Directeur général d’AMP Visual TV, Stéphane Alessandri a le sens de la formule : « Si Paris 2024 a été un feu d’artifice pour la 5G privée, on a commencé par le bouquet final », sourit cet habitué du Sportel, à propos de la cérémonie d’ouverture sur la Seine.
Pour l’occasion, le groupe fondé et dirigé par Gilles Sallé, également présent à Monaco (28-30 octobre), avait la charge d’installer des smartphones Samsung Galaxy S24 Ultra sur les bateaux des délégations afin de fournir des images en direct à la fois au radiodiffuseur hôte (Olympic Broadcasting Services, OBS) et aux détenteurs de droits, grâce à un réseau privé 5G constitué de plusieurs cellules du même nom installées sur les ponts enjambant la Seine.
« Rendez-vous compte de la taille de l’opération ! Deux cent dix smartphones – et autant de flux vidéo HDR – qu’il a fallu installer, démarrer, monitorer et exploiter depuis une régie privée 5G spécialement montée par AMP Visual TV, sans compter les 120 caméras fixes déployées le long du parcours », admire Jean-Marc Racine, chef de produit et l’un des speakers du Sportel 2024.
« Outre qu’il a fallu travailler sur un certain nombre de difficultés en direct (par exemple, rupture de la connexion au moment du passage d’un bateau sous un pont…) puisqu’il n’y a pas eu de répétition, contrairement à ce qu’on aurait pu faire dans un stade », souligne encore le représentant d’Haivision, partenaire de l’opération.
Les moyens et technologies mis à la disposition d’OBS par la société canadienne comprenaient des Stream Hub pour la réception des flux vidéo, le protocole SST (Safe Streams Transport), qui permet de réaliser une transmission vidéo sur un réseau cellulaire, et l’application MoJoPro, qui équipait les smartphones. Une application à l’origine développée pour le monde des news et qui soutient aujourd’hui le lancement d’une offre dite « pay as you go », spécialement destinée aux petites sociétés de production qui peuvent ainsi obtenir une licence pour une ou plusieurs applications en payant à l’heure consommée dans le cloud d’AWS.
Marseille pour une première

À Marseille, le déroulement des épreuves olympiques de voile, de la planche à voile aux dériveurs en passant par le kitesurf, dans la Marina du Roucas Blanc ne permettait pas d’utiliser le réseau public. « Le challenge était donc de monter un réseau privé 5G maritime homogène », fait valoir Jean-Marc Racine.
Avec Orange en maître d’œuvre et l’utilisation, pour partie, de la technologie Cisco ainsi que des solutions Haivision pour le streaming des smartphones et serveurs, la partie radio (RAN) était installée sur trois catamarans interconnectés entre eux qui ceinturaient l’aire de compétition. Du fait que tout se passait en mer, que les bateaux de course gîtaient, prenaient une vague, etc., et que les catamarans de production bougeaient eux aussi, chacun était équipé de deux antennes 5G en croix, à 90° l’une de l’autre, afin d’assurer en permanence une couverture mobile qui s’est révélée de très bonne qualité.
Le signal était ensuite rapatrié à terre, grâce à une liaison haut débit point à point entre le catamaran et la Marina, où étaient stationnés les cars de production. « On avait quarante smartphones à disposition, le tout en HDR, sur les bateaux de course, mais en fait le réseau ne pouvait supporter que vingt streams simultanés », précise Stéphane Alessandri pour AMP Visual TV.
Comme à Paris, le rôle du prestataire était d’installer les nouveaux smartphones de Samsung, munis de l’application MoJoPro, sur la bôme des bateaux en compétition, et de coordonner le projet, à la demande d’OBS, « en étant l’interface entre des fabricants, qui ne viennent pas du monde de la prestation audiovisuelle et qui n’ont pas l’habitude de travailler en direct, et le radiodiffuseur hôte. »
De leur côté, les kitesurfers et les athlètes véliplanchistes portaient sur leurs casques une caméra cigare connectée au smartphone, logé avec la batterie dans un gilet.
« Finalement, le vrai challenge dans ce type d’opération c’est plutôt le côté environnemental qu’on ne maîtrise pas, avec des vagues plus ou moins formées, des bateaux qui doivent rester deux heures de plus en mer parce que le départ de la compétition de voile, faute de vent, est retardé, et du coup des batteries qui lâchent, avec de l’eau de mer qui éclabousse tout, etc. », énumère Jean-Marc Racine.
« Avec nos partenaires, on a fait la démonstration, tant à Paris qu’à Marseille, que la technologie fonctionnait », intervient Éric Karcher, développeur d’affaires chez AMP Visual TV. « Reste maintenant à trouver un modèle économique afin qu’on puisse reproduire, de manière plus industrielle et plus régulière, ce genre d’opération. Ce qu’on a produit sur les Jeux, cela ne peut exister que sur les Jeux. Demain, il faut qu’on arrive à bâtir un système qui se vende à des prix acceptables par le marché. C’est notre challenge pour 2025. »
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #60, p.100-108