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Dans un monde post-Covid-19, la composition des dispositifs déployés sur le sport « premium » pourrait évoluer, avec moins de moyens conventionnels et plus de solutions remote, sinon automatisées. © Bernard Poiseuil

Tournages sport : quels outils et quels set-up pour les jours d’après ?

 

D’ici à 2025, affirment certains observateurs, la production sport va connaître une nouvelle révolution. Et la crise du Covid-19, qui pourrait s’éterniser, y aura en partie contribué. En partie seulement, car la remote production, par exemple, qui est à la veille de connaître de nouveaux déploiements, était déjà une réalité, bien avant le début de la pandémie.

Ainsi, les opérations de réalisation, contrôle image, correction colorimétrique, ralentis, insertion de graphismes et mixage peuvent toutes être pilotées à distance. Grâce à la fibre et à une architecture IP robuste, en attendant la 5G. Grâce, aussi, à des solutions conçues pour s’intégrer à ce nouvel écosystème, comme celles de la société SimplyLive, basée à Hong Kong. « Nos softwares sont nativement construits pour être exploités en remote, c’est la base », reconnaît Luc Doneux, son directeur général.

« Ensuite, on a rajouté, avec le UI Gateway, la possibilité de fournir un confort à distance, même dans des conditions critiques (longue latence, bas débit Internet…). Le UI Gateway nous permet également de fournir jusqu’à seize multiviewers pour l’équipe de production. C’est une addition flexible et puissante à notre suite Vibox. »

 

Une remote production à géométrie variable

Aujourd’hui, « le fait nouveau est que la “distance” n’est plus limitée par la technologie, mais principalement par l’analyse des coûts et des avantages propres à chaque événement », fait-on remarquer chez OBS (Olympic Broadcasting Services), qui a utilisé les deux dernières éditions des Jeux Olympiques de la Jeunesse comme laboratoire pour la remote production.

Ainsi, suivant l’éligibilité des sites et un certain nombre de paramètres (télécommunications, hébergement…), celle-ci se décline en plusieurs modèles. Qu’il s’agisse de la remontée de toutes les sources V and A (vidéo/audio) brutes du stade vers un media center distant, du remote control des équipements depuis un car sur site ou encore d’une production entièrement à la maison, impliquant à la fois la remontée des signaux et le pilotage des équipements (console son, mélangeur, caméras robotiques…) à distance.

Et tous ces modèles vont encore évoluer dans les prochaines années. Une mutation à laquelle l’industrie se prépare déjà.

« Le découplage entre lieu de captation, back-end technique et équipe de production était déjà bien amorcé avant la crise », note Christophe Messa, en charge de la gestion des systèmes automatisés chez EVS. « Mais celle-ci, avec ses exigences de distanciation sociale, a très fortement accentué la dispersion au sein même des équipes de production. Il est clair que dans un monde post-Covid-19, un certain nombre de productions continueront sur ce modèle, en fonction duquel nous réfléchissons à des évolutions de nos solutions et de nos interfaces utilisateurs comme, par exemple, LSM-VIA. »

Même son de cloche du côté de SimplyLive. « Nous avons construit nos solutions pour être complètement agnostiques et flexibles par rapport à ces changements », vante Luc Doneux. « Aujourd’hui, nos systèmes de processing (Vibox Back-end server) peuvent être sur site, en régie ou dans le cloud. Les opérateurs peuvent être au stade, dans une régie distante ou à la maison. Nous avons tous les outils pour gérer les différents paramètres d’environnement, suivant la latence des liens et des bandes passantes disponibles. »

 

Moins d’opérateurs et de caméras sur site ?

Pour des compétitions ou des sports peu médiatisés, la remote production s’impose déjà comme une solution du présent. Ainsi, côté matériel, il ne reste plus guère sur place que les caméras et les micros, plus ce qu’il est convenu d’appeler un van ou truck remote afin de pouvoir mettre en œuvre la configuration terrain : tester les câbles, contrôler la qualité du signal, valider les interconnexions avec la régie distante, etc.

Pour le sport dit « premium », en revanche, celui-ci mobilise, aujourd’hui encore, un certain nombre de moyens conventionnels (régies mobiles et autres) dans l’enceinte des stades ou des circuits. L’avenir est-il à la réduction de ces moyens, comme le proposait récemment Barbara Slater, la directrice de BBC Sport, lors d’une table ronde virtuelle organisée par l’Union européenne de radio-télévision (UER) ?

