Les premiers reprennent les codes narratifs et esthétiques de la vidéo consommée sur réseaux sociaux ; les seconds tirent parti de toutes les innovations technologiques pour capter les images et les sons de la meilleure qualité possible. Entre ces deux extrêmes les productions à budgets intermédiaires reprennent les codes de l’un ou l’autre en fonction du public auquel elles s’adressent.
Il suffit d’une visite au Satis pour constater ce grand écart entre deux conceptions de l’image animée, qui sont sans doute complémentaires et répondent assurément aux nouvelles habitudes des spectateurs, qui apprécient la spontanéité de l’un et la magnificence de l’autre.
The Explorers, la première chaîne de streaming de contenu 8K au monde, a radicalement pris le parti de la recherche de l’excellence. La société française est en effet la première à proposer du contenu 4H-8K HDR dans 170 pays et traduit en 17 langues.
Les possesseurs d’un téléviseur Samsung Qled 8K peuvent ainsi visionner les documentaires en 8K natif via l’interface intégrée à ces écrans. Les autres bénéficient, via l’application The Explorers et Apple TV, qui lui a décerné l’Award de l’application de l’année 2019, d’un streaming en 4K HDR de la plus grande finesse et du 8K HDR sur leur ordinateur, pour peu que celui-ci soit relié à un écran de définition suffisante.
La volonté de son fondateur, Olivier Chiabodo, et de son équipe est d’inventorier le patrimoine et les merveilles naturelles, culturelles et humaines de notre planète afin de sensibiliser à la beauté du monde, mais aussi à sa fragilité, pour inciter à mieux le protéger.
Le choix d’un matériel de pointe est donc une démarche importante de ce processus, car la super-pixellisation produit des images d’un réalisme stupéfiant, qui immergent le spectateur au cœur de l’aventure pour le rendre acteur de l’expédition.
La précision, le réalisme, le rendu des couleurs, la définition de l’image aident à réaliser à quel point notre environnement est grandiose, mais aussi vulnérable, et assurent une pérennité à cet état des lieux du monde tel qu’il est aujourd’hui.
Alors que les expéditions se font habituellement dans les coins les plus reculés du globe, c’est en France que The Explorers tourne actuellement, profitant des fermetures des frontières pour se pencher sur notre pays.
En partenariat avec Atout France, l’agence de développement touristique de la France, et des différentes régions, le but est de réaliser un documentaire de cinquante-deux minutes par région, agrémenté d’une série de courtes vidéos sur des sujets complémentaires, afin de promouvoir notre patrimoine auprès du public international.
J’ai l’immense plaisir d’avoir intégré l’équipe de The Explorers, et suis honorée d’apporter ma modeste contribution à ce beau dessein d’inventaire. Étant spécialisée dans les tournages en montagne, j’ai été chargée de tous les sujets d’altitude. Nous avons commencé par la région Sud ; aussi, pendant que des équipes tournaient en Provence et en Méditerranée, j’ai arpenté les Alpes du Sud pour traiter de différentes thématiques.
L’enjeu en montagne est souvent de trouver le meilleur compromis entre qualité d’image et transportabilité/poids du matériel, car nous devons nous déplacer à pied, crampons ou skis de randonnée, souvent pendant de longues heures, pour atteindre les sites. Pour une production de ce type le critère de choix des caméras et des optiques est avant tout de répondre aux exigences de qualité.
Nous avons hésité entre une Sony F55 avec enregistreur Raw et une Red, et avons opté pour la seconde, plus compacte et modulable en fonction des environnements. Les prises de vue animalières se font souvent au 50-1 000 mm Canon, mais celui-ci étant intransportable sur de longues distances à dos d’homme, nous avons privilégié un téléobjectif plus court et des focales fixes Nikon.
La plupart des plans ont été filmés sur trépied, mais quand cela a été possible nous avons effectué des suivis avec un stabilisateur Freefly. Lorsque nous n’étions pas dans un parc national nous avons fait des prises de vue aériennes avec un drone Inspire équipé d’un enregistreur Raw. Le tout accompagné bien sûr d’une multitude de batteries ainsi que de l’équipement indispensable en montagne et à l’évolution sur glacier les jours concernés.
L’ensemble représentait ainsi une cinquantaine de kilos de matériel. Nous avons aménagé des sacs à dos pour pouvoir tout transporter de la sorte, quitte à devoir skier avec le drone à l’extérieur de l’un d’eux.
Pour m’accompagner dans ces aventures, j’ai fait appel à des opérateurs talentueux, mais aussi à l’aise en montagne et en excellente forme physique pour pouvoir avaler les dénivelés tout en étant chargés. Ceux qui réunissent tous ces critères ne sont pas nombreux.
Jonathan Viey a été à mes côtés pour l’essentiel des tournages, relayé par Julien Christe pour l’expédition sur le glacier blanc des Écrins. Nous avons été soutenus par Michka Guillot, venu nous aider à transporter le matériel et peaufinant par la même occasion son entraînement pour les courses de spartan dans lesquelles il excelle. Avant d’attaquer j’ai pour ma part multiplié les longues sorties en ski de randonnée, alpinisme ou trail running pour préparer mon corps aux efforts à venir.
