La société Studios Post & Prod est l’entité de postproduction du groupe Newen qui intervient principalement sur les programmes de fiction. Nous avons pu visiter ses locaux et découvrir notamment le nouvel auditorium de mixage, dont la clef de voûte est la surface de contrôle Avid S6 M40.
CTM Solutions, partenaire historique de la société a installé en un temps record ces nouveaux moyens techniques fin 2020. Une interview avec Olivier Béchat, directeur général de Studios Post & Prod et Pierre Le Berrigaud, directeur commercial chez CTM Solutions.
Telfrance est l’une des plus anciennes sociétés de production françaises. Pourriez-vous nous retracer sa genèse et notamment sa volonté de maîtriser la chaîne de fabrication ?
Olivier Béchat : Telfrance a toujours intégré ses propres moyens de production, plateaux et postproduction, depuis sa création. Le modèle a cependant aujourd’hui beaucoup changé. En 2008, Michel-Jean Canello vend Telfrance à Fabrice Larue. Lequel commence à bâtir un pôle de production plus important en rachetant l’agence de presse Capa, puis 17 Juin Média, positionné sur les marchés du flux et du magazine.
Sur le plan de la postproduction, tout continue non sans mal puisque le site est tout de même à 50 km de Paris. Cela jusqu’en 2018, année du rachat de la totalité (en deux temps) par TF1. La décision est alors prise de fermer le site du Perray.
En parallèle, sur le site sur lequel nous sommes actuellement, se produisait depuis 2001 Les Maternelles. L’émission ayant finalement changé de formule et de producteur en 2016, le site était disponible et présentait plusieurs avantages, ayant déjà accueilli des prestations techniques.
Plutôt que de s’implanter sur un site pas totalement étudié pour, j’ai fait part au groupe de l’intérêt d’y développer une offre répondant à ses besoins de manière plus large, autrement dit pas uniquement aux historiques Telfrance, mais aussi à Capa et aux autres producteurs qui ont rejoint Newen, pour offrir des prestations à des producteurs extérieurs. Depuis mon arrivée en 2013, nous avons une structure qui s’appelle Studios Post & Prod. Filiale à 100 % du groupe, elle est néanmoins un « pure player » prestataire de postproduction, agnostique.
Aujourd’hui, nous réalisons quelque 30 % de notre activité avec des clients extérieurs au groupe. Localisés en plein cœur de Boulogne, au pied du métro et dotés de places de parking, nous proposons aux producteurs une offre globale, de proximité et confortable. D’autre part, le fait d’avoir un mix de clients internes et externes permet de challenger en permanence notre offre tout en optimisant au mieux les moyens. La complémentarité des deux est plutôt vertueuse.
Quels travaux avez-vous réalisé dans ces locaux ?
Ce site était surtout orienté plateau. La quotidienne Les Maternelles n’était certes pas en direct, mais était tournée dans les conditions du direct. De ce fait, nous faisions peu de postproduction, un peu de son, un peu de montage image. Finalement, nous étions vraiment dans une logique de flux. Nous avions juste un autre plateau de 80 m2. Nous nous sommes dit que le fait d’avoir ces deux plateaux nous permettait de bénéficier de deux structures isolées dans lesquelles nous allions pouvoir faire du son et des audis.
Nous avons réalisé des travaux assez lourds pour transformer cet endroit en un site de postproduction orienté fiction. Nous avons construit un audi d’enregistrement, parce que clairement (notamment en bruitage) le besoin était évident et s’est confirmé. Le plateau de 210 m2 a été segmenté, nous avons construit six salles de montage son et un auditorium de mixage.
Au total, nous disposons actuellement de treize salles de montage image, six salles de montage son, un audi bruitage-postsynchro, un audi de mixage, une salle d’étalonnage et une salle de conformation. Le tout autour des deux « nodals », complétés par une salle de visionnage et de nombreux espaces dédiés à l’accueil de nos clients, sur une superficie de 1 200 m2.
