Lancée le 17 août dernier, Téléfoot, chaîne crée par Mediapro, a acquis les droits de diffusions des matchs de Ligue 1 et Ligue 2 au prix astronomique de près de 800 millions d’euros annuels jusqu’en 2024. Elle est aujourd’hui commercialisée 25 € par mois (29,90 € sans engagement de durée) chez la plupart des opérateurs FAI (Orange, SFR, Bouygues et Free), mais aussi avec Netflix via un abonnement groupé (29,90 € par mois avec engagement de 12 mois). Pour le moment, la distribution via les bouquets Canal ne semble pas à l’ordre du jour tant la tension entre les deux groupes est palpable.
Téléfoot retransmet 80 % des rencontres de Ligue 1, de même que huit rencontres hebdomadaires de Ligue 2. Suite à un accord obtenu avec la chaîne RMC Sport (qui détient les droits de la Champions League dans l’Hexagone jusqu’en 2021) Téléfoot diffuse également certains matchs de la Ligue des Champions et de l’Europa Ligue.
Afin de gagner dès son lancement en notoriété, Mediapro a signé un accord avec TF1 qui repose sur trois points : une licence de marque pour l’utilisation du nom Téléfoot pour la chaîne (NDLR-Téléfoot est une émission historique diffusée depuis plus de quarante ans sur TF1) ; un partenariat éditorial et de production ; et la mise à disposition de commentateurs et consultants phares de la première chaîne Française.
« L’atout principal et différenciant de notre chaîne est d’être au plus proche des clubs. Pour cela nous avons notamment créé un rendez-vous quotidien, Au cœur des clubs qui leur est consacré. De plus, nous avons des journalistes reporters d’images locaux qui sont en lien permanent avec chacun d’entre eux. De nombreux consultants sont également des anciens joueurs, encore sur les terrains de ces clubs l’an passé », explique Jean-Michel Roussier, directeur de l’antenne de Téléfoot.
Une chaîne montée de toute pièce en deux mois
Installée dans un haut lieu du paysage audiovisuel français, au cœur de la Plaine Saint-Denis en banlieue parisienne, Téléfoot n’aura eu que très peu de temps pour concevoir et installer ses locaux. « Nous avons dessiné et monté l’ensemble des moyens techniques de la chaîne en deux mois, ce qui est un temps record pour un media de cette importance », précise Cyril Marçot, directeur de production de Mediapro.
Si les locaux disposent, pour la postproduction des reportages, de six salles de montage Avid, d’une salle d’habillage Adobe After Effects et d’une salle de mixage Protools, ce sont bien les deux plateaux de 100m2 et 300m2 (pouvant, hors période covid, recevoir du public) qui donnent corps à la chaîne. Ce sont eux, en effet, que les téléspectateurs peuvent voir régulièrement à l’antenne, par l’intermédiaire des trois émissions quotidiennes qui y sont tournées, de même que les avants et après matchs.
« Nous disposons aujourd’hui, pour les deux espaces, d’une régie de production architecturée autour d’un mélangeur Kahuna de chez Grass Valley. À terme, nous aurons une régie pour chacun des deux studios. Le grand plateau exploite dix caméras, dont deux robotisées, et une grue. Nous privilégions encore les caméras avec des opérateurs de prise de vue », poursuit Cyril Marçot.
Les deux décors ne sont pas virtuels mais bien physiques. « Nous parvenons à différencier très facilement les décors de nos différentes émissions. Pour cela, nous exploitons un maximum d’écrans, qui sont dans le champ des caméras, et des températures de couleurs très variées avec l’éclairage Led. Nous utilisons également un maximum des éléments de statistiques et autres données écrites en réalité augmentée avec des effets 3D. Nous les faisons apparaître en donnant du mouvement grâce à nos grues disposées sur les deux plateaux », intervient Jérôme Revon, réalisateur des émissions plateaux.
Prochainement, les hologrammes devraient faire leur entrée chez Téléfoot. L’idée est de placer un joueur interviewé sur le terrain devant un fond vert portable afin qu’il puisse être incrusté en 3D directement sur le plateau, aux côtés des animateurs et des invités.
À l’image, sont visibles les éléments de décors des émissions conçues par les designers espagnols, mais aussi l’utilisation des hologrammes dont sont friands les spectateurs vivant de l’autre côté des Pyrénées : l’héritage hispanique de la chaîne est évident.