Le premier tournage a eu lieu fin juin à La Grave, pour filmer la snowboardeuse Marion Haerty sur glacier. Je dois avouer que pour moi la symbolique de cette journée a été très forte. J’ai été pendant de nombreuses années productrice des vidéos du Freeride World Tour, le circuit de ski et snowboard freeride, dans lequel j’ai vu Marion devenir championne du Monde, puis renouveler son exploit trois fois de suite. Commencer mes tournages pour The Explorers avec elle a donc été une transition parfaite entre les vidéos que je réalisais auparavant et celles que je m’apprêtais à faire.
Nous avons pris les remontées mécaniques de la station et avons ensuite chaussé les skis de randonnée pour monter plus haut sur le glacier et être au plus près de notre snowboardeuse et de son guide pour les filmer en action. Nous avons évolué avec précaution entre séracs et crevasses pour retranscrire cet environnement particulier, qui est une parfaite illustration du caractère à la fois grandiose et fragile de notre planète.
Mon métier est principalement de filmer les sports outdoor, or c’est une thématique que The Explorers souhaite développer sur leur application, en complément d’une autre sur la gastronomie. Les athlètes qui pratiquent ces activités ont un rapport très fort avec la nature et des personnalités déterminées, ce sont souvent des sujets riches.
Après le snowboard, nous avons donc enchaîné avec la kayakiste extrême Nouria Newman, connue pour ses expéditions pionnières, qui est venue descendre pour nous les rapides du Gil, torrent mondialement réputé du Queyras, en compagnie de Mathieu Coldebella. Le tournage réunissant des athlètes d’exception, un cadre magistral et une belle lumière, nous nous sommes régalés à engranger les images de cette session.
Les jours suivants, nous avons suivi une botaniste cueillant les fleurs de l’arnica dans les prairies alpines pour fabriquer des huiles médicinales. Nous sommes allés bivouaquer au bord du lac d’Allos, dans le Parc national du Mercantour, pour profiter des lumières rasantes de début et fin de journée sur ce site magnifique et observer les marmottes qui l’habitent, en compagnie d’une accompagnatrice en montagne locale experte en géologie.
Avec un garde du Parc national des Ecrins, nous avons grimpé en haut de l’Aiguillette du Lauzet pour rejoindre un groupe d’étagnes, les femelles bouquetins, qui s’étaient réfugiées en altitude pour échapper à la chaleur. Et enfin nous avons entrepris la longue ascension du glacier blanc jusqu’au refuge des Écrins qui, chargés comme nous l’étions, nous a pris environ six heures, pour filmer à l’aube l’installation d’appareils de surveillance du glacier.
Des repères placés dans la glace permettent de mesurer la hauteur de la fonte, et une caméra spécifique enregistre des timelapses sur de très longues durées afin de visualiser l’évolution de la masse glaciaire. Si les accords de Paris sur le climat étaient respectés, il resterait à la fin du siècle dix pour cent des glaciers des Alpes, mais ils auront vraisemblablement tous disparu, laissant place à des lacs, des moraines, et causant de grandes sécheresses en aval, depuis les vallées de montagne jusqu’aux plaines du Midi.
Le slogan de The Explorers étant « mieux connaître pour mieux protéger », on peut espérer que ceux qui visionneront ce documentaire prendront conscience de la nécessité de modifier nos comportements pour préserver notre environnement, et donc notre avenir.
De retour de cette session dans la région Sud, j’ai procédé au montage des sujets. Les rushes Raw de la Red se traitent très facilement dans Premiere Pro malgré leur taille, alors que ceux du drone, composés d’une suite d’images fixes, sont plus difficiles à gérer pour les ordinateurs, nécessitant au besoin de générer des proxies. Grâce à ces formats bruts, l’étalonneur peut exploiter au maximum la grande plage d’exposition et de couleur de ces images.
Afin de rendre des masters en 8K 50p d’une définition et d’une fluidité parfaites, les rushes issus de caméras de résolution inférieure, comme ceux du drone par exemple, sont upscalés proprement en postproduction selon un procédé répondant aux exigences de qualité de The Explorers. En peaufinant ainsi les images des documentaires, on accroît l’immersion du spectateur.
Comme le rappelle Olivier Chiabodo dans son manifeste, le but est « de voir le monde comme vous ne l’avez jamais vu, et réaliser à quel point sa beauté est immense, mais aussi fragile ».
Après cette première expérience dans Alpes de la région Sud, je suis impatiente de repartir en tournage dans les autres massifs français, dans des cadres grandioses, à la rencontre de la faune sauvage, de personnalités de la montagne, d’athlètes, pour contribuer à cet inventaire de la Planète. Vous aussi pouvez y participer en rejoignant la communauté The Explorers via l’application, pour partager vos propres images et peut-être gagner votre place dans une de nos prochaines expéditions. Alors à bientôt peut-être sur un tournage ?
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 86-88. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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