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Les élèves du BTS Jacques Prévert en tournage au musée du Louvre. © DR

Formation audiovisuelle en France

 

1 – L’ECOLE GEORGES MELIES

 

Le « village gaulois »

L’école fondée par Franck Petitta en 1999 est située à Orly, dans le château même où Georges Méliès vécut ses derniers jours. « L’objectif de l’école est d’une part de construire un pont entre les mondes de la tradition et du numérique, et d’autre part de faire parler entre eux les acteurs de l’animation et ceux du live action qui sont dans deux univers cloisonnés », explique Franck Petitta.

 

Fondateur et directeur de l’école Georges Méliès, Franck Petitta est aussi tailleur de pierre, sculpteur et ancien élève des Beaux-Arts de Paris. © DR

L’école Georges Méliès, surnommée le « village gaulois » par les gens de la profession, forme des « artisans » de l’image capables de travailler sur toute une chaîne de fabrication quelles que soient les étapes et les techniques. Pour Franck Petitta, « apprendre à créer des images passe par l’enseignement du dessin académique “très XIXe siècle”. L’élève fait ses gammes en reproduisant le vivant et en recopiant les grands maîtres pour “muscler” sa mémoire visuelle. ll faut préserver cette tradition dans l’enseignement artistique en France. Nous enseignons les principes de la sculpture, l’étude morphologique d’après modèle vivant, ce qui n’est pratiquement plus enseigné dans les écoles d’art mais c’est utile pour prévisionner un volume qui sera fait en sculpture dans une taille beaucoup plus grande. C’est le concept du storyboard ou de la prévisualisation ».

 

Le dessin mène à tout

Deux filières sont proposées : image dessinée (deux classes de vingt-cinq étudiants) et image filmée (une classe de dix à douze élèves). Dès la première année, les élèves travaillent sur le stop motion, éclairent et font de la marionnette animée devant des vraies caméras, ce qui permet d’apprendre les préceptes du live action mais dans une échelle plus petite. Ensuite ces techniques sont développées en filmant de vrais acteurs. Lors de l’apprentissage, le même élève pratique le stop motion, l’animation 2D traditionnelle à la main sur table lumineuse, la 2D numérique, l’animation 3D.

La filière dessin mène a plus de quatre-vingts métiers comme l’animation de personnages toutes techniques confondues, storyboard, développement graphique, character design, color board, light board, modélisation 3D, texturing… Les domaines concernés sont le cinéma d’animation, le live action, les jeux vidéo, les effets spéciaux, le casque virtuel, etc.

L’école peut se flatter de ce que plusieurs de ses élèves ont obtenu une reconnaissance internationale. Guillaume Rocheron, de la promo 2003, a travaillé sur plusieurs blockbusters (Batman Begins, X-men, Harry Potter…) et a déjà reçu deux oscars comme superviseur d’effets visuels sur L’Odyssée de Pi d’Ang Lee puis sur 1917 de Sam Mendes.

 

À Georges Méliès, la modélisation de personnages 3D passe par l’enseignement des principes de la sculpture anatomique (sur modèles vivants). © DR

Faire connaître les métiers du cinéma

Aujourd’hui les jeunes qui s’intéressent au cinéma se dirigent principalement vers les métiers de réalisateur ou d’acteur. Pour mieux faire connaître les métiers du cinéma, un partenariat a été monté entre Georges Méliès, l’Ina et l’université de Créteil, dans le cadre du projet « La Grande Fabrique de l’Image » du plan France 2030. L’objectif est de monter des actions de formation et de parler des métiers aux jeunes générations dès le collège et le lycée.

 

Le dessin face à l’IA

« L’animation vient du latin “animare” : donner une âme. Il s’agit de mettre l’âme dans la matière. L’animation c’est de l’acting, de l’interaction entre des personnages. L’IA n’est pas au point là-dessus. Si vous formez des élèves aux logiciels 3D pendant des années, l’IA leur prendra leur job, mais si vous leur enseignez les fondamentaux académiques pour former des créatifs, l’IA sera pour eux un bout de cerveau supplémentaire. »

 

Un nouveau studio pour la production virtuelle

À Georges Méliès, la base de l’apprentissage c’est « un bon crayon 2B » avant de passer sur les nombreuses stations de travail équipées en Maya, Houdini, Unreal, Davinci, Nuke, suite Adobe, etc. L’école possède également un studio de 150 m2 en fond vert qui sera équipé à la rentrée d’un mur Crystal Led au pitch de 1,5 mm avec deux retours et un plafond ainsi que d’une caméra Venice, en partenariat avec Sony. Ce studio doit devenir un lieu d’expérimentation et de partage ouvert sur l’extérieur.

