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Les StoryLab de France Télévisions accompagnent les nouvelles écritures

 

Les réalités virtuelles et augmentées, la rencontre entre le jeu vidéo et l’audiovisuel, la prise de vue 360°, toutes ces nouvelles technologies immersives passionnent Jeanne Marchalot lorsqu’elles servent une histoire, un récit. Elle dirige le service de France Télévisions dédié aux nouvelles écritures et aux nouvelles technologies, à la Direction de l’Innovation pilotée par Éric Scherer.

 

« L’innovation est l’un des enjeux de France Télévisions et est au cœur des préoccupations de sa présidente, Delphine Ernotte. Dédié à la recherche des nouvelles écritures et des nouvelles images en explorant les technologies d’aujourd’hui et de demain, le StoryLab (ex-département Recherche Narrative) est l’un des moteurs de cette ambition. Aussi, je suis heureux de voir plusieurs de nos projets dans différents festivals au mois de juin, avec des sélections en compétition officielle et d’avoir cette visibilité », se réjouit Éric Scherer, directeur de l’Innovation, France Télévisions.

 

Jeanne, peux-tu nous présenter ton parcours ?

Jeanne Marchalot : La narration et le récit ont toujours été au cœur de mes intérêts et de mes questionnements, notamment grâce à mes études littéraires. J’ai ainsi écrit au milieu des années 2000 un mémoire de master sur la différence entre les écritures sérielles et cinématographiques. Avant d’intégrer France Télévisions, j’ai été pendant dix ans « polyactive » : directrice de postproduction pour des séries prime time, directrice artistique de postproduction, formatrice et enseignante à l’Université Paris-Est. J’ai également créé des formations sur la direction artistique et l’écriture de séries, notamment pour Louis Lumière, et j’ai co-écris des concepts sériels.

Je suis rentrée à France Télévisions en février 2018 pour créer et organiser le studio de postproduction et de trucage du feuilleton Un si grand soleil. Pendant le premier confinement, j’ai été choisie pour diriger le StoryLab. Nécessitant un profil hybride avec des compétences technologiques et narratives, ce poste compile toutes mes aspirations. Je suis très enthousiaste d’être responsable du Francetv StoryLab. Il y a une réelle énergie et créativité avec énormément de talents en France pour la VR. La « French touch » existe et il faut le faire savoir puisque la France est le deuxième pays à produire au monde de la VR après les USA.

 

Quel est ton rôle au sein de la structure ?

Le StoryLab est une entité de la Direction de l’Innovation dirigée par Éric Scherer, au sein de la direction du numérique, pilotée par Encarna Marquez à France Télévisions. Je suis en charge de l’éditorial et du choix des projets en étroite collaboration avec Éric Scherer. Je travaille également avec les autres membres de l’équipe de l’Innovation sur les aspects évolutions et veille technologiques, jeux vidéo, communication ou budget, ainsi que des équipes d’autres départements à FTV. J’ai renommé le service StoryLab pour le mettre en phase avec les évolutions des technologies, les nouvelles narrations et le besoin d’être tourné vers les publics.

 

Que se cache-t-il derrière le terme de « nouvelles écritures » ? 

Aujourd’hui les narrations se font dans des univers immersifs et interactifs non linéaires. Les nouvelles technologies virtuelles et l’IA le permettent. Que ce soit via des devices mobiles, des casques ou des lunettes, nous sommes immergés dans les histoires et cela change la donne ! Tous les films et app en AR et en VR (prise de vue réelle, animation, photogramétrie…), que ce soit du documentaire ou de la fiction avec un propos et un point de vue d’auteur, entrent dans le périmètre du StoryLab.

 

Existe-t-il des financements pour ces productions ? 

Oui, j’ai un budget alloué aux coproductions du Storylab. Je peux accompagner quatre à cinq projets par an.

 

À quelle étape abordez-vous les projets ? 

À l’étape de l’entrée en développement des concepts, lors des phases d’écriture et de R&D. Mon rôle est ici celui d’une conseillère de programme. Je travaille en étroite relation avec les producteurs et des créateurs. Les producteurs m’envoient leurs projets et, lorsque je souhaite les accompagner, une convention de développement est signée avec France Télévisions puis un contrat de coédition si le projet tient toutes ses promesses à la fin du développement.

