« Plus les outils sont innovants, plus la demande est forte de choses innovantes. » La formule, dite presque comme une pensées soudainement passée par la tête de Floriant Stroppa, co-fondateur de WIKIO AI, dit pourtant l’essentiel.
À mesure que les chaînes de fabrication vidéo se complexifient, les enjeux évoluent. Désormais, la question n’est plus celle des outils. Elle concerne leur orchestration. Dans ce contexte, Florent Stroppa, cofondateur de Wikio.ai, analyse les mutations de la post-production vidéo. Il explique comment, avec l’intelligence artificielle, les exigences des métiers s’intensifient. Il explique également pourquoi qualité, cohérence et maîtrise des workflows deviennent centrales.
De tout évidence, selon l’expert, l’IA est un levier capable de simplifier les échanges, de réduire les frictions et de redonner du temps aux créateurs. La question n’est pas de réinventer le montage ou de remplacer les outils existants, mais plutôt de s’attaquer à ce qui, dans les workflows, fait perdre du temps, de l’énergie et parfois du sens même.
Wikio.ai change-t-il le workflow de la collaboration vidéo ?

Dans la plupart des structures de production, la chaîne de fabrication vidéo s’est construite par empilement. Un outil pour transférer les fichiers, un autre pour stocker, un troisième pour commenter, un quatrième pour versionner, sans compter les logiciels de montage eux-mêmes. Aujourd’hui, cette fragmentation se révèle etre un facteur majeur de ralentissement et souvent génératrice d’erreurs.
« Le problème, ce n’est pas le montage. Le cœur du métier fonctionne très bien sur Premiere ou Final Cut. Le problème, c’est tout ce qu’il y a autour », résume Florent Stroppa.
La plateforme WIKIO AI centralise ainsi le transfert des assets, la gestion des versions, les commentaires des clients et certaines opérations automatisées comme le sous-titrage ou la traduction. Le tout avec une collaboration ouverte.
Il y a également un choix économique assumé qui accompagne cette logique d’unification. « Chez nous, la collaboration externe est gratuite. Le client n’est pas considéré comme un membre payant, ce qui change beaucoup de choses dans la relation studio-annonceur. » ajoute le co-fondateur de WIKIO AI.
Un détail en apparence, mais qui change concrètement la relation avec les annonceurs et limite les contournements de plateforme, fréquents dans les workflows hybrides. « La plateforme simplifie la vie, mais elle ne bloque jamais. On peut importer, exporter, travailler ailleurs si nécessaire. »
La promesse de la recherche sémantique
S’il y a un domaine où l’IA transforme profondément les usages, c’est bien celui de l’accès aux images. C’est l’un des points de friction majeurs en post-production… retrouver une séquence précise dans des heures, voire des milliers d’heures de rushs. La recherche sémantique développée par Wikio.ai rompt avec les logiques traditionnelles d’indexation manuelle.
« L’utilisateur n’a rien à faire. La vidéo est analysée frame par frame. On comprend ce qui se passe à l’image, les actions, les transitions, et on mixe ça avec l’audio grâce au speech-to-text », détaille Florent Stroppa.
À cela s’ajoute l’OCR (Optical Character Recognition), capable de reconnaître les textes présents dans l’image tels que les panneaux, les slides, les affiches ou les autres éléments graphiques. « Si dans un film il y a un panneau “Lille – Paris” ou une publicité en arrière-plan, tout est retranscrit et intégré à la compréhension globale de la vidéo. »
Résultat ? Une recherche multimodale, qui permet d’écrire « Tour Eiffel », « volcan » ou décrire une action précise, et d’accéder instantanément aux séquences correspondantes.
« C’est puissant parce que c’est sémantique. Et surtout, cela ne repose pas sur ce que l’utilisateur a pensé à indexer. »
Le traitement reste lourd, certes, une heure de vidéo peut nécessiter deux heures d’analyse, mais réalisé une seule fois, pour un gain de temps considérable sur la durée.
Sous-titrage : l’IA apprend à douter et à dialoguer avec l’humain
Autre chantier stratégique pour WIKIO AI passe par le sous-titrage, souvent mal addressé pour solution automatisée. Ici encore, Florent Stroppa révèle une approche différente.
« La plupart des outils font du one-shot. Une seule passe. Nous, on pense que ce n’est pas la bonne méthode. »
WIKIO AI repose sur un système multi-passes, un principe encore peu répandu dans les outils de sous-titrage automatisé. Concrètement, une première trasncription permet d’extraire le texte parlé et d’établir un résumé du contenu, afin de restituer le contexte narratif, le ton et l’intention générale de la séquence.
Ce socle est ensuite réinjecté dans une seconde phase de traduction. Ce qui est intéressant c’est que l’IA ne traduit pas phrase par phrase, mais à partir d’une compréhension globale de ce qui se joue à l’écran.
« Une fois qu’on sait de quoi parle la vidéo, naturellement, la traduction est meilleure. » se contente Florent Stroppa.
La plateforme va plus loin en affichant le niveau de confiance de l’IA et en signalant les segments problématiques. En effet, elle a été pensée en collaboration avec des sous-titreurs professionnels, y compris issus du cinéma. L’exeprt précise : « On ne veut pas aller contre les sous-titreurs. On veut qu’ils utilisent notre produit. L’IA doit leur enlever la partie technique, pas leur enlever le choix. »
L’objectif est donc de concentrer l’intervention humaine là où elle a le plus de valeur. Florent Stroppa insiste : « Il y a toujours un aspect de direction, de culture, de connotation, cela, l’IA ne doit pas le décider. Elle doit juste dire : attention, là, il faut vraiment regarder. »
« Les nouveaux outils ne remplacent pas la créativité. Ils lui donnent des ailes. »
Florent Stroppa, co-fondateur de WIKIO AI
Adopter l’IA comme une nouvelle frontière créative
Derrière les fonctionnalités, Florent Stroppa défend avant tout une posture vis-à-vis de l’IA. Ni fascination naïve, ni rejet défensif. « On ne peut pas y échapper. Ça va trop vite. Mais ces outils libèrent la créativité. »
Un renversement de perspective s’opère. L’IA déplace les curseurs budgétaires. Autrement dit, ce qui nécessitait hier des financements démesurés devient accessible, ouvrant la voie à des ambitions créatives renouvelées.
Le créateur souligne : « Si quelque chose qui coûtait 200 000 euros devient faisable pour 20 000, imaginez ce qu’on peut créer quand on a encore 200 000 euros de budget. »
Pour la post-production, l’enjeu n’est donc plus de savoir si l’IA va s’imposer, mais comment l’intégrer sans perdre ce qui fait la singularité des métiers. Dans cette logique, WIKIO AI se positionne plustot comme un accélérateur qu’une rupture brutale. La plateforme accompagne une évolution naturelle des métiers de la post-production, sans en nier la complexité ni l’exigence.
« C’est une nouvelle frontière. Il y a quelque chose à explorer. Et c’est assez excitant. »
