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Le Blackmagic Video Assist 12 g en version 7 pouces pour enregistrer le Blackmagic Raw 12 bits sur un Nikon Z6II. © DR

Quel moniteur choisir pour sa caméra ?

 

Si la plupart des caméras sont équipées par défaut d’un écran externe alors qu’elles n’ont pas toutes de viseur, la taille et la qualité de restitution de l’image de celui-ci n’est pas toujours suffisant. Depuis l’arrivée de la 4K, un petit écran est souvent insuffisant pour aller vérifier si le point est bon, si on n’a pas oublié un petit détail dans la déco ou dans la lumière. Un moniteur de 5 ou 7 pouces, voire un écran de plus grande taille sur un pied, peut être un allié indispensable pour mieux se rendre compte de la qualité de l’image que l’on travaille. En 4K, on a quatre fois plus de chances de faire une erreur de mise au point, surtout si on travaille avec des caméras grand capteur Super 35 ou full frame.

L’autre utilisation, qui n’a rien à voir avec la qualité de l’image, c’est dans le cas où, pour animer vos vidéos, vous devez faire ce que l’on appelle du face caméra pour votre chaîne YouTube, Twitch, etc. De nombreux constructeurs ont encore des écrans qui ne permettent pas de vous voir à l’image car l’orientation de l’écran à l’arrière du boîtier ne le permet pas.

 

Les critères pour choisir, les pièges à éviter

Bien entendu la qualité de l’affichage est primordiale mais ça ne fait pas tout. Vous devrez faire un petit tour de vos besoins. Par exemple la connectique. Est-ce que vous n’aurez besoin que du HDMI ? La présence de prises BNC pour gérer une éventuelle caméra SDI peut être un jour intéressante. N’avez-vous pas besoin d’une sortie en plus de l’entrée HDMI pour y brancher, par exemple, un transmetteur HF ?

Les prix peuvent être très variables mais certains produits d’entrée de gamme qui prétendent supporter des résolutions 4K le font parfois au prix de quelques retards interminables dans le traitement du signal. Impossible d’ignorer ces phénomènes de latence présents sur la plupart des moniteurs, minimes chez Small HD par exemple, mais les tarifs seront forcément plus élevés que sur des produits d’entrée de gamme de chez Feelworld ou Lilliput pour ne citer qu’eux. Il est parfois plus judicieux de basculer la sortie de votre caméra en 1080 pour éviter de passer par le circuit de conversion interne de l’écran et ainsi obtenir une latence plus faible.

Certains constructeurs font des petites bêtises dans la conception et dans l’ergonomie car certains écrans ont des BNC supportant des signaux PAL SD mais pas le SDI. D’autres ont des RCA en YUV ou en RVB, ces prises-là sont de plus en plus obsolètes. Un moniteur externe est un produit qui doit être toujours opérationnel, subir les assauts des plateaux de tournage, résister au mieux aux petites rayures et autres petits chocs des phases de rangement/installation.

La qualité de la fabrication est aussi un critère qui a son importance, si vous aimez faire durer un peu votre matériel. Les plastiques de certains produits vieillissent très mal, ils peuvent notamment casser au niveau des fixations des pas-de-vis conçus pour fixer le moniteur sur la caméra via un « bras magique ». Attention aussi au nombre de points de fixation présents sur l’écran ; peut-être aurez-vous envie de fixer une minette ou un micro dessus ou sur le côté ?

Attention aussi à la consommation énergétique, c’est à mon sens un critère important. Avoir un moniteur pas cher mais qui nécessite d’acheter des brouettes de batteries pour tenir au niveau autonomie, pendant toute la durée de votre tournage, n’est pas valable. Je ne vous raconterai pas l’histoire de cet ami qui était fier d’avoir trouvé la perle rare en 7 pouces à moins de 180 euros, mais pour lequel il a dû acheter huit batteries et un chargeur compatible Sony NPF pour beaucoup plus cher que le moniteur lui-même.

Nombreux sont les moniteurs s’alimentant avec des batteries de type Sony NPF qui sont devenues un standard. Privilégier un écran externe doté de prises de type D-Tap et qui accepte un voltage standard est à mon avis une bonne idée pour pouvoir éventuellement utiliser une batterie externe alimentant à la fois votre caméra, mais aussi ses accessoires, et éviter d’avoir à gérer la charge de différents types de batteries.

