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En coproduction avec Folivari (pour Canal+), « Les Quatre de Baker Street » (6 fois 52 minutes) devrait entrer en production cette année. © Blue Spirit Productions-Folivari

Le style Blue Spirit

 

Depuis sa création en 2004 par Eric Jacquot, rejoint l’année suivante par la productrice Armelle Glorennec, Blue Spirit (Paris, Angoulême et Montréal) fait partie des studios d’animation les plus en vue.

Il invente au fil des projets, les moyens et les méthodes de son indépendance, sans déroger à l’exigence de qualité visuelle et narrative qui est à l’origine de sa ligne éditoriale. Plusieurs productions ont contribué à façonner sa réputation comme la série culte Les Mystérieuses Cités d’Or, la série historique Grabouillon et surtout le long-métrage en stop motion Ma vie de Courgette (2016) ainsi que son engagement auprès des films de Jean-François Laguionie comme Le Tableau (2011) et Le Voyage du Prince (2019). Dans son line-up, d’autres productions prometteuses se profilent. Un équilibre unique entre production, fabrication et prestation qui lui vaut aujourd’hui un rayonnement international.

 

Des Mystérieuses Cités d’or à Splat le Chat

Diffusée à la fin de l’année dernière sur la plate-forme Okoo de France TV, la quatrième saison de la série Les Mystérieuses Cités d’Or a clos définitivement la saga franco-nippo luxembourgeoise dont la première saison avait été initiée quarante ans plus tôt. Relancée en 2012 par Blue Spirit pour TF1 et remise au goût du jour, la série culte a trouvé un nouveau souffle et s’est faite de nombreux nouveaux fans.

Comme il fallait s’y attendre, la diffusion de son ultime opus a été suivie par plusieurs générations de spectateurs. Elle avait été précédée par la rediffusion de l’ensemble des trois saisons signées par Blue Spirit et réalisées par Jean-Luc François, lesquelles ont cumulé plus de 670 000 vues sur Okoo. Un succès éclatant pour la société qui, avant de se lancer dans cette production, n’avait produit que des « demi-formats » comme Grabouillon (52 fois 6,50 minutes).

« À partir des Mystérieuses Cités d’or, notre première vraie grande série (26 fois 26 minutes) qui plus est feuilletonnante, nous avons pu envisager des projets plus ambitieux », observe Armelle Glorennec. La série va aussi entériner le « style » Blue Spirit, une stylisation 2D à partir d’une modélisation 3D, qui avait déjà commencé à faire ses preuves sur des productions antérieures comme le long-métrage Le Tableau mais aussi la série Ernest et Célestine pour Les Armateurs ou Les Grandes grandes vacances. « Nous nous sommes aperçus que nous savions faire oublier la 3D en faisant des pleins et des déliés… ».

Blue Spirit va dès lors alterner, de manière très équilibrée, productions propres et prestations comme la pétulante série SamSam réalisée par Tanguy de Kermel pour Folivari, Gigantosaurus pour Cyber Group Studios, Oum le Dauphin blanc pour Media Valley…

 

Dans le giron de TF1

En 2018, Blue Spirit, devenue entre-temps une filiale de Newen (elle-même filiale du groupe TF1), arrive au sommet d’un cycle de production et connaît une hausse importante de son volume d’activité comme de ses effectifs (plus de trois cents personnes se répartissant entre Angoulême, Paris et Montréal). Parmi les projets phares du moment, des productions qui commencent à faire de belles audiences à l’antenne comme Splat & Harry (52 fois 11 minutes), sur la case TFou en novembre dernier.

Inspirée du bestseller Splat le Chat illustré et écrite par Rob Scotton (Éditions Nathan), la série, qui met en scène une amitié improbable entre un chat (Splat) et une souris (Harry) dans une ville peuplée de félins (et reconstituée de toutes pièces), a été « un enfer à adapter en 3D » selon son réalisateur Jean Duval. Fabriquée dans les studios d’Angoulême et de Montréal, elle est certainement la production de Blue Spirit la plus gourmande en termes de flux de calculs et qui a nécessité la mise au point d’outils de rendu de fourrure (« fur ») : pas moins de deux logiciels de création de poils ayant été mis à contribution.

D’autres créations originales dont les saisons 2 sont d’ores et déjà dans les tuyaux et accompagnent les aventures du félin, comme Alice et Lewis ou Arthur et les Enfants de la Table Ronde. Si la première série s’inspire librement de l’univers d’Alice au Pays des merveilles (réalisateur Bernard Ling), la seconde réalisée par Jean-Luc François (52 fois 11 minutes pour Canal+) renoue avec le ton épique des Mystérieuses Cités d’or qui a fait la renommée de Blue Spirit.

En parallèle, l’activité prestation de Blue Spirit n’est pas en reste et continue à fabriquer pour Les Armateurs la série très graphique Runes, pour Folivari la saison 2 d’Ernest et Célestine ainsi que la saison 3 de SamSam (avec Bayard Jeunesse Animation).

