Rencontre, à Madrid, avec Mario Reis, directeur des télécommunications chez Olympic Broadcasting Services (OBS), filiale du Comité international olympique et diffuseur hôte des Jeux Olympiques, Paralympiques et de la Jeunesse.
Pour un événement sportif planétaire comme Paris 2024, comment les opérations satellitaires s’organisent-elles ?
Mario Reis : Pour les Jeux de Paris, nous avons loué six transpondeurs (répéteurs) d’une puissance de 204 MHz (cinq de 36 MHz, un de 24 MHz) sur quatre satellites, et avons déployé deux véhicules SNG pour les sauvegardes de notre réseau de contribution. Par ailleurs, 3 800 heures ont été diffusées via notre Multichannel Distribution Service (MDS) et nous avons produit seize flux par satellite dans le cadre d’une opération 24/7 qui comprenait la génération, la curation, l’encodage et la transmission de contenus, l’assistance aux diffuseurs au stade de la réception ainsi qu’un service d’assistance 24/7 pour les aider en cas de problème.
Pour garantir une opération sans faille, nous disposons d’une équipe entièrement dédiée à la diffusion par satellite et nous effectuons au moins deux séries de tests avant la mise en service. Avec plus de 2 000 points de réception pour les Jeux de Paris, le satellite reste l’une des principales solutions de distribution des Jeux Olympiques d’été en raison de sa portée mondiale et de son efficacité.
Peut-on parler d’un modèle économique unique pour la distribution du sport par satellite ?
Chez OBS, nous opérons principalement dans un modèle B2B, où une part importante des coûts provient de la production et de la conservation du contenu, et pas seulement de la distribution. Même lorsque nous fournissons du contenu aux radiodiffuseurs, la nature de notre service est plus proche de la contribution que de la distribution directe au consommateur (B2C). Cela complique encore les comparaisons directes avec des modèles industriels plus larges.
Il n’existe pas de modèle économique unique pour la domination du satellite dans la distribution. Sa viabilité dépend de l’industrie, du type de contenu et des besoins de distribution spécifiques. Si le satellite reste un acteur important dans la diffusion en direct à grande échelle, son rôle doit être évalué au cas par cas plutôt qu’en fonction de seuils économiques fixes.
À l’avenir, le satellite pourrait-il être relégué à un rôle de back-up dans l’écosystème du sport ?
Malgré les avancées technologiques, le lancement continu de nouveaux satellites, tant géostationnaires (GEO) qu’en orbite basse (LEO, pour low earth orbit), démontre leur importance. Les satellites GEO restent très utilisés et les investissements dans les satellites LEO augmentent, ce qui prouve que la technologie satellitaire est en mutation plutôt qu’obsolète.
À l’avenir, les satellites LEO pourraient jouer un rôle clé dans la fourniture d’un contenu plus localisé et personnalisé. Cet aspect devient de plus en plus important, car les radiodiffuseurs et les propriétaires de contenus cherchent à personnaliser ces derniers pour des publics spécifiques. Dans le domaine du sport, les fans veulent avoir accès à un contenu adapté à leurs centres d’intérêt, qu’il s’agisse de la couverture d’un athlète, d’une équipe ou d’un sport en particulier, plutôt que de recevoir un flux large et unique. Les satellites LEO offrent une opportunité intéressante d’améliorer la régionalisation de la diffusion de contenus, rendant celle du sport plus ciblée et plus attrayante pour les spectateurs du monde entier.
En conclusion, les satellites ne se limiteront pas à une fonction de secours. Ils resteront essentiels pour la contribution et la distribution de la radiodiffusion sportive. La combinaison de satellites GEO pour la distribution à grande échelle et de LEO pour le contenu localisé aidera les radiodiffuseurs à répondre aux demandes en constante évolution des fans et des détenteurs de droits. Nos partenaires technologiques nous indiquent par ailleurs que l’utilisation occasionnelle de satellites pour des événements sportifs reste une part importante de l’activité satellitaire globale.
Attardons-nous sur les satellites en orbite basse (LEO). Comment ceux de Starlink ou d’Amazon Kuiper, par exemple, peuvent-ils changer la donne en matière de contribution ?
Dans le domaine du sport, les satellites LEO n’ont pas encore atteint leur plein potentiel pour la diffusion en direct en raison des problèmes de qualité et de fiabilité des services, notamment en ce qui concerne la qualité vidéo HD/UHD. Toutefois, grâce aux progrès technologiques, ces problèmes devraient être résolus dans les années à venir.
L’un des principaux avantages des satellites LEO est leur capacité à fournir un contenu très ciblé à des régions spécifiques, ce qui permet de réduire les coûts de distribution et d’accroître l’engagement du public grâce à une programmation plus pertinente. Cette capacité permet aux radiodiffuseurs d’adapter leurs contenus aux différents marchés, ce qui suscite un intérêt accru pour le marché des satellites LEO et un nombre croissant de lancements de satellites. Et bien sûr, nous ne pouvons pas ignorer la question de la « portabilité » apportée par les petites antennes LEO.
Les satellites LEO sont particulièrement utiles pour atteindre les zones reculées où l’Internet à large bande et les autres réseaux de télécommunications ne sont pas suffisamment disponibles. Ils constituent une solution efficace pour la diffusion de contenus ad hoc et dans des situations de dernière minute.
Dans le domaine du sport, où il est crucial de capter et de maintenir l’attention du public, la pertinence du contenu est essentielle. La technologie LEO permet des expériences plus personnalisées, ce qui en fait un outil puissant pour l’avenir des retransmissions sportives en direct.
Quelle va être, selon vous, la prochaine étape du développement des services par satellite au profit des détenteurs de droits sportifs ?
Le rôle de la distribution par satellite dépend du type de sport et de son attrait pour des clients spécifiques. Cependant, dans l’industrie du sport, comme dans d’autres industries, la clé est de s’assurer que le contenu produit est pertinent pour les fans. Pour y parvenir, la personnalisation et la curation du contenu deviennent essentielles, et il est capital d’atteindre le bon fan avec le contenu demandé. Nous parlons d’une « économie de l’attention » et la question de la pertinence du contenu est un élément clé de différenciation.
Dans le paysage médiatique actuel, tous les réseaux de télécommunications disponibles, y compris les satellites, l’Internet à haut débit, la 4G/5G et d’autres, seront utilisés par les propriétaires et les distributeurs de contenus pour atteindre leur public cible. L’intégration prévue entre la 5G et le LEO est très importante pour améliorer la disponibilité des services.
Pour les Jeux Olympiques, notre couverture par satellite s’étend au monde entier, à quelques exceptions près, comme certaines régions d’Afrique centrale et subsaharienne, ainsi qu’une petite partie de la Nouvelle-Zélande.
Une frange importante de la population mondiale, estimée à environ 40 % ou plus des utilisateurs d’Internet et des médias sociaux dans le monde en 2025, selon Statista, n’a pas accès à l’Internet à haut débit. Pour ces personnes, la distribution par satellite est souvent le seul moyen d’accéder à du contenu en direct, ce qui en fait un outil essentiel pour atteindre les zones mal desservies.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #63, p.62-63