L’ensemble des outils de montage image et son sont reliés à un stockage centralisé Avid Nexis. Nous avons beaucoup travaillé l’ergonomie et l’organisation des espaces, réalisé nombre d’études avec l’architecte pour redessiner le site. Nous visions à créer un espace « généreux », un site dans lequel on se sente bien, vraiment orienté fiction, avec des salles de montage confortables, dotées de fenêtres, climatisées…
Le volume est impressionnant…
Oui ! En fait, le grand hall est le couloir qui desservait les deux plateaux. Nous avons conservé ces volumes. Au printemps, nous lancerons des travaux de ravalement qui nous permettront d’aménager la cour dont on pourra profiter l’été. Le site est au calme, en retrait de la rue, bien qu’en plein cœur de Boulogne. J’ai bien expliqué à l’architecte responsable de nos travaux que notre métier est en grande partie de l’hôtellerie. J’ai beaucoup travaillé sur ce point dans ma précédente vie ! Je sais qu’au-delà de l’offre technique qui est primordiale, il est aussi très important de disposer de lieux dans lesquels on se sent bien.
À quand remonte votre collaboration avec CTM Solutions ? Et quelle a été la motivation pour faire évoluer votre console ?
Pierre le Berrigaud : Avant même mon entrée chez CTM, il y a quinze ans ! Nous avons suivi les évolutions, les déménagements, les ré-emménagements… Il y a eu pas mal d’évolutions depuis que Studios Post & Prod a réintégré ce site, notamment le changement de console puisqu’on avait installé des Stations Pro Tools et qu’on a suivi les évolutions avec le raccordement au Stockage collaboratif Avid Nexis. Il y a quelques années, les Pro Tools s’étaient mis un peu à part. Et comme le disait Olivier, il y avait une console de mixage SSL associée à cette Station Pro Tools, elle devenait vieillissante, ne répondait plus tout à fait à la demande du marché et des mixeurs et ingénieurs du son.
Olivier Béchat : Nous sommes dans un monde où il faut mixer de plus en plus vite, récupérer le plus possible les projets en amont, y compris éventuellement tout ce qui a été préparé en montage son. Le fait d’être dans un environnement intégralement basé sur Avid ProTools d’un bout à l’autre de la chaîne, nous permet de postproduire plus vite et plus efficacement. La demande devenant très forte de la part des mixeurs, nous avons réalisé la bascule, à la fin de l’année dernière, parce que nous avions un slot de planning nous le permettant. La difficulté de ce genre d’opération est de prendre un peu de temps. Nous savions que le prochain créneau se situait plus ou moins à l’été 2021. Je ne sais pas si cela aurait été impossible, mais la vie aurait été compliquée sans faire le changement de console à ce moment-là. C’est pourquoi nous l’avons déclenché si vite et que Pierre nous a suivi dans cette opération express.
Pierre le Berrigaud : Arrêter un audi a un coût. Et répondre à des impératifs de production n’est pas anodin. Nous avons fourni un meuble de studio adapté, sur mesure. Il faut alors compter le temps de la fabrication, trouver le bon créneau entre le moment où la commande est validée et le moment où on va l’installer et l’intégrer sur site.
Quel fut le délai ?
Pierre le Berrigaud : Cela nous a pris environ six semaines. La fabrication demande trois semaines, ensuite il faut prévoir le temps de le recevoir, de le monter, etc. C’est un délai raisonnable, s’il n’arrive pas de pépins entretemps… Début décembre, un premier mix a été ainsi réalisé.
Olivier Béchat : Oui nous avons démarré avec Meurtres en Berry, un unitaire mixé par Christophe Leroy qui s’est dit plutôt ravi. L’acoustique et le volume donnent satisfaction à tous. J’ai fait appel à Jean-Marc Vernaudon (Frequenciel) qui avait déjà refait l’acoustique de l’audi du Perray.
À notre arrivée ici, on a entré l’audi dans un volume beaucoup plus grand de 210 m2, on pouvait un peu le dessiner comme on voulait. Je lui ai dit de se débrouiller comme il l’entendait mais que ce serait bien de recréer un audi exactement de la même taille que celui que nous avions au Perray, afin de récupérer tout l’habillage secondaire du traitement acoustique. Cela nous faisait gagner beaucoup de temps et un peu d’argent. Nous avons donc redessiné l’audi au centimètre près.
Sur combien de projets pouvez-vous œuvrer en simultané ?
Olivier Béchat : Généralement, nous travaillons en parallèle sur deux à trois séries et autant d’unitaires. Le tout est de s’organiser. Aujourd’hui, il convient de compter entre trois et quatre salles de montage image sur une série et deux salles sur un unitaire. C’est vrai que la console Avid S6 a aussi l’avantage de pouvoir se mettre en ordre de marche plus rapidement, sans les temps de configuration plus longs qu’on peut avoir sur des consoles traditionnelles. On peut aussi imaginer en cas de besoin d’avoir deux mix en parallèle sur des horaires un peu décalés, pour être plus souples. De plus, tous les ingénieurs du son freelance connaissent bien la console Avid S6 qui est devenue une véritable référence sur le marché de la postproduction.