 

Existe-t-il des passerelles entre les nouvelles écritures et les programmes premium ? 

Les budgets, les départements et les conseillers de programme sont différents, mais oui, il y a des passerelles. Par exemple, Lady Sapiens est à l’origine un documentaire linéaire pour l’antenne de France 5 dans la case Grand Format. Il a été décliné en modules pour la plate-forme lumni.fr et en expérience VR coproduit par le StoryLab et 360 sur le site francetvlab.fr. Chaque contenu est adapté spécifiquement en fonction du support de diffusion et de sa cible. Il y a une véritable collaboration transverse au sein de France Télévisions.

 

Peux-tu nous parler des œuvres en cours de production ?

Nous présentons des projets du StoryLab dans différents festivals au mois de juin. À NewImages, le festival XR de Paris, deux projets sont en compétition officielle : Lady Sapiens et Quand elle sort de sa boîte. Atomu est hors compétition au festival à NewImages et à Annecy. République est en compétition officielle au festival du film de Tribeca. Lady Sapiens sera en sélection VR du Sunny Side de la Rochelle et au Fipa.

 

Ces œuvres ont quelles typologies et quelles durées ? 

VR, AR, LBE, jeu vidéo, nous investissons un maximum les technologies aujourd’hui disponibles ! Côté VR, nous avons Atomu, une expérience multi-utilisateurs pour les casques Quest. Cette production est adaptée d’une légende Kikuyu dont les sujets sont la fluidité des genres et l’Afrique.

Dans Lady Sapiens, la VR propose à l’utilisateur d’incarner une chasseresse qui rencontre Lady Sapiens il y a environ -38 000 ans.

Autre projet VR, Fight Back est un jeu vidéo pour casque Quest proposant aux femmes l’apprentissage des gestes de self défense et la rencontre, au cours d’un voyage initiatique, de femmes qui se sont battues pour leurs droits et qui ont été oubliées de l’Histoire.

En app AR nous avons développé plusieurs créations. 7 Grams sur l’exploitation des minerais au Congo composant nos smartphones. Quand elle sort de sa boîte est l’histoire de la Petite Danseuse de Degas à la recherche d’ingrédients, de tableau en tableau au Musée d’Orsay, pour fabriquer une potion magique. Enfin, BiblioQuête est un parcours ludique d’initiation à la lecture pour les 8-12 ans à suivre chez soi ou dans les bibliothèques et les médiathèques grâce à une app. Une actualité à suivre de près sur francetvlab.fr mais comme vous pouvez le constater, il y en a pour tous les goûts !

 

Comment présentez-vous ces projets ? 

Les expériences AR sont téléchargeables gratuitement sur les stores Apple et Google. La visibilité des projets VR est plus complexe, d’où l’importance de créer des partenariats pour une exploitation installative, des festivals et des conférences. Les sélections des festivals comme NewImage donnent à France Télévisions une très grande visibilité.

Nous avons notamment présenté Lady Sapiens à South by Southwest à Austin au Texas. Nous étions une équipe 100 % féminine : Sophie Parrault pour Little Big Story et Deborah Papiernik pour Ubisoft, ainsi que la nouvelle responsable des expositions au musée de l’Homme, Aurélia Clémente-Ruiz, m’accompagnaient. Nous étions extrêmement contentes parce qu’il est difficile d’obtenir un panel à South by Southwest et nous l’avons fait ! Nous avons également participé au cycle de rencontres consacré aux nouvelles écritures de la BnF et Pixi, et avons une conférence programmée à NewImages.

 

Qu’est-ce qui change dans le domaine de l’écriture pour ces nouveaux projets ? 

La base de l’écriture reste la même : on raconte une histoire ! Ce qui change c’est d’être immergé dans un univers. Dans un monde virtuel à 360°, il n’y a plus de cadres, de champ, de hors-champ, de in et de off. La place de l’utilisateur est centrale car il est un co-créateur de l’expérience : la recherche sur sa position et son parcours, son expérience, l’UX et le game design. Tous ces éléments doivent servir la mise en place de la narration et les interactions pour placer l’utilisateur au centre du récit afin qu’il le ressente et le vive pleinement.

