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Olivier Wong est suivi sous le pseudo @wonguy974 par des millions de followers sur Instagram et TikTok. © Jarno Schurgers

Wonguy, pur produit des réseaux sociaux

 

Pas facile de se démarquer dans le flot continu de photos et de vidéos postées sur les réseaux sociaux en réalisant des images qui permettront d’accroître le nombre de followers et ainsi de se faire une place sous ce soleil tant recherché. En cumulant un million de followers sur Instagram et 4,5 millions sur TikTok, Olivier Wong a pourtant su capter et fidéliser une audience, ce qui intéresse particulièrement les entreprises qui font désormais appel à ses talents pour rajeunir et dynamiser leur image auprès du public de ces plates-formes.

Olivier n’était pour ainsi dire pas prédisposé à devenir un influenceur sur les réseaux sociaux. Il a grandi sur la magnifique Île de la Réunion (d’où le 974 de son pseudo), mais sans avoir particulièrement un appareil photo dans les mains. Des études d’ingénieur l’ont amené à Nantes, puis à Paris où il s’est installé dès l’obtention de son diplôme, en 2013, pour démarrer sa carrière d’ingénieur.

C’est là que son attrait pour l’image s’est révélé : « Je cherchais un loisir à faire après la journée de travail et j’ai commencé par hasard à m’intéresser à la photographie avec mon smartphone de l’époque, le Nokia Lumia 920 ! Je faisais des balades photos après le travail, ce qui était un moyen pour moi de m’aérer l’esprit mais également de découvrir la capitale parisienne. Progressivement, la photo est devenue une passion qui prenait de plus en plus de place dans mon temps libre et après un an de photo au smartphone j’ai décidé d’investir dans mon premier réflex. »

C’est lors de ses balades dans Paris à la golden hour qu’est née la passion pour l’image de Wonguy. © Wonguy

À cette époque, le monde vient de découvrir le concept du réseau social avec Facebook, inauguré en février 2004, et commence à s’émerveiller de la profusion de photos diffusées sur la nouvelle application Instagram, lancée en octobre 2010. Enfant de la génération Z, Olivier a grandi avec cet univers, et c’est tout naturellement qu’il s’est mis à partager ses créations sur ces plates-formes : « Mon parcours est intimement lié aux réseaux sociaux et à leur évolution. Quand j’ai commencé la photo, je me suis aussi inscrit sur Instagram et j’ai commencé à publier les photos prises lors de mes balades. Petit à petit, j’ai commencé à gagner en visibilité, j’ai participé à des sorties photos et cela m’a motivé à apprendre plus, à essayer d’autres styles de photographies. Je pense que le fait d’avoir commencé la photographie par passion m’a vraiment aidé à m’investir et à progresser, car je n’avais pas cette pression d’en vivre et de trouver des contrats absolument. »

Olivier a su trouver un style personnel, et qui plaît au plus grand nombre. Sa spécialité : la photographie urbaine à la golden hour. Il explique : « J’adore jouer avec les ombres des passants, la lumière dorée qui se reflète sur l’architecture parisienne. » Il arpente les rues de la capitale au petit matin et fait des clichés qui connaissent un succès croissant sur Instagram, à tel point qu’après six années en tant qu’ingénieur Olivier démissionne de son travail et se lance dans la photo à plein temps. On est alors en 2019.

En intégrant du « behind the scene » à ses vidéos, il leur donne une dimension à la fois pédagogique et ludique, clé de leur succès. © Wonguy

Olivier enchaîne quelques contrats en tant que photographe, puis survient un événement qui nous cloître tous à domicile pendant de longues semaines. Au lieu de se laisser abattre, il en fait une opportunité : « Alors que je ne faisais que de la photographie depuis le début, j’avais envie de me diversifier et d’étoffer mes compétences en termes de création de contenus. J’avais déjà eu des demandes de la part de mes clients pour des vidéos mais n’y connaissant rien, je sous-traitais généralement cette partie à un vidéaste. Mais le confinement m’a fait réfléchir et je me suis dit que c’était l’occasion idéale pour apprendre les bases en vidéo tout en sachant qu’en parallèle, TikTok commençait à exploser et qu’il fallait que je m’y mette ! »

En effet, alors qu’Instagram était initialement dédié aux photos, il est devenu difficile de s’affranchir de l’image animée avec l’émergence du réseau social chinois, lancé en 2016, ainsi que de l’évolution des autres réseaux sociaux, de plus en plus centrés autour des Reels, de courtes vidéos verticales. L’ex-ingénieur s’est alors formé en autodidacte, en regardant des tutoriels sur YouTube et en analysant ce qui faisait le succès d’une vidéo sur ces plates-formes.

Là encore, il a su créer son propre style, moderne et dynamique, tout en intégrant les dernières tendances qui fonctionnent sur les réseaux, et il touche ainsi un très large public : « Contrairement à certains photographes ou vidéastes qui sont spécialisés dans un style d’environnement particulier comme le mariage, le sport ou l’animalier, j’ai plutôt fait le choix de me spécialiser dans un style de contenu plus moderne, plus lifestyle à l’image des réseaux sociaux. Les marques viennent donc me chercher pour mon style d’écriture en priorité, que je peux appliquer à différents domaines, d’où la diversité de mes clients. »

Wonguy dynamise ses vidéos par des prises de vue originales, des mouvements de caméra et des effets de postproduction. © Wonguy