D’abord, la proposition néglige certains freins technologiques. « Prenez l’exemple du plan large/plan serré, un sujet sur lequel nous travaillons depuis des années », abonde François Valadoux, directeur général délégué et directeur technique d’AMP Visual TV. « On pourrait ne mettre qu’une caméra et puis zoomer électroniquement dans l’image pour obtenir un plan serré. Mais, aujourd’hui, cela ne donne pas de grands résultats parce qu’il faut prendre en compte la profondeur de champ, et celle-ci ne s’invente pas. »

Ensuite, « revoir les dispositifs à la baisse ne me semble pas possible, car la multiplication des sources sur les événements majeurs répond aujourd’hui à une vraie nécessité », réagit de son côté Julien Bertin, directeur d’Infront Productions France. « Les images fournies permettent une plus grande utilisation autour des compétitions pour les détenteurs de droits, ainsi que pour les plates-formes digitales où les spectateurs ont accès à tous les angles qu’ils peuvent eux-mêmes choisir. »

En résumé, « cela prendra du temps, non seulement pour que l’industrie accepte, en termes d’emplois, une production plus sophistiquée avec un seul opérateur derrière plusieurs caméras, mais aussi pour établir de nouveaux protocoles dans le flux de travail », estime-t-on chez OBS.

En attendant, pour Tokyo 2020, « nous sommes sur les mêmes bases que pour Rio 2016 », indique l’opérateur hôte des JO. « Selon notre plan actuel, la couverture complète de l’événement restera la même. Nous fournirons jusqu’à 9 500 heures de production sur les différentes plates-formes pour la télévision linéaire, les médias numériques et les réseaux sociaux. »

Pour cela, quelque 60 à 70 caméras seront déployées dans le stade olympique, qui accueillera les cérémonies d’ouverture et de clôture, l’athlétisme et certains matchs de football. Parmi elles, dix caméras robotiques, dont deux le long de la ligne du 100 mètres et certaines fixées au toit, filmeront les courses individuelles et les relais. Et d’autres, au nombre de trois à cinq, selon les épreuves, seront installées près des sautoirs et des aires de lancer. De plus, huit caméras du même type offriront des vues d’ensemble du stade. Elles capteront aussi les séances d’échauffement et les cérémonies de remise des médailles aux athlètes.

« Nous n’utiliserons pas de systèmes entièrement automatisés. Nos caméras robotiques seront placées à des endroits où des caméras conventionnelles ne peuvent pas être installées pour améliorer la narration. Elles seront connectées IP, permettant à un opérateur distant, situé près de l’aire de compétition ou au sein de l’unité de production, de les ajuster et de les contrôler en temps réel », détaille une source interne. « Ces images seront mélangées à celles d’appareils photo à commande manuelle et viendront enrichir la production multilatérale, principalement pour des prises de vues isolées et des replays. »

En Espagne également, sous la contrainte de la crise sanitaire qui a nécessité certains ajustements dans la production des matches lors de la reprise de la Liga, ce type de caméra opère désormais dans le couloir qui mène au terrain. Autour de celui-ci, certaines positions ont par ailleurs été surélevées et les caméras qui, hier encore, arpentaient les bords de touche, ont été déplacées ou retirées, comme aussi lors de la reprise du championnat de Hongrie fin mai.

Cependant, « on peut imaginer que la situation reviendra à la normale à un certain moment, car ces caméras, munies d’un grand angle, permettent de restituer le côté dynamique des actions, ce que ne peuvent pas faire les caméras à longue focale placées dans les tribunes », souligne Julien Bertin. D’autre part, « elles captent aussi du son, ce qui est important. »

Pour des événements « premium », il est donc peu probable que des dispositifs de 30 caméras et plus (pas moins de 36, plus un travelling aérien, quadrilleront ainsi chaque terrain de l’Euro 2020) se contractent dans un monde post-Covid-19. Maintenant, verra-t-on ces mêmes dispositifs de moins en moins habités, avec une inflation de solutions remote, sinon automatisées, à la place de moyens conventionnels ?

« Sur ce type d’événement, on n’est pas près de sortir du modèle actuel », estime François Valadoux. « D’autant que remoter une caméra lourde avec un 80x ou un 100x, même si c’est possible un jour, je ne vois pas la valeur ajoutée que cela pourrait apporter. »

 

Des solutions remote pour le sport « premium »…

Il n’empêche qu’à la suite de la pandémie, « dans les pays où nous sommes implantés, nous constatons que la tendance à la remote production, qui existait déjà, s’accélère », signale François-Charles Bideaux.