 

 

2 – INA CAMPUS

 

Des pros qui forment des pros

L’Ina forme depuis 1974 des professionnels à tous les métiers de l’audiovisuel. Aujourd’hui, avec sa nouvelle marque Ina Campus, l’Ina propose des formations tout au long de la vie pour accompagner des professionnels ou de futurs professionnels. « Des pros qui forment des pros, c’est l’ADN de l’Ina », met en avant Vincent Lochmann, responsable du département Études et Pédagogie d’Ina Campus.

Depuis sa création, l’école s’est développée et a lancé une formation initiale (cursus dans la continuité du bac) fournissant des diplômes à bac +1, bac + 3 et aujourd’hui bac +5.

 

L’entrée de Ina Campus à Bry-sur-Marne. © DR

En 2020, a été lancé classe alpha, un dispositif d’inclusion pour soixante-quatre jeunes par an. Il s’agit d’une démarche proactive pour aller chercher et former des jeunes au parcours atypique. Ainsi, Ina Campus accueille des publics en décrochage scolaire, en recherche d’une voie professionnelle ou au chômage. Cette formation de niveau bac +1 est un tremplin gratuit et accessible sans condition de diplôme. Aujourd’hui, Ina Campus propose un catalogue de plus de 450 formations.

« La tendance majeure est la demande de formation professionnalisante », explique Vincent Lochmann. « Nous voyons des jeunes diplômés d’un master en histoire du cinéma postuler à Ina Campus pour entrer au niveau bac et obtenir un bac +2. Des personnes de formation académique viennent chez nous chercher des gestes métiers. Dans nos cursus, dès le premier jour de cours, les élèves ont une caméra à la main. » Aussi existe-t-il une tendance vers les nouveaux usages pour s’approprier les codes des réseaux sociaux, comme les formats verticaux. « Un youtubeur qui arrive à une certaine notoriété utilise les méthodes et des outils du broadcast ! » Enfin, il y a une demande de polyvalence : des personnes qui connaissent le montage veulent faire du son ou de la réalisation, etc.

 

Ina Campus est certifiée Qualiopi depuis 2021 au titre de ses actions de formation. © DR

Ina + IA

Au catalogue des formations professionnelles, figurent plusieurs offres autour de l’IA dans des domaines variés comme « Exploiter les IA génératives d’image », « Réaliser une enquête journalistique avec l’IA », « Identifier les enjeux juridiques de l’IA », « Fact checking et IA » ou « Optimiser vos mixages avec les outils d’IA ».

Vincent Lochmann nous présente quelques exemples : « Dans les métiers du son, l’IA est déjà présente depuis un moment, elle permet des traitements du son extrêmement performants, comme pour dissocier un bruit de fond ou isoler des stems (groupe de pistes audio) à l’intérieur d’un mixage. En écriture documentaire, les scénaristes vont utiliser l’IA comme un outil à l’intérieur de processus créatifs. »

Aussi l’Ina Campus propose-t-il une nouvelle formation inter-établissement avec l’ENS Paris-Saclay sur la « Conception, réalisation de documentaire », avec, notamment, le grand historien et auteur de documentaires Olivier Wieviorka, qui enseigne à Saclay, et l’équipe du laboratoire de mathématiques de l’ENS. Ce cursus permet aux étudiants de l’Ina de travailler sur la place de l’IA dans le documentaire et de bénéficier d’un regard croisé avec les jeunes étudiants de Saclay.

« Dans le documentaire, l’IA est utile pour la recherche d’information, l’aide à la rédaction, pour traiter ou modifier des images. De fait, elle pose des questions d’éthique : dans quelle mesure a-t-on le droit de reconstituer un décor, améliorer l’image ou scénariser la réalité », explique Vincent Lochmann.

Ces sujets délicats s’inscrivent dans l’ADN de l’Ina, dont la mission première de média patrimonial amène à numériser, éditorialiser et publier bon nombre de documents, qui séduisent notamment les jeunes. D’ailleurs, la chaîne TikTok de l’Ina rencontre un vif succès avec près de 500 000 abonnés. Enfin, Ina Campus propose des diplômes avec l’école Georges Méliès sur le motion design et les VFX : là encore, ces domaines nécessitent une véritable prise en main d’outils d’IA !

 

3 – LE BTS JACQUES PREVERT

 

Au BTS Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt les étudiants sont formés aux métiers de la TV et du cinéma. L’école propose un cursus après bac avec cinq sections de douze élèves chacune : image, son, exploitation des équipements, production, montage.