Aujourd’hui, il crée du contenu pour des entreprises aussi variées que BMW, Dell, Hyatt, Nikon ou encore Engie : « J’ai la chance d’avoir des clients dans des domaines divers mais un de leur point commun, c’est la volonté de moderniser leur image et de créer du contenu en accord avec les réseaux sociaux. Mes Reels Instagram étant la vitrine principale de mon travail, les clients qui me contactent connaissent mon style et généralement, me demandent de créer le même type de contenu mais pour leurs produits. Dernièrement, j’ai eu beaucoup de demandes pour des vidéos courtes, esthétiques et dynamiques. »

Pour réaliser ces vidéos, il s’est équipé d’un Nikon Z8 qu’il utilise à 90 % du temps sur un stabilisateur, en courant autour de son sujet en mode « run and gun » : « Le gimbal me permet d’ajouter du mouvement aux produits ou aux lieux que je filme, qui sont souvent très statiques. Bien sûr, l’important c’est que son utilisation soit intentionnelle et adaptée au sujet que je shoote. Je tourne majoritairement en vertical car le contenu final est destiné à être visionné sur smartphones. Cela me permet de profiter de toute la plage du capteur pour composer mes plans et obtenir la meilleure qualité possible. J’alterne entre les différents modes de capture du gimbal mais depuis quelques mois, j’aime bien utiliser le mode POV qui permet d’obtenir de beaux effets de rotation tout en étant fluide. Dans mon style de vidéo je cherche à avoir des plans longs et fluides afin de pouvoir jouer sur les effets de ralenti et de speed-ramping en postproduction. »

Un des moyens de capter l’attention sur-sollicitée du public des réseaux dès les premières secondes d’une vidéo est en effet de multiplier les mouvements de caméra et les effets de montage, tels que les transitions. Cela ne s’improvise pas devant son ordinateur, mais s’anticipe dès la prise de vue. « Les effets et transitions font partie intégrante du style de vidéo que je produis. Lors de la préproduction, je réalise systématiquement une shot list dans laquelle je détaille les effets que je vais ajouter en postproduction, ce qui me permet de tourner les plans avec le montage en tête. Généralement, ce sont des effets qui ajoutent du dynamisme à la vidéo et qui sont en tendance sur les réseaux sociaux : il y a des transitions, des overlays, des cut-outs ou du speed-ramping par exemple. Je sais que ça ne plaît pas à tout le monde (notamment les puristes) mais c’est ce qui fonctionne le mieux sur les réseaux sociaux où l’objectif est de capter l’attention des utilisateurs et de les divertir. Clairement, on est à l’opposé de ce qui est recherché par un cinéaste ! »

Olivier Wong a su créer son propre style, moderne et dynamique, tout en intégrant les dernières tendances qui fonctionnent sur les réseaux © Jarno Schurgers

Ce qui fait le succès d’un contenu ne se résume généralement pas à un enchaînement d’effets et à la reproduction des tendances du moment, mais tient aussi à son fond. Olivier intègre une dimension pédagogique à ses photos et vidéos en expliquant comment il les réalise. Un assistant le filme en train de capter les images et il monte un « behind the scene » en introduction de ses vidéos : « J’intègre le BTS en première partie de mes vidéos afin de susciter la curiosité des spectateurs et de leur donner envie de voir la suite. C’est aussi un bon moyen de proposer un contenu divertissant et éducatif ! C’est le genre de vidéo qui fonctionne bien sur les réseaux sociaux, au même titre que les vidéos de type “avant/après”. Actuellement les contenus qui ont le plus de succès sont les contenus pédagogiques et les contenus divertissants. Si on arrive à proposer les deux en même temps, alors c’est la clé de la réussite assurée. »

On le voit, Olivier a su décrypter et s’approprier les codes des réseaux sociaux pour créer du contenu éducatif, tout en étant esthétique et dynamique, ce qui plaît aux adeptes de ces applications comme aux entreprises qui cherchent à communiquer auprès de ce public. « Après dix ans (déjà !) sur les réseaux sociaux, je peux affirmer qu’ils ont joué un rôle central dans mon parcours, car c’est principalement grâce à mes comptes que j’ai pu décrocher 99 % de mes contrats. » Il est un exemple de réussite dans un univers qui compte une foule de candidats pour peu d’élus.

Toutefois, on voit que ces réseaux ne cessent d’évoluer, et l’enjeu est de parvenir à suivre les tendances et les attentes des spectateurs. « Tout va très vite sur les réseaux sociaux. Je constate qu’il y a beaucoup d’effets de mode et des changements de tendances tous les deux-trois ans avec l’arrivée de nouvelles fonctionnalités ou l’apparition de nouveaux réseaux sociaux. En dix ans, j’ai pu voir (subir !) l’évolution d’Instagram qui à la base n’était qu’une plate-forme de partage de photos et j’ai pu aussi participer à l’émergence de TikTok. Il se pourrait que dans les prochaines années, un nouveau réseau social fasse son apparition et introduise un nouveau style de contenu. »

On peut parier qu’Olivier, par son ingéniosité et sa créativité, saura suivre le flot des tendances et se démarquer dans l’océan des créateurs de contenu. « Je me considère comme un pur produit des réseaux sociaux donc ma carrière va continuer à être liée à leur évolution. Le plus important pour moi en tant que créateur de contenu est d’essayer de suivre les nouvelles tendances et d’adapter mon style de production de contenu aux besoins de mes clients. Tant que ça marche, je vais continuer dans la même direction. Au final, cela ne fait que trois ans que je fais de la vidéo et j’ai encore beaucoup de choses à apprendre dans ce domaine ! »

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #54, p. 98-100