 

Les fonctionnalités des moniteurs externes

En plus du simple fait de pouvoir visualiser vos images, la plupart des écrans proposent une panoplie d’outils d’assistance plus ou moins efficaces. Une analyse du signal vidéo sous forme de zébra, d’oscilloscope et ou de vecteurscope, les RGB parade et autres histogrammes vous permettront d’exposer au mieux vos images. La plupart ont aussi intégré des outils comme le « false colors » permettant d’avoir une idée précise de la qualité de son exposition.

La fonction qui est très prisée c’est le « focus peaking », celle-ci vous permettra d’ajouter une sorte de surlignage coloré sur les endroits où le moniteur jugera que la mise au point est bonne. La plupart des moniteurs récents acceptent aussi l’application d’une Lut (Look Up Table) qui vous permettra d’afficher une image modifiée, un peu moins terne quand vous tournez en Log par exemple, différente, ou de montrer à votre réalisateur le look global de l’image telle que vous l’envisagez ensuite après l’étalonnage. Certains d’entre eux sont équipés d’un circuit permettant de convertir le signal entrant de HDMI à SDI et inversement ; c’est fort pratique dans certains cas.

Les moniteurs pourront aussi proposer une sortie casque pour les appareils qui n’en sont pas équipés et un vumètre audio. N’oubliez pas que le son passe aussi dans vos prises HDMI ou SDI.

L’autre utilisation importante d’un moniteur sur un tournage c’est celle de pouvoir montrer l’image à quelqu’un d’autre que le cadreur ou le pointeur. Réalisateur, scripte, producteur, directeur photo ont aussi besoin de voir ce qui se passe quand on est en tournage de fiction. C’est souvent ce moniteur qui porte le sobriquet de « combo ». C’est lié au fait que les écrans à tubes, que l’on utilisait sur les tournages ciné et télé du temps de la pellicule argentique, étaient équipés d’un enregistreur vidéo 8 baptisé « Combo » par Sony. Pour cette utilisation, si vous êtes vraiment dans des petits budgets, un moniteur PC avec une prise HDMI fera l’affaire, néanmoins je vous mets en garde sur l’exactitude de la colorimétrie, ces écrans ne sont pas conçus pour cet usage.

Il existe différentes tailles dans ces moniteurs, les plus utilisés sur les caméras sont de diagonales de 5 ou 7 pouces, pour les utilisations dédiées au réalisateur et aux autres postes du tournage une diagonale de 16, 20, 24 ou 32 pouces est plus préconisée.

 

Écran simple ou écran enregistreur ?

Deux constructeurs se sont lancés dans des écrans dotés de fonction d’enregistrement : Atomos avec ses fameux Ninja et Blackmagic Design avec les fameux Vidéo Assist. Il y a eu d’autres tentatives, comme les Odyssey de chez Convergent Design et les Video Devices, lesquels bien que performants sont en retrait face aux deux autres marques.

Atomos et Blackmagic offrent à peu près les mêmes services, à savoir un monitoring de plutôt bonne qualité et une fonction d’enregistrement sur SSD ou carte mémoires (seulement sur les Blackmagic) dans des codecs plus nobles que ceux habituellement implantés dans nos hybrides préférés. Les deux constructeurs proposent du ProRes, mais aussi un Raw compressé le Blackmagic Raw chez l’un et le ProRes Raw chez l’autre (lire ici notre article « La guerre des codecs », Moovee, avril 2020). L’autre fonction est aussi liée au fait que le réalisateur dans l’utilisation de son « combo » peut avoir envie d’enregistrer des séquences directement et de façon autonome, hors de la caméra, pour un visionnage sur le tournage plus facile.

Si les deux marques proposent des fonctionnalités équivalentes, j’avoue préférer la robustesse de la construction des écrans de chez Blackmagic – surtout sur les dernières générations 12 G – ainsi que leur facilité d’utilisation, à ceux d’Atomos. La qualité de construction est bien meilleure et plus durable chez BMD. Enfin, certaines fonctionnalités sont plus accessibles notamment le fait de pouvoir enregistrer sur n’importe quel SSD équipé d’un port USB type C ou d’une carte SD performante chez Blackamgic, alors que la seule utilisation de SSD courts ou installés dans un caddy chez Atomos rend la donne un peu plus onéreuse et moins pratique chez ce dernier.

Coté qualité d’affichage, une fois encore ceux de Blackmagic dans leurs dernières générations semblent beaucoup plus précis et justes en termes de colorimétrie. Les Atomos sont néanmoins assez bons et surtout assez lumineux.