 

Recrutement

Gérard Mercier, ancien professeur en section image (TMO : Technique et Mise en Œuvre) présente l’école : « De manière générale, les métiers de l’audiovisuel sont des métiers passion, des métiers qui font rêver à juste titre. Chaque année entre 1 500 à 2 000 candidats postulent. La demande va plutôt vers les options artistiques comme l’image, le son, mais aussi par méconnaissance des autres métiers, exploitation et production, qui sont aussi artistiques. Parcours Sup a changé fondamentalement le recrutement, les entretiens en face à face ont été supprimés et ils étaient essentiels. Nous prenions le temps de recevoir individuellement les candidats pour faire connaissance et aborder des sujets pratico-pratiques. Par exemple nous leur demandions de ne pas habiter à plus d’une heure du BTS car le nombre d’heures de cours est très important. »

Le BTS a la particularité d’inclure des matières générales comme l’anglais, l’environnement économique et juridique ou la physique. Le programme représente trente-deux heures de cours par semaine et nécessite un investissement personnel important à travers la participation à des projets essentiels dans la formation. « Les deux années sont très chargées et demandent à chaque élève un engagement total », ajoute Gérard Mercier.

 

Gérard Mercier, ancien professeur au BTS Jacques Prévert, entouré de ses élèves pour un tournage en extérieur. © DR

 

Les points forts du BTS Jacques Prévert

« Nous sommes vraiment dans la mise en relation entre la théorie et la pratique. Des projets sont réalisés dès la première année et font partie des temps forts de la formation : tournage de docs, fictions, reportages, plateau TV. Les élèves montrent un grand intérêt lorsqu’ils sont confrontés à des tournages en dehors de l’école. Ces dernières années, nous sommes allés tourner au musée du Louvre et au Conservatoire de musique d’Issy-les-Moulineaux. Nous sommes aussi sollicités ponctuellement par la municipalité pour des captations de matchs de basket, de handball ou de pièces de théâtre. Nous avons aussi des demandes extérieures comme il y a deux ans avec les gens qui s’occupent de la mémoire des usines Renault.

« Le moment fort pour les élèves se situe à la fin du mois de décembre avec le projet B-max. Il s’agit de créer une chaîne de TV au BTS. Tous les plateaux et toutes les sections sont mobilisés. Des émissions avec des débats et des reportages fabriqués en amont sont diffusés. Des réalisateurs professionnels viennent et s’entourent des élèves.

«  Le projet B-max existe depuis dix ans. À ses débuts il consistait à créer deux plateaux TV en interne, aujourd’hui nous avons ajouté la diffusion en live sur Facebook. Cela représente une dizaine de jours de préparation et deux jours en plateau. »

 

L’évolution des équipements

« L’équipement coûte cher et dépend des dotations, mais il y a au BTS tout ce qui est nécessaire pour travailler. Les élèves vont rencontrer à l’école toutes les typologies de matériel et les problématiques auxquelles ils seront confrontés dans le monde réel à leur sortie. Ils sont prêts à affronter le métier et à s’adapter aux évolutions technologiques. »

Françoise Noyon, professeur en TMO au BTS ajoute que « nous venons d’acheter une Sony FX6, nous avons un plateau qui va être équipé en projecteur Led bientôt. Aussi, les choses bougent côté lumière, les équipes électro deviennent de plus en plus techniques, les outils pupitres se popularisent sur les tournages. Les projecteurs Led sont programmables, la lumière devient vivante. Ce qui était réservé aux spectacles vivants arrive en force sur les plateaux. C’est une vraie tendance ».

Pour être confronté aux équipements du « monde réel », sur les deux ans, l’école propose à chaque élève deux stages entre huit et dix semaines. Face à la démocratisation des outils de captation comme les smartphones qui peuvent faire de n’importe qui un reporter, Gérard Mercier précise qu’« avec les outils actuels, l’amateur est capable de sortir des images de qualité, mais le professionnel est capable de gagner sa vie avec des images. Une approche journalistique de l’image n’est pas une approche cameraman. Les étudiants doivent apprendre à capter un événement de façon objective. Lorsqu’on regarde des rushes, j’aime demander aux élèves quelle est leur valeur ajoutée. Dans une mauvaise lumière, au mauvais endroit, au mauvais moment, le professionnel est capable de ramener quelque chose car il sait faire face aux difficultés ».