 

Peux-tu nous parler des acteurs de la production et des acteurs techniques de cet univers ? 

Nous sommes dans un secteur de niche mais néanmoins dynamique, avec de nombreux talents et un vrai savoir-faire français. Je travaille en ce moment avec Atlas V, Little Big StoryLab, Lucid Realities, Red Corner CinéTévé Expérience, pour République, le film ou La Vingt-cinquième Heure pour Dans la peau de Thomas Pesquet. Les prestataires se sont regroupés sous un même label : French Immersive Studio. Pour ce qui est des médias, il n’y a que France Télévisions et Arte qui coproduisent de la VR, de l’AR et du jeu vidéo. Le CNC a un rôle très important et aide un grand nombre de projets. France Télévisions s’associe d’ailleurs avec le CNC et Ubisoft sur la commission Savoirs et Cultures jeux vidéo en 2021.

 

Comment envisages-tu la suite ? 

Je souhaite fédérer des dispositifs globaux à 360° et transverses au sein de France Télévisions, et renforcer la collaboration des médias publics à l’international. Je vais également travailler en partenariat avec des institutions muséales et d’autres comme l’Institut Français, les services culturels de l’ambassade des États-Unis et en étroite collaboration avec les festivals qui ont un très grand rôle. En France, nous avons des auteurs et des autrices de talent, et également des producteurs et productrices, des réalisateurs et des réalisatrices mondialement reconnus. Nous présentons toujours des projets aux festivals Sundance et Tribeca (République cette année). C’est notamment grâce à notre système basé sur l’exception culturelle, aux soutiens du CNC, d’Arte et de France Télévisions, et également aux talentueuses écoles made in France, que tout cela est possible. Reste maintenant à le faire savoir.

 

Vois-tu des évolutions marquantes arriver sur le marché ? 

La demande en contenus numériques et immersifs à consommer chez soi a augmenté avec l’ère Covid. De plus, côté technologie, les choses bougent à vitesse V, dans le domaine des casques et lunettes et leurs utilisations. Le casque Quest 2 commercialisé à moins de 400 euros connaît un véritable succès international. À noter, également que des concurrents au casque Quest vont arriver, cela permettra de se détacher de la dépendance à Facebook. Les débouchés de ces technologies en dehors de l’entertainment et du jeu vidéo, dans les secteurs médical et éducatif notamment, vont favoriser l’émergence de casques « standalone » et donc dynamiser le marché.

 

Vers quels sujets souhaites-tu diriger les futures productions ? 

Aujourd’hui, j’ai des productions jeunesse à portée éducative (BiblioQuête, Quand elle sort de sa boîte), sur les femmes, leur histoire et leur diversité (Lady Sapiens, Fight Back). Je développe également des projets sur la thématique de l’écologie pour 2022. Ces thèmes sont au centre du deuxième mandat de Delphine Ernotte et reflètent les préoccupations et interrogations contemporaines. Personnellement, elles me tiennent particulièrement à cœur !

Je vais également me positionner sur le jeu vidéo et la fiction interactive. Un appel à contribution auprès du public est d’ailleurs en cours sur francetvlab.fr. Celui-ci fera ensuite l’objet d’un appel à projets. Néanmoins, je ne suis pas arc-boutée et j’espère que les producteurs se sentiront libres de me faire parvenir des projets en dehors de ces thématiques. Je me refuse à mettre des barrières à l’expression de la créativité. À mes yeux, l’important, et c’est une exigence que je pose pour tous les films et les apps VR & AR coproduits par le StoryLab, c’est que nos productions expriment un point de vue d’auteurs fort et soient d’une grande qualité narrative, artistique et technique.

 

Vous pourrez retrouver Jeanne Marchalot sur le plateau d’experts du SATIS intitulé NOUVELLES ÉCRITURES ET CRÉATION NUMÉRIQUE AUDIOVISUELLE , le 10 novembre prochain sur le SATIS et France Télévisions sur l’espace d’exposition, les 9 et 10 novembre…

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #42, p. 120-124. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) 

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