 

Les écrans sans enregistreur

La marque qui fait référence depuis des années est Small HD. Leurs outils sont bien conçus, les dalles sont précises, lumineuses et dotées de fonctions d’assistance très efficaces. Leur alliance avec Teradek fait qu’ils proposent depuis quelques temps des moniteurs intégrant des systèmes de réception vidéo sans fil. La qualité de fabrication et l’ergonomie générale est de très bon niveau et j’avoue avoir un coup de cœur pour les interfaces tactiles des dernières générations depuis le focus HD et les gammes supérieures. Atomos a sorti une version dépourvue de fonctions d’enregistrement qui s’appelle le Shinobi. Elle offre un bon rapport qualité/prix et existe en diagonales 5 et 7 pouces.

Dans les petites marques alternatives, celles qui étaient jadis très controversées sont devenues des références. Lilliput est devenu un constructeur proposant des écrans au rapport qualité/prix incontournable. Un des constructeurs que vous trouverez chez tous les loueurs ou presque est TVLogic. Si un produit est choisi par les loueurs, c’est qu’il est suffisamment robuste pour encaisser un grand nombre de tournages et être facilement réparable. Dans les plus grandes tailles, les écrans JVC sont encore souvent cités en référence. Les constructeurs de caméra comme Sony font aussi de très bons moniteurs, c’est à ne pas négliger.

 

Les accessoires

Il est bien beau le moniteur, mais il lui faut des batteries, une source d’alimentation externe. Comme je l’ai écrit précédemment, c’est important de pouvoir alimenter son moniteur de différentes façons, et donc prévoir en conséquence les batteries et câbles nécessaires à l’alimentation. Certains écrans résistent mal aux rayures. Une petite protection en verre trempé comme sur votre smartphone est sûrement une bonne option.

À quelques rares exceptions près, la luminosité de ces écrans sera insuffisante pour que vous puissiez voir quelque chose lors d’un tournage en plein soleil. Pour parer ce problème, une casquette peut être aussi un outil à privilégier. La housse de transport est aussi à penser pour éviter que le moniteur s’abîme au contact d’autres équipements dans le sac.

 

L’option tablette/smartphone

Même si cette solution ne peut remplacer pleinement un vrai moniteur dédié, elle est loin d’être idiote si vous avez déjà ce genre d’appareil. Il vous suffira d’activer la liaison wi-fi avec le boîtier et d’installer sur votre tablette/smartphone l’application que le constructeur de votre caméra a mis gratuitement à votre disposition. Certains outils, comme ceux de Panasonic pour les Lumix, sont assez remarquables. La latence est assez faible et la qualité de transmission est plutôt très bonne.

L’autre argument c’est que les dalles des produits frappés du logo à la pomme sont en général de très bonne qualité. Il existe même des logiciels tiers qui supportent de nombreuses caméras et qui n’ont pas à rougir par rapport à certains moniteurs d’entrée de gamme. « Field Monitor » est compatible avec les hybrides Sony, Panasonic, Canon. Certains boîtiers de chez Fujifilm fonctionnent aussi. Pour 19,99 euros c’est plutôt intéressant.

Une fonction, présente sur les Panasonic/Lumix, qui m’a beaucoup plu c’est de pouvoir relier plusieurs boîtiers et de basculer de l’un à l’autre, ce qui est fort pratique en enregistrement de concert quand on gère plusieurs caméras fixes tout seul. Sony a aussi sorti récemment un smartphone, le Experia Pro, doté d’une prise HDMI In, qui permet d’être utilisé comme moniteur. Quelque 2 500 euros tout de même !

Pour conclure, je pense qu’il est difficile de faire le bon choix du premier coup. Je vous conseille donc de louer dans un premier temps pour vous faire une idée des fonctionnalités qui vous intéressent. Le moniteur n’est pas un outil que vous allez changer tous les ans, misez sur un produit durable au niveau de la qualité de sa construction et des matériaux utilisés ; c’est à mon avis un facteur important.

Concernant la colorimétrie, c’est un peu délicat, peu d’entre eux gèrent les sondes externes et sont vraiment calibrables. L’important est d’avoir une bonne idée de ce qui va sortir ensuite à l’étalonnage. Bref, d’une centaine d’euros à plusieurs milliers, c’est difficile de dire celui-là est le meilleur : il y en a pour tous les usages, tous les budgets, mais ce qui est à mon avis le plus important c’est d’avoir une taille d’écran suffisamment grande pour pouvoir bien se rendre compte de la qualité technique de l’image que l’on crée.

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #9, p.28/31

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