You are currently viewing Xtramotion dans la course
Depuis l’an dernier, l’écran tactile d’une remote LSM-VIA peut être équipé d’une touche XtraMotion. © EVS

Xtramotion dans la course

 

Comment fabrique-t-on un super ralenti ? La méthode habituelle consiste à utiliser des caméras à haute vitesse, dites super slow motion (SSM), qui ont pour caractéristique de produire des images à une fréquence largement supérieure à celle des caméras conventionnelles.

On parle, par exemple, de super slow motion 3x lorsqu’il s’agit d’une caméra produisant 150 images par seconde plutôt que 50. Seulement, ces caméras ont un coût supérieur aux modèles conventionnels. De plus, dans des environnements ou des espaces exigus comme l’habitacle d’une voiture de course, il n’est pas toujours possible d’installer ou d’embarquer de tels équipements car trop encombrants. D’autre part, sur des positions au sol, comme celles qu’occupent, par exemple, les pylon cameras sur les terrains de football américain, il n’est pas rare qu’elles soient endommagées ou détruites durant la partie.

En présence de ces faits et grâce à la mobilisation de ses équipes R&D, EVS, leader mondial des ralentis en direct, a lancé en mai dernier XtraMotion, une solution basée sur le cloud. « En mettant celle-ci sur le marché, nous étions convaincus de pouvoir proposer à nos clients un moyen d’augmenter significativement la qualité du contenu produit », explique Olivier Barnich, responsable de l’innovation.

XtraMotion permet d’obtenir des ralentis de qualité avec une fluidité optimale, à partir des images de n’importe quelle caméra de n’importe quelle production. La solution s’affirme ainsi comme un moyen de démocratiser la production de super ralentis, jusqu’ici l’apanage du « high end » (matériel haut de gamme), en ne limitant plus celle-ci aux seules caméras super slow motion. « C’est un avantage décisif dans le contexte actuel où, sous la contrainte d’arguments économiques, ces caméras sont généralement déployées en petit nombre », souligne le responsable.

Concrètement, l’écran tactile d’une remote LSM-VIA peut désormais être équipé d’une touche XtraMotion. Une fois que l’opérateur a déterminé la séquence vidéo pour laquelle il souhaite proposer un ralenti, une simple pression sur la touche suffit à activer la solution. Le contenu est alors envoyé vers le cloud où, dès l’arrivée des premières images, s’effectue le traitement du signal.

Celui-ci consiste à multiplier le nombre d’images par seconde contenues dans la séquence vidéo. Par exemple, si cette dernière comporte à l’origine 500 images, le clip final importé du cloud en comptera trois fois plus (1 498 exactement). Les nouvelles images vont venir s’insérer entre celles de la séquence originelle. Par exemple, « pour multiplier le nombre d’images par trois, on insère deux nouvelles images entre chaque paire d’images consécutive de la séquence d’origine », précise Olivier Barnich.

 

Synoptique du workflow d’intégration de la solution XtraMotion dans le cadre d’une production live. © EVS

 

Illusion totale

L’enjeu est que ces nouvelles images créées par interpolation soient d’une qualité strictement identique à celles tournées par une caméra super slow motion. « Il faut que l’illusion soit totale », convient Olivier Barnich. « Le téléspectateur ne doit pas se rendre compte que le ralenti ne provient pas d’une caméra à haute vitesse. »

Pour cela, EVS utilise une technologie d’auto-apprentissage (machine learning) développée en interne. « L’algorithme basé sur l’intelligence artificielle a été entraîné pour être capable de créer, à partir d’une paire d’images, des images intermédiaires situées temporellement entre ces deux images », complète le responsable.

La mise en œuvre en temps réel de cet algorithme d’IA nécessite de grandes quantités de calcul sur processeur graphique (GPU). « C’est là un des avantages de déporter la puissance de calcul graphique dans le cloud où nous pouvons aisément disposer de grandes capacités », souligne encore Olivier Barnich.

Au fur et à mesure de la création de ces nouvelles images et de leur insertion entre les images de la séquence vidéo originelle, le produit final prend forme et commence à être rapatrié vers le serveur de production vidéo. L’opérateur ralenti est informé en temps réel de la quantité d’images reçues. Quand leur nombre par seconde s’avère suffisant pour un ralenti de qualité, la mise à l’antenne de la séquence vidéo peut commencer.

Si l’IA joue un rôle clé dans le fonctionnement de la solution, une autre caractéristique majeure tient à sa qualité de Software as a Service (SaaS) hébergé dans le cloud et accessible depuis le monde entier. Ainsi est-il possible d’utiliser XtraMotion dans n’importe quelle production exploitant des serveurs de ralenti EVS, sans qu’il soit nécessaire d’installer des équipements supplémentaires sur site.

XtraMotion est un produit nativement conçu pour s’intégrer harmonieusement dans un environnement IP dans la mesure où tous les échanges de contenus vidéo engendrés par la solution s’effectuent via cette technologie.

À l’heure actuelle, XtraMotion a vocation à pouvoir être utilisée dans un workflow de production live, en combinaison avec des serveurs XT-VIA. Quant à son intégration dans un workflow de postproduction, « c’est une éventualité que nous étudions », indique Olivier Barnich.

La solution est également opérationnelle dans le cadre de productions d’eSport, qui font usage d’un grand nombre de ralentis pour lesquels une fluidité optimale est importante. « Nous nous sommes d’ailleurs assurés de la qualité de ces ralentis sur plusieurs jeux vidéo », précise le responsable.

XtraMotion intéresse différents types de production. Pour le sport, la solution a déjà été déployée avec succès sur des compétitions de Nascar, de base-ball, de football, de tennis, de natation et beaucoup d’autres encore. Fox aux États-Unis et l’Italien NVP en Europe ont été ses premiers utilisateurs.

Signe de reconnaissance de l’industrie, parmi d’autres lauriers, le constructeur belge s’est par ailleurs vu décerner fin 2021 un IABM BaM Award récompensant une innovation technologique exceptionnelle au service de la création.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #46, p. 122-123