En coproduction cette fois-ci avec Folivari (pour Canal+), Les Quatre de Baker-Street (6 fois 52 minutes) s’inspire des bandes dessinées de Olivier Legrand, Jean-Blaise Djian et David Etien (Éditions Glénat). Ambitieuses au niveau graphique, ces séries bousculent souvent les procédés de fabrication de Blue Spirit et nécessitent le développement de nouveaux outils d’optimisation et d’automatisation.

Arthur et les Enfants de la Table Ronde a ainsi été la première série du studio à être produite au format UHD/HDR (Ultra Haute Définition/High Dynamic Range). Ce qui a demandé à revoir l’infrastructure réseau (stockage, monitoring et conservation). Les Aventures de Tom Sawyer pour Cyber Group (26 fois 26 minutes) a recouru à un pipeline 3D basé sur le temps réel (sur Unity). Quant à SamSam, sa saison 3 inaugure le nouveau pipeline Maya de Blue Spirit.

Mais c’est en comptant parmi ses nouveaux clients Marvel et Warner que Blue Spirit gagne ses galons à l’international. Pour Marvel, les studios d’Angoulême ont assuré la fabrication des deux premiers épisodes de la série What if… ?. Pour Warner, ils ont en charge la fabrication de la série 3D Gremlins : Secrets of the Mogwai. Des productions importantes qui vont encore pousser les curseurs.

 

Au cinéma, entre épopée et road movie

Fort des récompenses reçues pour ses trois longs-métrages d’animation (une nomination aux Oscars, deux César et de nombreuses sélections officielles dont un Cristal d’Honneur au Festival d’Annecy), Blue Spirit Productions, qui produisait un long-métrage tous les cinq ans, a décidé il y a deux ans de donner un coup d’accélérateur à sa production de longs-métrages d’animation.

« Les longs-métrages représentaient pour nous une activité marginale, un peu comme la cerise sur le gâteau », poursuit Armelle Glorennec. « Avant de nous lancer dans la production d’un nouveau film, nous attendions toujours d’avoir mené à terme le précédent. On se fixe comme cela des petites mises à l’épreuve… »

Avec l’arrivée de Sara Wikler, le studio a fait le choix de se positionner plus clairement « film jeunesse » tout en continuant à dérouler sa singularité : « Malgré le succès public et critique de Ma vie de Courgette de Claude Barras (2016) ou du Voyage du prince de Jean-François Laguionie et Xavier Picard (2019), le montage financier de longs-métrages en France se montre toujours aussi complexe dès lors qu’ils ne sont pas clairement identifiés “comédies jeune public”. » L’ambition du studio est de produire un film d’animation au moins tous les deux ans.

Première production sur laquelle s’est engagé Blue Spirit, La Balade de Yaya est une adaptation d’une saga dessinée franco-chinoise illustrée par Golo Zhao d’après une histoire de Patrick Marty et Jean-Marie Omont (neuf tomes publiés par les éditions Fei). Laquelle suit le périple de deux enfants dans la Chine des années 30 plongée en pleine guerre sino-japonaise.

Remarqué au Cartoon Movie 2019 où il a suscité un très grand intérêt de la part des investisseurs, cet ambitieux projet de road movie (le budget est estimé à environ neuf millions d’euros) prendra le temps nécessaire pour ajuster son style pictural : « Nous procédons étape par étape jusqu’à ce que nous soyons satisfaits. Nous ne savons pas fonctionner autrement. »

Dans les cartons du studio, une autre grande aventure épique, encore plus nettement estampillée « jeunesse », est basée sur des figures légendaires. Si l’univers d’Arthur et les Enfants de la Table Ronde reste celui posé par la série, le film signé par Jean-Luc François s’en démarquera par une image entièrement réalisée en 3D et une histoire originale écrite par le réalisateur avec Clément Peny. Il devrait être mis en production avant la fin de l’année 2021.

Enfin, pour son troisième projet, La Poudre d’escampette, une adaptation de l’album de Chloé Cruchaudet (éditions Delcourt), Blue Spirit renoue avec les histoires singulières, tendres et nostalgiques à la fois, en introduisant des enfants vivant en marge de la société des adultes et en partance pour de nouveaux mondes. Le rendu graphique du film (vraisemblablement une 3D au rendu 2D) s’efforcera de garder la fraîcheur du traité en crayons de couleurs si particulier de l’auteure qui cosignera à la fois le scénario et la réalisation.

La première présentation de La Poudre d’escampette dans la catégorie Concept aura lieu au Cartoon Movie (du 9 au 11 mars 2021). Quant à sa fabrication, elle devrait être assurée, comme pour la plupart des productions de Blue Spirit, à 80 % à Angoulême (dont les deux studios seront réunis à l’horizon 2022) et 20 % à Montréal : « Cette répartition des tâches nous garantit une maîtrise de la fabrication et permet de conserver un haut niveau de qualité », précise Armelle Glorennec.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #40, p. 40-43. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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