 

 

4 – LA FEMIS

 

La Fémis est réputée pour son excellence et pour l’exigence de son concours d’entrée (ce qui va souvent de pair). L’école désormais financée majoritairement par le CNC et dirigée par Nathalie Coste-Cerdan depuis huit ans, forme à un grand nombre de métiers audiovisuels avec un ancrage dans le cinéma tendance cinéma d’auteur et donc une approche très artistique. Le recrutement se fait à bac +2, mais il n’est pas rare de voir postuler des candidats à bac +5 voire plus.

Depuis 2020, la formation de quatre ans est couronnée par un grade master. Les sept spécialités enseignées dans ce cursus principal sont l’image, le son, la réalisation, le scénario, les décors, le montage et la production. Au-delà du cursus principal, la Fémis est une des rares écoles dans le monde à proposer des formations à l’écriture : cursus « scripte » (trois ans) ou « écriture et création de série » (un an). L’école permet aussi de se former à des métiers plus économiques comme la distribution et l’exploitation sur un cursus d’un an.

 

Abritée à sa création au Palais de Tokyo, La Fémis est depuis 1996 installée dans les anciens studios Pathé, à Montmartre dans le 18e arrondissement de Paris. © DR

Sensibilité artistique exigée à l’entrée

Parmi les 1 500 – 1 600 demandes chaque année pour le cursus principal, un premier tri permet de retenir 280 candidats auxquels il sera demandé de constituer un dossier d’enquête d’une quinzaine de pages. C’est une des particularités de la Fémis. Il s’agit pour le candidat de développer longuement sur un thème, de rencontrer des gens et d’effectuer un travail à la maison. Parmi les thèmes des annales du concours : « Le visage » – « Déjà vu » – « Les limites » (2023), « Le pli » – « La racine » – « La chute » (1998), « La porte » – « L’argent » – « La perspective » (1986). Ce travail, qui s’accompagne d’une analyse de séquence de film, permet d’évaluer la sensibilité artistique et la personnalité du candidat.

Ensuite, le passage d’une épreuve spécifique par département mènera (ou non) le candidat au grand oral pour achever la sélection des quarante candidats répartis sur les sept options. L’option réalisation est la plus demandée. Elle représente à elle seule la moitié des 1 500 demandes. « Le concours, qu’il soit réussi ou raté, reste pour le candidat une expérience unique pour bien se connaître. En effet les candidats ont accès aux commentaires détaillés des correcteurs », précise Nathalie Coste-Cerdan.

 

La Fémis dispose d’une salle de projection 4K/2K de 170 places. © DR

L’expérience des quarante films

Une autre particularité de l’école est la fabrication d’un très grand nombre de films : 200 courts-métrages par an. En première année, chaque élève passe par tous les postes : prise de son, image réalisation, scénario, montage, production (sauf décor). « Cette méthode permet aux élèves de comprendre les enjeux collectifs et les enjeux spécifiques à chaque poste et à chaque phase de la fabrication du film. Cela leur permet de fonder un langage commun. L’expérience des quarante films est très appréciée des élèves car c’est un moment joyeux et excitant », précise Nathalie Coste-Cerdan.

En deuxième année, six documentaires sont réalisés en équipes entre collègues. En troisième année les élèves ont une première expérience de fiction et de dramaturgie avec des acteurs (métrage de quinze à trente minutes). Il s’agit d’un pas important car il faut écrire et diriger des acteurs. En quatrième année, l’étudiant doit fournir un mémoire de fin d’étude. En image et son, c’est une recherche personnelle accompagnée d’une œuvre filmique qui illustre la mise en pratique de cette recherche. Un exemple : pour un mémoire récent sur la possible utilisation de l’Atmos sur les films d’auteurs, l’élève a choisi de remixer en Atmos une scène tirée de La Douleur d’Emmanuel Finkiel en essayant de capter l’intimité d’une relation dans un dialogue.

 

L’importance du réseau

La force de l’école est de proposer aux élèves un réseau de professionnels en activité. Il n’y a pas de professeur à demeure à la Fémis mais uniquement des intervenants extérieurs. Certains professionnels sont susceptibles de prendre les élèves dont ils apprécient les qualités dans leur équipe après le diplôme. Aussi les élèves forment un réseau entre eux où toutes les compétences sont présentes à travers différentes options, et qui les aidera à former des équipes lorsqu’ils sortiront de l’école.

 

 

5 – ENS LOUIS LUMIERE

 

L’ENS Louis Lumière a la réputation de former d’excellents techniciens polyvalents. L’école a trois missions : formation initiale, formation continue et recherche.

