Depuis l’introduction d’iPhone 13 fin 2021, le mode vidéo cinématique (effet bokeh) est apparu sur l’application de prises de vues. Il permet de gérer la mise au point et les reprises de points (flou/net) en postproduction.
Issu du japonais, le terme « boke », anglicisé en « bokeh » (prononcer « boké »), signifie « flou ». On peut aussi dire « flou artistique » ou « effet cinématographique » en français : le premier plan est net, l’arrière-plan est flou, ou inversement, et on peut naviguer de l’un à l’autre à l’envi.

« Grâce au mode cinématique, l’appareil photo de votre iPhone peut enregistrer des vidéos avec des profondeurs de champ limitées et ajouter de magnifiques transitions de mise au point pour offrir un rendu de qualité cinéma », nous résume Apple.
Il est très difficile, voire impossible, d’avoir un bon flou d’arrière-plan en jouant seulement sur l’ouverture avec une focale grand angle équipant de nombreux smartphones. Cet effet bokeh s’obtient assez facilement sur les appareils DSLR avec un téléobjectif à une grande ouverture (f2, f2,8) et plus on fermera le diaphragme (f5,6, f8) plus le flou diminuera. La difficulté au tournage avec les DSLR, c’est qu’on enregistre sa reprise de point ; si on la rate, il faut la refaire… On comprend donc l’avantage d’en avoir la maîtrise au montage.

Dans l’iPhone
Ce mode cinématique, permettant aux caméras d’iPhone récents (13 et 14) d’accéder à l’effet bokeh, est d’autant plus intéressant que ses réglages peuvent être repris, reprogrammés au montage directement dans Final Cut Pro qui inclut, dans ses récentes versions, un onglet Cinématique directement dans son inspecteur avec une gestion des images-clés dans la chronologie (timeline) (Fig. 5a, 5b, 5c)).


Au tournage, pour l’instant, seule l’app Appareil photo de l’iPhone gère cet effet bokeh. Les applications tierces n’ont pas encore vraiment réagi et je n’ai trouvé aucune mise à jour dédiée, notamment chez Filmic Pro, Pro Movie, Dji Mimo, etc. J’ai donc fait mes tests avec un stabilisateur Osmo Mobile 4 et l’application Appareil photo/vidéo de mon iPhone 13. Le mode Cinématique prend en charge le HDR Dolby Vision et offre une résolution de 1080p à 30 ips maximum (Fig. 1).

Une fois le plan enregistré, on peut revoir in situ la profondeur de champ (Fig. 2) en l’ajustant via le bouton de contrôle de la profondeur qui s’appliquera à l’ensemble de la vidéo si vous le faites sur le iPhone, mais pourra être réajustée au montage avec plus de souplesse. On peut également modifier les images-clés de variations de mises au point immédiatement après la prise de vue (Fig. 3).
On peut, en outre, apporter des modifications aux effets cinématiques sur d’autres appareils, notamment sur les appareils dotés d’iOS 15 ou d’iPadOS 15, mais aussi directement dans la version la plus récente de Final Cut Pro sur MacOs 12.6 (Monterey), beaucoup plus confortable avec un grand écran. Et c’est la méthode la plus efficiente.
Toutefois, avant de pouvoir se servir des plans capturés, il faudra laisser l’app Appareil photo de l’iPhone effectuer un traitement informatique, un calcul d’effet bokeh qui inclut les variables de profondeur de champ.
Dans FCPX
« Par défaut, l’iPhone capture les vidéos au format HDR. Pour une meilleure qualité, importez les plans en mode Cinématique HDR dans une bibliothèque HDR Wide Gamut à large gamme de couleurs et dans un projet (Rec. 2020 HLG) dans Final Cut Pro. Si vous avez enregistré des plans en mode Cinématique en SDR, créez un projet standard Rec. 709 dans Final Cut Pro. Si vous souhaitez utiliser des plans HDR dans un projet SDR, après avoir importé les plans, convertissez-les en SDR à l’aide de l’effet Outils HDR ou en remplaçant le profil de couleur du plan », nous explique Apple.

Après avoir pris soin d’importer les plans cinématiques, préalablement traités dans l’iPhone, le plus simple est de modifier le réglage de profil colorimétrique général de la bibliothèque via l’inspecteur, pour l’adapter au HDR Wide Gamut, ce qui vous évitera d’avoir à utiliser l’effet Outils HDR sur toute la séquence, dans le cas de sources homogènes (Fig. 4a et 4b)).

Décrite par Apple, la seconde méthode avec l’usage de l’effet Outils HDR, sera surtout utile pour les séquences qui mélangeront des plans hétérogènes (SDR/HDR/non bokeh).
Une fois la séquence créée, on voit apparaître dans l’inspecteur un onglet Cinématique (Fig. 5) doté d’un réglage de profondeur de champ, et, ce qui est très intéressant, c’est qu’il s’accompagne de la possibilité de créer des images-clés via le bouton en losange, ce qui permet de varier l’ouverture et donc de changer l’intensité du flou d’un point à un autre. Une souplesse supplémentaire très avantageuse…
En conclusion
Outre le fait que le mode Cinématique d’Apple n’est pas disponible en 4K, ou sur des applications tierces, un autre défaut est qu’il n’interprète pas toujours avec justesse les distances, comme dans la figure 1 où la tête du chat est nette, mais la barre à quelques centimètres derrière est déjà floue ; les feuillages plus éloignés en bas à gauche sont plus nets. Le poteau en ciment est, lui, net en bas et flou en haut alors qu’il est objectivement sur le même plan (Fig. 1).
Une image peut-être un peu trop complexe ou est-ce un défaut de jeunesse de la technologie ? Sans doute un peu des deux… Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit bien là d’une avancée technologique importante pour ceux filmant avec un smartphone.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #49, p. 36-39