), mais ce dernier n’est pas intéressant pour les spectres de Led qui présentent des pics éloignés de la courbe du corps noir. Les indices de rendu de couleur sont basés sur un comparatif : une source à une référence (le corps noir ou le daylight au-dessus de 5 000 K). Aujourd’hui, un bon IRC ne garantit pas l’absence de problèmes à l’étalonnage. Éric Cherioux privilégie l’usage du SSI ou du TN30. Le SSI a été conçu pour les caméras numériques, il fonctionne comme une pure comparaison de spectre. Le TN30 quant à lui, communique des informations sur la saturation, le shift de couleur, la qualité de saturation, il offre des détails alors que le SSI fournit juste un indice. La conférence s’est concentrée sur le SSI et les résultats qu’il est possible d’obtenir avec cet indicateur. Au niveau du rouge la courbe s’écrase pour les projecteurs Led mais les notes sont assez bonnes à 3 200 K et baissent à 5 600 K. Un mauvais IRC donne d’autres mauvais résultats mais un bon IRC peut cacher un mauvais SSI. Philippe Ros ajoute que les murs de Led utilisés en production virtuelle ne sont pas faits pour éclairer les visages.

 

Dispositif du test Esmeralda. © CST

 

  • Esmeralda

Des essais appelés Esmeralda ont permis de comparer deux mires placées l’une derrière l’autre : la première éclairée avec un projecteur Led, la deuxième au tungstène. Des trous dans la première mire permettaient de voir apparaître les couleurs de la deuxièmes (voir illustration). Des différences de densités apparaissent, mais il n’y a pas de transformation des couleurs. Les projecteurs tungstène ne présentent pas de grandes différences entre eux, contrairement aux projecteurs Led qui ont leur propre rendu qui peut être différent au sein d’une même marque.

Les tests ont été, rappelons-le, réalisés avec plusieurs caméras. Des plans de référence ont été tournés avec un éclairage au tungstène avec une correction colorimétrique appliquée également ensuite à l’éclairage Led. L’expérimentation a établi que les projecteurs bi-color ont de bons SSI. Le dernier test a montré à la fois la mire de couleur et un visage, avec un plan de référence éclairé au tungstène. Cela permet de comparer les rendus très différents d’un projecteur Led à d’autres. Les professionnels peuvent avoir accès à ces images pour visualiser ces comparatifs et choisir le matériel le plus adéquat pour leur tournage.

Alors que les Led continuent de se démocratiser, comprendre leurs spécificités et leur impact sur le rendu visuel demeure essentiel pour tous les professionnels du secteur. Ces projecteurs, qui permettent de tourner plus vite, ont des spécificités propres qui peuvent varier fortement d’un outil à l’autre. Cette conférence a non seulement fourni des réponses, mais a aussi ouvert sur de nouvelles questions (durée de vie des outils, baisse des performances à 5 600 K, etc.) et de nouvelles voies de recherche pour les années à venir.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 26-27