En formation initiale le recrutement se fait à bac +2, et un diplôme niveau master bac +5 est délivré après trois années d’études. Chaque année et dans chacun des trois masters (cinéma, son et photographie) seize élèves sortent diplômés. Au total ce sont 150 étudiants qui sont pris en charge par l’école. De plus, l’école propose différents stages de formation continue qui attirent environ 100 stagiaires par an.

Avant de passer dans l’enseignement supérieur, l’ENS Louis Lumière était un BTS et l’école a conservé cette dominante technico-pratique. D’ailleurs, le concours d’entrée inclut des épreuves scientifiques et techniques (dont électricité, électronique ou mathématiques pour le master son) mais aussi une composante artistique concernant la culture cinématographique, l’analyse filmique ou l’analyse esthétique pour la photo. Le master cinéma est encore l’option la plus demandée avec environ 400 candidats au concours d’entrée. Il y a environ 150 candidats en master son et de 70 à 80 en master photographie.

 

Les élèves de Louis Lumière équipent une Alexa. © DR

 

Contre toute attente, la demande baisse pour les masters cinéma et son, et monte pour le master photo. L’enseignement de la photo à Louis Lumière a une composante technique poussée qui mène des débouchés très variés dans les métiers de l’image : la captation VR, la photogrammétrie, la retouche d’image, l’ingénierie pour les musées, les institutions culturelles, l’industrie, les agences de communication, etc.

 

Quarante-huit mémoires par an

Un des points forts de l’école est la quantité et la qualité des mémoires produits par les élèves en dernière année. Quarante-huit mémoires sont produits chaque année, soit seize dans chaque master. Les soutenances sont ouvertes au public et les travaux sont également disponibles en téléchargement gratuit sur le site de l’école. Certains mémoires trouvent un éditeur comme Filmer des peaux foncées de Diarra Sourang aux éditions l’Harmattan.

Parmi les mémoires de 2024, voici quelques exemples de thèmes abordés : « Filmer la mise à l’épreuve d’un lien intime », « L’enjeu du cadre dans l’expression sensible du temps », « Filmer les écrans médiatiques : quand le cinéma rencontre sa doublure », « La mise en scène sonore du discours politique », « Tentative d’établissement d’une grammaire du mixage immersive », « Animer l’inerte : pourquoi l’image fixe des objets ne suffit plus ? ». On observe une recrudescence de sujets personnels portant sur des choses vécues par les élèves eux-mêmes, des proches ou des grands parents.

 

L’ENS Louis Lumière s’est dotée fin 2021 d’une salle multicanale pour expérimenter les techniques de spatialisation du son dans un environnement modulable de vingt-cinq enceintes. © DR

Une actualité mouvementée

Depuis son déménagement de Noisy-le-Grand en 2012, l’école disposait de 7 000 m2 de locaux à la Cité du Cinéma à Saint-Denis (93). Suite à l’annonce de l’obtention des JO par la ville de Paris, il fut prévu que l’école quittât temporairement la Cité du Cinéma réquisitionnée pour le village olympique. Les nouveaux locaux se trouvent à Saint-Denis dans le MSH Nord (attachée à l’université Paris 8 et Sorbonne Paris Nord) mais aussi sur d’autres sites comme les studios de la Montjoie ou La Boîte dans le 19e.

La multiplicité des sites distants et la réduction de la surface totale n’était déjà pas au goût de tout le monde, mais début 2023 l’annonce que ce déménagement temporaire serait définitif provoqua une levée de bouclier chez les étudiants. Un collectif d’élèves lança une pétition puis certains étudiants allèrent voir directement les politiques et firent pression jusqu’à obtenir gain de cause. Coup de théâtre et victoire des étudiants : l’école reviendra à la Cité du Cinéma après les JO en janvier 2025.

Les deux points forts de l’école Louis Lumière que sont la formation de techniciens d’une part et le travail de recherche d’autre part, sont aussi les deux termes d’une équation difficile à résoudre : le ministère de l’enseignement supérieur souhaiterait rapprocher l’ENS Louis Lumière d’une université mais la composante très technique du BTS fait partie de l’ADN de l’école. L’école doit-elle former des techniciens ou des chercheurs ? La mue et le projet pédagogique de l’école semblent être le défi actuel de la direction.

À l’heure où la tendance est de travailler seul en home office ou d’apprendre seul sur des tutos Youtube, l’école nous rappelle l’importance et l’efficacité de l’environnement scolaire : la vie de groupe, la stimulation entre élèves, la passion des enseignants. L’école ne forme pas seulement à des techniques mais à des métiers. Savoir utiliser un logiciel ou une caméra c’est bien, mais gagner sa vie avec (voire gagner un césar) c’est mieux. Au travail…

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #58, p. 36-45