Ainsi, en Italie, « nous allons réaliser à l’automne prochain, à la demande des détenteurs de droits de la Série A, un “proof of concept” afin de leur démontrer la faisabilité d’une production remote, sans dégrader le produit, vraisemblablement lors d’un match à Milan, dont le stade dispose de toute la connectivité nécessaire », annonce le co-président d’Euro Media Group.

Petit à petit, l’Angleterre aussi s’engage dans cette voie et a même commencé de le faire depuis que, le 17 juin, les équipes de Premier League ont retrouvé les terrains après une pause forcée de trois mois. À l’occasion de la reprise du championnat anglais, des matches ont ainsi été entièrement réalisés à distance. À l’exception des cadreurs, qui étaient sur place, tous les autres membres de l’équipe de production (réalisateur, opérateurs ralentis, ingénieur de la vision, ingénieur du son, commentateurs…) opéraient de chez eux.

« À travers notre filiale Telegenic, nous avons une demande de BT Sport pour la construction d’un centre de production distant », illustre encore François-Charles Bideaux.

Les donneurs d’ordres n’agissent pas ainsi que pour des motifs économiques. Pour eux, l’implémentation de solutions remote est avant tout une réponse, non seulement aux consignes de distanciation sociale du moment, mais aussi au puissant courant, porteur de préoccupations environnementales, qui se dévoile de plus en plus dans différents pays, tels l’Angleterre, précisément, et les Pays-Bas.

En ramenant tous les signaux dans un media center distant, les ayants droit optimiseraient leurs workflows, mieux que dans un car ou une régie fly sur site, et disposeraient en outre d’un pool de ressources capable de travailler sur plusieurs matches le même jour et de fabriquer différents programmes annexes.

Quant aux prestataires, « qu’on fasse du traditionnel ou du remote sur du sport “premium”, on adaptera les outils, moyennant toutefois un certain volume d’activité », promet François Valadoux. « Notre flotte doit pouvoir évoluer. C’est ainsi que, pour la remote production, nos cars d’accompagnement ont été dimensionnés afin de pouvoir accueillir une partie nodale à l’avant, avec climatisation, etc. »

 

… mais très peu de solutions automatisées

Pour autant, ces solutions remote, dont le déploiement va aller en s’accélérant, peuvent-elles être automatisées ? « Il n’y a rien de bien prêt aujourd’hui, côté constructeurs, pour le contrôle image et la correction colorimétrique », note le représentant d’AMP Visual TV. « Peut-être en raison de certaines faiblesses au niveau des capteurs, ce que le HDR va améliorer. »

Pour le reste, « on peut penser que ce sera le cas pour les GFX », avance de son côté Luc Doneux. Mais, en la matière, « comment vont être produits et mis à l’antenne tous les graphiques liés à des faits de jeu, à des imprévus ? », interroge Julien Bertin, pour lequel l’insertion de ralentis dévoile la même problématique. « On peut toujours les programmer dans un certain ordre, mais comment être sûr du bon angle ? »

Quant à la réalisation, elle sera sans doute la dernière à être automatisée, car il est important de connaître le contexte, les protagonistes, les subtilités de la compétition, et de savoir placer la caméra là où elle doit être, dans le cadre du processus de narration.

Ici, la problématique touche d’abord à la captation. « Les tentatives d’automatisation que nous connaissons en vidéo (autofocus…), notamment, n’ont jamais trop réussi. Au final, il y a toujours un cadreur qui fait le point », constate François Valadoux. « Pour les grands sports collectifs dont la captation nécessite l’utilisation de longues focales, c’est très compliqué de se passer de cameramen », renchérit Luc Doneux.

D’ailleurs, rien ne semble pouvoir se substituer à l’humain quand il s’agit de créer un cadre, de prendre la décision de zoomer, de panoter à gauche ou à droite et de saisir la réaction d’un entraîneur, d’un fan ou d’une personnalité dans le public.

« Les contraintes de mise en œuvre de ces systèmes de captation automatisée sont, d’une part, technologiques : s’assurer que la bande passante et les processeurs soient ultra rapides et, d’autre part, qu’ils puissent avoir la même réactivité et la même flexibilité d’utilisation qu’une caméra et un cadreur », résume Julien Bertin.