Le modèle espagnol omniprésent
Tout d’abord les cars de Mediapro ont remplacé, aux abords des stades, ceux des prestataires historiques tricolores que sont AMP Visual TV et Euromedia. Une dizaine de cars du groupe Mediapro s’affairent pour la réalisation des matchs. Pour deux rencontres de Ligue 1, ce sont deux unités de production 4K HDR qui officient. Pour le reste – le nombre de caméras ou encore leur disposition –, rien n’a vraiment changé puisque c’est le cahier des charges de la Ligue de Football Professionnel qui est scrupuleusement appliqué. « Nous avons tout de même installé sur les stades de Paris, Lyon, Lille et Marseille, des cablecams qui restent à demeure », nuance Jérôme Revon.
La régie de diffusion de Téléfoot est à Barcelone. Il s’agit d’une régie finale traditionnelle dans laquelle l’interaction avec les locaux de la région parisienne est particulièrement développée. « La fibre noire, entre la Plaine Saint-Denis et Barcelone, est gérée par une filiale de Mediapro : Overon. L’ensemble des signaux des matchs arrive simultanément au sein de la chaîne et à Barcelone. De plus, nous bénéficions d’une parfaite coordination entre les serveurs de part et d’autre du workflow afin de pouvoir monter de manière fluide et rapide les highlights de chaque rencontre », développe à nouveau Cyril Marçot.
Si en Espagne la remote production est reine en football, elle n’est pas encore à l’ordre du jour en France. Par contre, pour certains matchs, des évolutions sont à l’étude afin de regrouper et centraliser l’habillage ou encore une partie des opérateurs LSM. Pour les émissions dédiées aux clubs, les journalistes JRI locaux sont pourvus d’équipement Aviwest afin d’envoyer leurs interviews et sujets directement en 4G.
Téléfoot n’en est qu’à ses débuts, gageons que de nombreuses évolutions techniques viendront upgrader les coulisses techniques de la chaînes, probablement toujours en architecture miroir avec ce qui se fait en Espagne.
DEUX GRANDS NOMS DU FOOT ET DE LA TÉLÉ TRICOLORE
Jean-Michel Roussier est directeur de l’antenne de Téléfoot. Il a été notamment président de l’Olympique de Marseille entre 1995 et 1999. Il fonde en 1999 la chaîne OM TV dédiée au club. En 2011, il lance pour le compte de la Ligue de Football Professionnel la chaîne payante CFoot créée pour « mettre la pression » sur les diffuseurs historiques du football français et garantir ainsi des montants de droits conséquents. La chaîne n’émet que durant une année.
Jérôme Revon est réalisateur et conseillé de la chaîne. C’est un ancien de Canal+ qui a pendant très longtemps été aux manettes des matchs de football. Aujourd’hui, il se consacre à mettre en images les émissions de plateau de Téléfoot mais aussi à avoir une vision globale des réalisations de la chaîne.
DREAMWALL SIGNE LE PLATEAU DE TÉLÉFOOT L’ÉMISSION DE TF1
La société belge, implantée à Charleroi, a conçu le décor virtuel de l’émission créée en 1977. « A l’origine, nous avions collaboré avec TF1 à l’occasion de la Coupe du monde de foot de 2018. Pour les émissions, nous avions mis en place un système qui permettait, à l’aide d’une arche réelle et d’un fond vert, d’incruster sur le plateau un joueur interviewé dans le stade, ou encore d’intégrer dans un vestiaire reconstitué un chroniqueur présent, lui, en plateau », explique Maud Leblon, coordinatrice chez Dreamwall.
L’association avec TF1 s’est poursuivie avec le programme hebdomadaire dès la fin de la Coupe du monde. Cette fois, l’arche réelle est devenue virtuelle afin d’éviter les manutentions sur le plateau de la chaîne à Boulogne et le fond vert a été remplacé par un mixe écran géant et deux fonds verts sur les côtés. L’idée est que le public installé sur le plateau puisse, grâce à cet écran, visualiser le décor virtuel ou la réalité augmentée. Un opérateur de TF1 a été formé à la solution Turc Zero Density exploitée par Dreamwall. Cette année, le média Newcast Studio a attribué un award pour le décor de Téléfoot dans la catégorie émission sportive.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #39, p. 88-90. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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