Justement, les durées de mixage sont-elles optimisées ? En combien de temps mixez-vous ? Combien de jours comptez-vous pour un unitaire ?
Olivier Béchat : En télévision, les durées sont traditionnellement assez normées. Sur un unitaire, on est souvent, VI incluse, entre sept et huit jours. Sur un 52, nous sommes aux alentours de cinq jours par film. C’est la norme qui couvre 70 % des cas, même si on constate aujourd’hui en parallèle l’arrivée de projets plus lourds et complexes au son, avec des durées plus longues.
Quel retour vous font les intermittents par rapport au lieu, à l’outil ?
Olivier Béchat : « Un endroit où l’on se sent bien », tel est le retour. Sur le plan technique, nous avons privilégié des workflows et des solutions éprouvées, avec une surface de mixage Avid S6, des stations Avid Pro Tools, une station Da Vinci Resolve en étalonnage… Chacun retrouve ainsi aisément et rapidement ses marques, ce qui est primordial au vu des délais accordés à la postproduction. La localisation est un autre plus. Côté son, le bon retour des utilisateurs est très satisfaisant car il n’est pas toujours simple de créer des audis « from scratch », à fortiori quand on fait des audis d’enregistrement. Ce sont évidemment toujours des prototypes, des objets un peu compliqués, mais les retours sont très bons en termes d’acoustique et d’équipements.
Encore une fois, je travaille beaucoup avec Jean-Marc Vernaudon, avec qui on sait où on va, et les retours sont excellents, y compris sur le bruitage et la postsynchro. L’audi mesure 80 m2, avec quelque 5 m de hauteur, ce qui est assez confortable. On y a mis ce qu’il fallait : différents sols, fenêtres, portes, plusieurs points d’eau, une cabane modulable pour la postsynchro afin d’avoir un endroit un peu plus mat à l’intérieur du volume… Nous avons consulté les bruiteurs et les directeurs de plateau pour affiner l’audi au fur et à mesure. Aujourd’hui, les utilisateurs sont très contents de l’outil, ils nous ramènent même des affaires !
Pierre le Berrigaud : Vous avez un outil complet sur un seul site ce qui n’est pas tellement courant. Offrir une chaîne complète située à Boulogne n’est pas donné à tous, peu alignent un audi mixage, de bruitage, la postprod, l’étalonnage, le finishing. Le plus souvent ces activités sont réparties en plusieurs lieux.
Olivier Béchat : Notre modèle actuel est assez vertueux. Quand nous avons pris la décision de revenir ici, tel était vraiment le point fort : avoir la capacité de pouvoir tout mettre à un même endroit, pas loin de Paris, bien desservi. Il est vrai que, quand on fait de la série, les réalisateurs ont besoin d’être en même temps au mix, aux génériques, passer à l’étalonnage des épisodes précédents, finir le montage image des épisodes suivants… On est dans un monde où les plannings ont tendance à se resserrer de plus en plus et où on fait de plus en plus de séries.
Travaillez-vous avec les plates-formes type Netflix ou Amazon ?
Même si nous travaillons encore majoritairement avec des diffuseurs traditionnels, nous avons déjà livré la première série d’Amazon Prime Video France (Deutsch-les-Landes) et nous postproduisons actuellement Friend Zone pour Netflix, réalisé par Charles Van Tieghem et produit par Nabi Films.
Comment qualifieriez-vous votre collaboration avec les équipes de CTM Solutions ?
Nous avons, grâce à leurs équipes, pu mener notre projet à bien tout en respectant notre planning très contraignant. Les équipes de CTM ont su nous faire partager leurs conseils et leur expertise en matière de design de studio de mixage, tout en respectant notre workflow et notre contrainte budgétaire. Leur accompagnement a été effectif tout au long du projet, depuis la conception jusqu’à l’installation, puis pour la mise en service des équipements et la formation des mixeurs sur la nouvelle Avid S6. C’est un véritable partenaire technique pour notre société, que je recommande pour leur professionnalisme et leur expertise.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #40, p. 60-63. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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