Au demeurant, même dans l’hypothèse d’un déploiement généralisé, il faudra toujours des opérateurs pour ajuster le cadrage dans le suivi automatisé et intervenir le cas échéant. « Comment ferait-on en cas de panne juste avant le coup d’envoi ? Ce n’est pas le débat, mais ce sont certainement des éléments à prendre en compte. »

En outre, si, dans le divertissement, par exemple, où tout est scénarisé et cadencé à la seconde près, il est devenu courant de faire appel à des logiciels d’automatisation qui vont permettre de synchroniser en direct les effets spéciaux et autres avec les commutations de caméras sur le mélangeur, dans le sport en général, le scénario n’est jamais connu à l’avance. Sauf de rares exceptions, tel le patinage artistique.

« En allant filmer les patineurs à l’entraînement, on va connaître leur programme, qui sera exécuté lors du direct. Ainsi, on peut élaborer un découpage : à tel moment, le patineur sera filmé par la caméra 2, puis la caméra 5 prendra le relais, puis la 7, etc. Et le réalisateur reprend la main en cas de chute parce que, forcément, celle-ci est hors programme », décrit François-Charles Bideaux, qui a été témoin de la façon de travailler des Américains sur la discipline lors des Jeux Olympiques.

Quoi qu’il en soit, « la technologie évolue dans le sens de l’automatisation et la pandémie actuelle pourrait servir d’accélérateur à l’implémentation de solutions automatisées », observe-t-on chez OBS. D’autant que les contraintes d’espace dans de nombreux sites olympiques, en l’occurrence, ainsi qu’une demande croissante de positions de caméras sur mesure constituent un défi permanent.

 

Des outils plus « intelligents »

Déjà certains systèmes ont vocation à s’inscrire dans un schéma d’aide à la réalisation. La solution Overcam d’EVS, par exemple, basée sur l’IA et opérationnelle sur le football, met en œuvre une technologie de smart tracking permettant le pilotage en temps réel de caméras robotiques de type Pan-Tilt-Zoom (PTZ), soit dans une optique d’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), soit dans le cadre d’une production classique, en complément d’un dispositif de quatre à six caméras conventionnelles.

À la différence d’autres systèmes qui se réduisent à des solutions mono-axe, Overcam permet de remoter différents axes par rapport à un axe central, d’une manière qui n’est pas encore automatique, mais qui va le devenir certainement. Ainsi, après les caméras 16 mètres, dont le cadrage a été amélioré avec le concours de bêta-testeurs, la solution est, depuis cet été, capable de piloter les caméras « pêcheurs », placées en hauteur derrière les buts, qui proposent une vue tactique du match, avant de pouvoir le faire pour la caméra plan large dans les mois à venir.

« Cela permettra à nos clients de transformer à moindre coût des productions mono-caméra en productions de deux à six caméras avec un seul opérateur, lequel pourra se concentrer sur l’éditorial (avant-match, mi-temps, après-match et gros plans) », souligne Christophe Messa.

Si le développement d’Overcam a été centré jusqu’ici sur le football, « la demande est forte pour d’autres types de sports, comme le basket-ball, le rugby et le football américain », précise son collègue Nicolas Bourdon, responsable produits et marchés. Ainsi, « d’ici à la fin de l’année, nous espérons qu’une dizaine de clients utiliseront la solution sur une quinzaine de compétitions différentes. »

De son côté, Panasonic propose sa solution 8K ROI, testée en décembre 2019 par les équipes d’AMP Visual TV lors du All Star Game, disputé à Bercy.

« L’intérêt d’un capteur 8K est de pouvoir s’affranchir de la distance et des problématiques de zoom, en disposant de plus de capacités en la matière », rappelle François Valadoux. En l’occurrence, la solution, grâce à une fonctionnalité de cut-out, permet de produire au final cinq plans différents avec une seule caméra.

Encore en phase de test, elle fait appel, pour l’heure, à un opérateur sur place, armé d’un joystick, pour recadrer les différents axes. Mais, d’ores et déjà, la solution peut être techniquement pilotée à distance grâce à un lien réseau par lequel transitent ses ordres, en attendant de pouvoir évoluer, dans un proche avenir, vers un mode automatique grâce à l’intelligence artificielle.

De même, pour Tokyo 2020, OBS évaluera la technologie d’IA dans certains de ses workflows et exécutera, par exemple, un projet pilote de description automatique des médias (AMD) basé sur la reconnaissance des athlètes. Ce pilote sera mené sur un certain nombre de sports spécifiquement choisis.

De leur côté, avec leur culture de l’innovation, les géants du numérique, comme Amazon, qui, notamment en Angleterre pour les matches du « Boxing Day » en décembre dernier, ont déjà pris pied sur le marché des droits sportifs, sans pour autant s’impliquer jusqu’ici dans la production, pourraient-ils bousculer les set-up traditionnels et pousser, à terme, au déploiement de solutions automatisées ? « La manière de produire leur importe peu pour le moment », analyse Julien Bertin. « Ils se préoccupent surtout d’obtenir du contenu susceptible de faire de l’audience sur leurs plates-formes. »

Maintenant, certains professionnels du secteur croient moins à une implémentation de solutions automatisées qu’à une implémentation dans le cloud. Les tenants de cette dernière approche de production, au demeurant compatible avec la première, peuvent notamment s’appuyer sur les catalogues de Sony (Virtual Production) et de SimplyLive. Lequel constructeur propose, avec Vibox Cloud, une solution complète de production dans le cloud, combinant mélange vidéo et audio, ralentis, highlights et flux commentateur.

Ici, au-delà du challenge d’optimiser la remontée des flux depuis les stades, se dresse la question de leur éligibilité et de la connectivité disponible à laquelle l’une des réponses sera sans doute la 5G.

 

Vers un modèle de production hybride ?

Sur le sport amateur, le sport universitaire et certains sports de niche, des solutions de captation automatisée ont déjà fait leurs preuves, à l’instar de celles développées par Pixellot et PlaySight en Israël, un pays spécialisé dans l’exportation de services à base d’IA, l’un des moteurs de son économie numérique, ou encore par le suédois Spiideo.

La société Fuchs-Sports, basée au Luxembourg, utilise ainsi la technologie de ce dernier pour la digitalisation et la médiatisation de sports ou de compétitions en manque d’exposition. « Les ligues régionales de football de Normandie et de Corse ont déjà signé avec nous, ainsi que la Fédération française pour l’intégralité des matches de National 2 et de National 3 jusqu’en 2025 », se félicite Jean-Charles Courouve, en charge du développement pour la France, où plus de 500 caméras seront installées cette saison.

Chaque installation en comprend généralement deux (une par moitié de terrain). « La contrainte est de pouvoir disposer d’une connexion de quelque 10 Mb/s en upload (4G LTE et fibre) », précise le responsable.

Pour la captation, la solution Spiideo tourne avec du matériel Axis et fait appel à l’IA pour la gestion des images (système auto-follow). « Les caméras haute performance 4K utilisées par Spiideo nous permettent de collaborer avec des diffuseurs traditionnels », souligne Jean-Charles Courouve.

De son côté, Fuchs-Sports se charge de créer, avec l’aide de partenaires, des plates-formes pour la diffusion des matches en direct ou en différé et différents contenus (résumés, top buts…).

Maintenant, si ces solutions sont performantes et présentent de l’intérêt, typiquement sur des compétitions récurrentes plutôt que ponctuelles car s’agissant d’installations fixes, il est peu probable que, sur du sport « premium », elles remplacent les caméras traditionnelles, sauf à être utilisées en appoint pour des vues additionnelles. Précisément, pour OBS, « on semble s’acheminer vers un modèle de production hybride où, d’une part, les caméras habitées se concentreront principalement sur la narration, l’émotion ainsi que les subtilités de la compétition et, d’autre part, les systèmes de caméras robotiques automatisés aideront à la couverture de l’action. »

Reste que les donneurs d’ordres savent aussi adapter leurs écosystèmes suivant les marchés et l’audience qu’ils visent. Ainsi, « voici quelques années, l’UEFA, parmi d’autres, ne voulait pas entendre parler de systèmes du type Vibox, estimant qu’ils n’étaient pas broadcast. Aujourd’hui, le cahier des charges établi par l’instance pour la Youth League, par exemple, impose ce genre de matériel », révèle un acteur du dossier.

Du côté des prestataires, on ne ferme pas non plus complètement la porte à leur utilisation. « On fait déjà du « premium » avec des outils broadcast qu’on connaît bien, on fait aussi de la production simplifiée avec des moyens optimisés et adaptés. Demain, on peut être amenés à couvrir certains sports avec ces solutions », envisage ainsi François Valadoux.

Avant d’ajouter : « Bien sûr, certains peuvent considérer que ce type de captation, comparé à d’autres modèles, s’apparente à de la vidéosurveillance. Mais, de la même manière, faire de la télévision en direct avec Skype, comme nous l’avons fait pendant les trois mois de confinement, est-ce de la visioconférence ou cela reste-t-il de la télévision ? ».

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #38, p. 64-69. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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